Au cœur du Grand Débat | ANM - Association nationale des médiateurs

Au cœur du Grand Débat

Publié le 11 avril 2019

De la facilitation à la compréhension

L'ANM est, semble-t-il, la seule association de médiateurs à avoir été sollicitée par les pouvoirs publics et par les citoyens pour que, sur la base du volontariat, des médiateurs fassent œuvre de paix sociale en exerçant leurs habiletés dans la modération du Grand Débat National (GDN).

I –

L'appel est lancé, mais une question surgit alors : « Sommes-nous légitimes en l'espèce en agissant en qualité de modérateur lors des réunions émaillées sur l'ensemble du territoire ? » - « Quelle image sera alors celle de la médiation et des médiateurs pour le public ? Serons-nous assimilés à des médiateurs mandatés par les pouvoirs publics sans indépendance ? Serons-nous en position d'affirmer les valeurs de la médiation et le public comprendra-t-il que la médiation n'est pas uniquement d'animer les débats par la facilitation ? »

Pour répondre un seul moyen : se lancer dans l'arène.

Pour œuvrer à mieux cerner ces contestations : expérimenter en faisant vivre l'éthique de la médiation.

La question de la méthode se pose vite cependant. Tout comme en médiation, circonscrire le cadre et avec lui les règles du jeu des échanges est primordial, de façon que puissent s'installer confiance et sécurité.

Le Kit méthodologique proposé sur le site du GDN et la Charte du Grand Débat conçue par le gouvernement fut une première aide. Cette dernière claire, précise, essentielle, était un premier petit caillou blanc permettant de se repérer dans les frimas de l'organisation du GDN.

Puis tout va alors très vite.

On improvise dans un contexte où, il faut bien l'avouer, les élus et les citoyens se sentaient orphelins d'une organisation efficiente, inquiets au surplus d'un Grand Débat quand la société civile par la voie des « gilets jaunes » s'enflammait, exprimait sa colère, ses peurs et son impuissance à être entendue et le faisait dans des formes parfois des plus violentes.

Parce que la nécessité s'en faisait sentir, pour clarifier places et rôles de chacun, la délégation régionale ANM Midi-Pyrénées décide de façonner un kit d'intervention pour le médiateur/modérateur. Il importe de savoir qui fait quoi afin que celui-ci puisse en toute sérénité propager la culture de la paix dans son rôle exclusif de facilitateur.

Les fondations sont posées, les périmètres délimités, les échanges avec la commission nationale du GDN, les élus, la préfecture vont bon train ; chacun s'affaire et s'ajuste pour que naissent les conditions propres à l'émergence des idées en réponse à la crise sociale, politique, économique actuelle.

II –

Les citoyens arrivent, s'égrainent, l'un déterminé, confiant, l'autre, intimidé, seul, en couple ou en groupe, et se placent, jaugent le lieu et attendent. Curieusement, le calme règne comme porté par la conviction du plus grand nombre que seule une bonne discussion sera fertile. C'est palpable bien que non dit : « il faut maintenant qu'on s'en sorte ».

L'agora est prête, le temps est venu, la médiation entre en scène :

- Se présenter comme médiateur et introduire les règles du débat démocratique :

Volontaires, bénévoles, notre mission consiste à accompagner les échanges, à réguler les débordements et à soutenir chacun pour que s'installent le respect, l'écoute, l'acceptation des différences et pour que ce moment d'intelligence collective soit particulièrement constructif.

Un parfum connu flotte alors : l'éthique délibérative s'impose, comme le rappelle la Charte, quand s'éveille l'agir communicationnel propre à Jürgen Habermas. C'est que la pierre angulaire, assurément la plus exigeante, est alors posée : toute personne qui s'engage dans ce débat qui touche au bien commun doit le faire en taisant son seul intérêt personnel et son fracas intérieur. S'exprimer avec colère sans doute, dire ce qui importe pour soi dans ce collectif mais le faire sans agressivité, sans accusation gratuite ni insulte.

- Présenter la méthode et ses trois étapes :

  1. La narration : – de son expérience, de sa réflexion, de sa proposition – libre mais organisée pour que le plus grand nombre puisse s'exprimer.
  2. La contradiction et l'argumentation : – dégager le pour et le contre – le plus et le moins – les gains et les pertes – les risques tant positifs que négatifs.
  3. Les propositions : – suggestions de mesures concrètes ou d'idées créatives et/ou novatrices – et effort commun de formulation, le cas échéant.

