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SINGA : la médiation au service de l’accueil des migrants

En septembre 2015, l’association SINGA France, laboratoire d’innovation sociale travaillant dans le domaine de l’asile, lançait en Île-de-France son dispositif CALM – Comme A La Maison – un programme d’accueil temporaire de personnes réfugiées chez des particuliers disposant d’une chambre de libre.

Dès 2016, SINGA s’est associée avec l’ANM et l’APMF en vue de l’essaimage national du programme, afin d’offrir un espace de dialogue neutre et confidentiel à destination des participants du programme.

Comme A La Maison

singa1CALM est une plateforme de mise en relation de personnes réfugiées à la recherche d’un accueil temporaire et de particuliers souhaitant mettre une chambre à leur disposition. CALM propose une période d’immersion de 3 à 12 mois chez l’habitant, permettant aux personnes accueillies d’améliorer leur niveau de français, de faire l’apprentissage des codes socioculturels et de se consacrer entièrement à leur projet professionnel.

Lancé en juin 2015, CALM a réalisé et accompagné plus de 500 accueils, permettant à ce jour à 415 personnes réfugiées de vivre chez des particuliers à travers la France. Et les résultats sont marquants : près de 45% des personnes accueillies trouvent un emploi au cours de leur accueil, 27% reprennent leurs études ou suivent une formation professionnelle, 3,6% développent un projet entrepreneurial et 61,5% trouvent un logement adapté au terme de leur période d’accueil. Un réel accélérateur d’intégration !

Lancé en 2015 en Île de France, le programme s’est développé dès 2016 dans trois autres villes : les métropoles lyonnaise, lilloise et montpelliéraine. SINGA travaille actuellement sur les modalités d’un essaimage national afin de réaliser très prochainement des accueils dans de nouvelles villes, notamment par l’accompagnement de collectifs citoyens.

En vidéo, un exemple significatif de l’accueil de SINGA.

La médiation au cœur de CALM

singa2Depuis le lancement du dispositif, une trentaine de médiations ont eu lieu pour des appels (pouvant venir directement et des accueillis ou de l’équipe de SINGA) variés : gestion de l’intimité de chacun, juste positionnement de l’un par rapport à l’autre ou encore malentendus interculturels.

Par ailleurs, CALM permettant à des couples et à quelques (rares) familles d’être accueillies, certaines médiations peuvent plus spécifiquement relever de la médiation familiale. Les différentes conceptions du rôle de chacun au sein de la cellule familiale, de la position de la femme dans la société, l’exil et notamment les (longues) séparations subies avant un regroupement familial - ajoutées au fait de ne pas encore être « chez soi » - soumettant parfois les couples et les familles à rude épreuve.

Et lorsque l’accueil a vocation à prendre fin prématurément, SINGA veille à ce qu’il ne se termine pas dans l’incompréhension et le non-dit – pouvant amener chacun à douter de ses capacités à accueillir ou à être accueilli.

7 médiatrices – appartenant à l’ANM et à l’APMF (voire aux deux) – sont amenées à intervenir ponctuellement dans le cadre de CALM (3 personnes en Île-de-France, 2 à Lyon et 2 à Lille). Dès 2018, l’équipe médiation s’agrandira, d’abord sur Montpellier où le programme est déjà mis en place, mais également dans d’autres régions dans le cadre de l’essaimage national du programme.

En plus des médiations en tant que telles, de nombreux processus ont été amorcés, le temps d’écoute proposé lors d’un entretien préalable ayant parfois été jugé suffisant par l’un ou l’autre des médiants afin de poser un regard différent sur ce qu’il vit au sein de sa cohabitation. D’autres fois, le seul fait d’avoir pris rendez-vous amène l’un ou l’autre à poser un acte qui annule ou reporte le besoin de médiation. D’autres fois encore, il a été proposé aux personnes d’avoir recours à la médiation en navette.

