Reflets angevins d'une médiatrice humaniste | ANM - Association nationale des médiateurs

Reflets angevins d'une médiatrice humaniste

Publié le 11 mai 2020

Au fil du Congrès d'Angers 2020 « La médiation, un repère au cœur d'un monde en transition », les diverses tables rondes et plénières ont esquissé, de reflets en reflets, les contours du repère partagé par les médiateurs humanistes dans les multiples lieux d'exercice de la médiation.

La densité des sujets abordés et la qualité des intervenants ont permis de mettre en œuvre une réflexion, qui définit de façon transversale les points de convergence du repère qu'elle offre aux citoyens pour s'orienter dans la tourmente.

En accueillant le conflit sans s'en détourner, la médiation humaniste, dans tous ses états, offre des espaces d'écoute et de parole dans lesquels les médiateurs accompagnent le processus de transformation grâce auquel un nouveau regard sur la situation redonne à chacun sa liberté d'action et  permet l'avènement d'un nouveau projet de vie personnel et sociétal.

Dialogues

CONGRES INTERNATIONAL MEDIATIONS2020

RETOUR SUR L'EVENEMENT

Nous avons la chance de vivre dans une société de type démocratique qui nous permet, en pleine période de transition à l'échelle planétaire, de recourir à la médiation afin d'apprendre à composer avec le fait inéluctable que nos intérêts ne sont pas tous convergents et qu'il nous est possible de faire progresser notre «vivre ensemble» même si cette progression se fait par paliers et régressions. Car les conflits sont inhérents à la nature humaine. Les êtres humains sont les plus conflictuels des êtres vivants, ils sont capables de conflits de parole, de conflit politique, de conflits armés, de guerres et d'extermination.

D'un traitement exogène du conflit vécu comme une entrave au droit et à la bonne marche de la société où « l'état s'arroge l'exclusivité de la régulation des conflits, selon les dispositions du droit1 », la société a, au fil du temps, cherché à développer « d'autres modes de régulation des conflits comme la médiation, qui correspondent au contraire à un principe d'endogénéité : ce sont les participants à la médiation qui vont d'abord chercher à faire reconnaître leurs références normatives fondées sur leur propre système de valeurs, puis à construire ensemble l'univers normatif commun qui intégrera les différences et régulera désormais leurs relations2 » passant ainsi «d'une vision unitaire et monologique  à une vision plurielle et dialogique de la régulation sociale et de la justice » nommée « juridicité » par Etienne Le Roy3. Le conflit apparaît  alors comme une opportunité, une stimulation, une chance de progresser et de vivre sans évitements ni faux-semblants.

Les médiations, qu'elles soient familiale, sociale, conventionnelle, restaurative, interculturelle ou internationale offrent cette possibilité d'accueil du conflit dans un espace de partage finement pensé par les médiateurs humanistes. Car il s'agit de créer un espace-temps, espace de vie intérieure rendue aux acteurs, « la médiation développe la capacité d'hospitalité et la capacité, complémentaire, de se déplacer, en ouvrant l'espace intérieur par la création d'un espace extérieur ad hoc, et en faisant communiquer l'un et l'autre4 ». Espace-temps qui voit s'estomper les passés et futurs anticipés au profit d'un ici et maintenant profond et étiré, libérateur d'une nouvelle énergie grâce à laquelle la rencontre, soi et l'autre soi-même - soi et l'autre extérieur à soi, est désormais possible dans la conscience de la séparation des actes et de l'Etre, du vide creusé par l'absence de langage, du partage profond d'humanité, de la place enfin reconnue et de la responsabilité retrouvée qui conduit et engage chacun, alors, dans un processus de transformation autonome. C'est alors dans cet « espace de reconnaissance5 » que chacun va pouvoir poser un autre regard sur sa situation, ici et maintenant, et faire vivre ce nouvel espace de relation.

Les médiateurs humanistes ont à cœur de créer cet espace où s'autorisent la  libération et l'écoute de cette parole jusqu'alors « court-circuitée » par les actes posés. Ils sont là pour faire s'exprimer leurs besoins et pour permettre au langage de jouer son rôle de pacificateur qui tempère et donne voix aux revendications. Dans la cité, médiateurs sociaux, conventionnels ou territoriaux, ils ont la responsabilité de devoir recréer du lien, là où le conflit l'a fragilisé, en participant aussi à la création d'espaces critiques, lieu de pouvoir démocratique, dans lesquels il est à nouveau possible de domestiquer la violence, de faire œuvre de pédagogie sociale et de travailler à la renaissance de la relation. Il ne s'agit cependant pas tant, pour les médiateurs, de faire disparaître le conflit que d'accompagner ses acteurs dans sa  transformation pour voir émerger une société fière de ses différences, de la multiplicité de ses regards et soucieuse de créer les conditions de leur cohabitation apaisée.

Les médiateurs qui contribuent à cette œuvre, « les artisans de paix6 », sont des passeurs et des facilitateurs. Dans la cité, en entreprise, au sein des institutions, dans le cadre judiciaire, ils  partagent, avant toute chose, un savoir-être et une profonde humilité. La rencontre des médiants ne sera possible que si le médiateur les rencontrent d'être à être, débarrassé de sa posture de « sachant », « simple miroir/réceptacle d'un espace intérieur qui reçoit une image et la renvoie telle qu'il la reçue7 ». En reflétant les émotions qui sous-tendent les paroles prononcées, le médiateur accompagne les médiants dans la rencontre de leur humanité enfouie le temps d'un conflit.