- Dire le temps imparti au débat comme à chaque thème :

Selon le cas de figure, variable selon que les organisateurs avaient pensé une seule grande réunion pouvant aller de 2h00 à 4h00, ou 4 réunions à l'égal des thématiques proposées par le gouvernement (La Transition écologique ; La fiscalité et les dépenses publiques – L'organisation de l'État et des services publics – La démocratie et la citoyenneté)

- Rappeler avec force et sans détour que tout peut se dire dans les limites du respect mutuel et de la Charte :

Cela exclut de facto tout prosélytisme, toute incitation raciale, sexiste, xénophobe, ou faisant l'apologie des crimes de guerre. Les médiateurs/modérateurs invitent chacun à faire de ce moment un moment fécond même dans le possible désaccord.

III –

Les médiateurs sont au centre de l'agora et le travail qui s'engage ne cessera que quelques heures plus tard :

Reformuler, soutenir l'hésitant, accueillir le discret et le craintif, canaliser le bavard, s'imposer au dominant, pacifier les confrontations d'opinions, dépasser les malentendus, extraire des points communs, relever l'originalité, favoriser des attentes collectives, améliorer les capacités à dialoguer grâce à une écoute attentive pour cheminer en partageant ses vérités et en tissant peut-être, mêmes fugaces, des liens fraternels.

C'est un climat éthique propice à la co-construction par l'échange que la médiation/modération a tenté d'établir au cours de ces réunions par un processus – où se jouait la complexité – décliné grosso modo en quatre étapes :

  1. expérience d'un problème,
  2. intuition explicative,
  3. réflexion collégiale, consultative et délibérative,
  4. proposition individuelle ou collective.

Y avons-nous réussi ? La réponse est bien évidemment variable et dépendra par ailleurs de la lecture globale de toutes ces informations remontées au gouvernement. Car malgré tout le scepticisme s'est manifesté pour savoir ce que « tout ceci » allait devenir et pour dire la crainte que « tout ceci » ne serve à rien d'autre qu'à retarder des prises de décisions du gouvernement et à donner un os à ronger « au peuple d'en bas ».

« Je veux vivre ma vie, pas survivre » ; « Le GDN c'est pour nous enfumer, je n'y crois pas vraiment » ; « Je n'en attends rien » ; « Moi, je veux qu'on entende ma voix » ; « C'est faux que c'est le mouvement gilet jaune qui ait permis d'initier le GDN, en fait, de nombreux Français triment, souffrent et n'acceptent pas que, dans un sens comme dans l'autre, on leur impose une façon de penser » ; « La démocratie n'est pas un problème. Aujourd'hui, c'est la représentativité qui est le problème, pas la solution »…

Si la plupart des débats furent organisés sur le modèle proposé en quatre thématiques, les citoyens comme les élus, rapidement après avoir débattu, se sont emparés de l'idée même du débat et de l'échange pour pousser les lignes en proposant d'autres thèmes : la précarité, la place des femmes, les inégalités, le droit des enfants, la culture et son accès, la cause animale, la responsabilité parentale...

La médiation n'a bien évidemment pas apporté de réponse par la voix des médiateurs à l'ensemble de ces questions et aux doutes exprimés. Le médiateur, témoin de ces moments si passionnants du « parlé entre les gens », aura noté que, malgré cette crainte que « tout ceci ne serve à rien », tous sont là portés par cet espoir, la conviction de ce qu'il importe de dire même timidement, maladroitement, parfois en colère et vindicatif, le poing levé, parfois encore au travers d'une intervention riche, subtile, éminemment pensée, construite et sans réplique.

Loin de se concentrer sur les aspects techniques du problème, une fois encore, l'intervention des médiateurs témoigne de ce que la médiation peut constituer à l'aube du troisième millénaire un projet mobilisateur d'une société nouvelle.

Amarande, Armelle, Bénédicte, Corinne, Daniel, Dominique, Églantine, Elizabeth, Fabienne, Héléna , Hélène, Isabelle E, Isabelle F, Marie-Gabrielle, Martine, Nadège, Patricia, Pierrette, Safia, Samantha, Sandra, Valérie, Véronique et Françoise, je vous remercie infiniment de votre engagement lors des 33 débats couverts par la délégation régionale Midi-Pyrénées.

Après les Grands débats, les Conférences citoyennes régionales, ici à Toulouse.

Françoise Housty, Déléguée régionale de l'ANM

 



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