La médiation, espace privilégié d’observation des cohabitations

Etre médiateur.trice dans le cadre de CALM, peut également amener à accompagner accueillants et accueillis dans la rencontre de leurs attentes et motivations. C’est ainsi qu’est né le dernier format de temps de partage à destination des participants au programme ; les invitant à s’interroger sur ce qui se joue pour eux dans l’accueil (un point souvent abordé en médiation). Prendre conscience de ses motivations profondes et de ses attentes peut offrir le recul nécessaire lorsque les choses ne se passent pas tout à fait comme on les avait imaginées : Qu’est-ce que je projette dans cet accueil ? Comment exprimer les limites que je souhaite y donner ? Comment exprimer mes besoins et attentes ? Qu’est-ce que j’attends – consciemment ou inconsciemment – en retour ?

Il ressort des témoignages et temps de partage que rien n’est plus gratifiant pour les accueillants que de constater « l’utilité » de leur accueil. Cela passe souvent par le fait de se réjouir ensemble des avancées sur le parcours de l’intégration de la personne accueillie.

Fort gratifiant est aussi le partage des cultures et de multiples manières : culinaires, musicales, sportive...

La médiation est souvent le temps et le lieu propice de la recherche de l’équilibre, entre don et contredon ; équilibre appelé à évoluer tout au long de la cohabitation.

S’engageant à l’origine pour la seule médiation, certains intervenants ont également souhaité participer à d’autres aspects pratiques du programme : mise en relation entre accueillants et accueillis (en cas de besoin de médiation, cette dernière sera alors confiée à un.e autre médiateur.trice), l’animation des temps d’échanges mensuels....

Autant de « postes d’observation » privilégiés de CALM permettant d’émettre des propositions susceptibles d’enrichir le programme.

La médiation CALM emmène loin de ses références culturelles

Une formation spécifique, l’expérience professionnelle, l’accompagnement de temps spécifiques dans le cadre de SINGA, des recherches préalables, en lien parfois avec un psycho-anthropologue, mais aussi la présence d’un interprète issu de la même culture que l’accueilli sont autant d’appuis précieux lors d’une médiation interculturelle.

Lorsque certaines paroles ou attitudes semblent étonnantes - voire choquantes -, le médiateur est amené à « suspendre son jugement », puis à « décoder », « traduire » à l’autre médiant ces mêmes paroles ou attitudes capables de mettre à mal la médiation, et l’accueil. Parfois, alors même qu’on pourrait penser à un conflit de valeurs, on découvre qu’il s’agit d’un conflit de hiérarchie de valeurs, en réalité partagées, et de la diversité des chemins empruntés pour les honorer.

On touche là à une des spécificités de la médiation CALM : la nécessité de la présence d’un interprète. Autant que possible, nous permettons aux médiants de s’exprimer dans leur langue maternelle, celle des émotions, alors même qu’une autre langue commune (souvent l’anglais) pourrait être trouvée. L’interprète joue alors deux rôles, relevant de deux dynamiques différentes : d’une part traduire le plus précisément possible les mots, sans porter lui même de jugement, ajouter, éluder ou chercher à résoudre le conflit. D’autre part, signaler une éventuelle réaction « culturelle » de la personne réfugiée, nécessitant de suspendre la médiation le temps d’un « décodage ».

Participer au programme CALM, c’est une aventure à tous les niveaux. Par ces partenariats entre l’ANM, l’APMF et SINGA, une équipe s’est formée et est devenue un véritable laboratoire d’idées au service de la cohabitation interculturelle. Que longue vie leur soit donnée !

N’hésitez pas à contacter l’ANM ou votre délégué régional de l’ANM, si vous souhaitez rejoindre cette aventure.

Ou encore Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. si… pourquoi pas, vous souhaitez, vous aussi, ouvrir votre porte pendant quelques mois.

Quitterie Simon, coordinatrice de la médiation pour SINGA, adhérente ANM

Vous êtes intéressé par la médiation ?