Dialogues

Les savoir-faire des médiateurs, adaptés aux différents cadres de leur exercice, n'en font pas pour autant des êtres de pouvoir, mais des « figures d'autorité8 » garantes du cadre, appelées à redonner aux acteurs une capacité de réflexivité et une autonomie émancipatrices. Ils sont soucieux de l'éthique et de la déontologie de la médiation et de la solution co-construite par les médiants, tout en étant neutres par rapport à la solution envisagée.

Quels que soient les contextes d'exercice, le processus de médiation humaniste va s'attacher à accueillir les acteurs du conflit, à libérer la parole grâce à une écoute attentive, réflexive et respectueuse de la part des médiateurs et à créer ainsi les conditions d'un dialogue qui conduira les médiants à oser donner voix à la crise et à la souffrance qu'ils traversent. Les médiateurs sont alors attentifs à repérer le point de bascule qui les fera passer des émotions à l'expression de leurs besoins et des valeurs auxquelles ils sont adossés. Dès lors, un travail de maïeutique9 s'offre aux médiateurs qui accompagnent le cheminement des médiants dans la transformation des regards et des attitudes et dans « la reconnaissance et l'intercompréhension » vers une nouvelle naissance de chacun et, dans le même temps, vers l'avènement fécond d'un nouveau lien social « bon pour soi et la communauté10 ».

L'aide que nous apporte la médiation à la construction de la société de demain passe, avant toute chose, par l'éducation. En semant la médiation (Eric Debarbieux), il est possible d'apprendre, dès le plus jeune âge, comment devenir humain. Faire vivre la médiation, d'abord en prévention, dans les établissements scolaires, éduquer au questionnement pour rester lucides face à l'influence grandissante de l'intelligence artificielle,  responsabiliser les élèves à travers une démarche de citoyenneté et donc former les citoyens de demain, sont une priorité absolue. Grâce à la conscience morale et à la capacité d'analyse qu'ils acquièrent, les élèves développent les outils qui permettront aux citoyens de demain de mettre le système de société en question et de reprendre la main sur la qualité de son devenir. L'éducation à la relation dès le plus jeune âge contribuera, en outre, à garder le contrôle de la mutation digitale et à prévenir la machinisation des rapports humains.

Citoyenne, familiale, institutionnelle, dans les entreprises, les organisations ou les collectivités, la médiation cherche partout à apaiser et, en occupant la place du tiers dont l'indépendance se doit d'être garantie, à redonner à chacune des parties concernées la possibilité de disposer, à nouveau, d'un espace de pensée et d'action propice à la restauration du lien sous toutes ses formes.

C'est cette même préoccupation qui anime la médiation restaurative, en complément des réponses pénales. En effet, elle prévient la récidive et restaure l'équilibre social en passant d'une logique du subir en pénal à une logique de l'agir en médiation ou dans les autres dispositifs restauratifs. Soucieuse de tous les protagonistes, elle s'attache, avec les autres dispositifs restauratifs, à ce que chacun puisse se réapproprier son histoire, retrouve sa dignité et rencontrer l'autre sur le terrain d'une humanité partagée pour, ainsi, contribuer à la restauration du lien social. Plusieurs des dispositifs de justice restaurative s'inspirent d'influences internationales et de pratiques de médiation interculturelle riches en enseignements. La prise en compte des contextes nationaux et internationaux invite, de plus en plus, à renforcer l'intégration interne et l'ouverture sur l'extérieur afin de préserver les équilibres et de veiller à la paix et au bien vivre ensemble.

Dialogues

Interroger le rôle de « la médiation, un repère au cœur d'un monde en transition », met donc les médiateurs que nous sommes, en première ligne afin de contribuer à l'émergence d'un nouveau projet de société.

La vision qui sous-tend cette réflexion sur la médiation et, dans le même temps, le cheminement et cette co-naissance partagés par les médiateurs avec les médiants contribueront, sans aucun doute à ce que chacun trouve sa place dans une société vivante de son humanité retrouvée et de son aspiration à l'élévation de ce bien redevenu commun.

Dans le miroir de ma présence à Angers se sont reflétés mon intérêt et mon attention pour les différents sujets abordés et pour la pluralité des regards, mon plaisir à vivre des rencontres de qualité, la joie de découvrir la médiation dans tous ses états et ma gratitude à me laisser gagner par une pensée dynamique et prometteuse.

Agnès Mendes Pires, Chargée de mission Education nationale, Formatrice et médiatrice pénale CMFM, Médiatrice Cour d'Appel de Paris, Adhérente ANM

 


1 Fernando CARVAJAL SANCHEZ et Janie BUGNION, Justice restaurative et médiation, Saint-augustin, 2017, p. 80.

2 Idem, p.81

3 Idem, p.81

4 Guilhem CAUSSE, « Perspectives philosophiques sur la médiation » in Emanuele IULA et Jacqueline MORINEAU (dir.) Face au conflit : les ressources anthropologiques, sociologiques et théologiques de la médiation.   Médiasèvres 2012, p. 62.

5 Carole YOUNES, « Médiation, subjectivisation de la norme et décentrage du sujet » in Carole YOUNES et Etienne LE ROY (dir.), Médiation et diversité culturelle. Pour quelle société ? Karthala, 2002, p. 59.

6 Jacqueline MORINEAU

7 Jacqueline MORINEAU, La médiation humaniste, Eres, 2016, p.103

8 Etienne LE ROY, « Apports de l'Afrique à la médiation communautaire » in Carole YOUNES et Etienne LE ROY (dir.), Médiation et diversité culturelle. Pour quelle société ? Karthala, 2002, p. 56.

9 Carole YOUNES, « Médiation, subjectivisation de la norme et décentrage du sujet » in Carole YOUNES et Etienne LE ROY (dir.), Médiation et diversité culturelle. Pour quelle société ? Karthala, 2002, p. 61.

10 Jacqueline MORINEAU, La médiation humaniste, Eres, 2016, p.118.



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