Prison et Médiation | ANM - Association nationale des médiateurs

Prison et Médiation

Publié le 19 octobre 2018

L'Association Prison Médiation Réinsertion (APMR) a pour objectifs le développement de la médiation en milieu carcéral et la promotion de la justice restaurative en France. Elle a été créée en 2017 par deux médiateurs diplômés de l'IFOMENE, Édith Herrero, visiteuse de prison, et Bernard Paix, intervenant en milieu carcéral comme partenaire de l'association 100 Murs. En outre, tous deux participent, en tant que membres de la communauté, à des mesures de justice restaurative, telles les rencontres détenus-victimes ou les rencontres condamnés-victimes.

L'association APMR est un laboratoire d'idées destiné à démontrer la pertinence de la médiation et de la Justice Restaurative dans le monde carcéral et leur incidence sur la réinsertion sociale des personnes détenues.

L'association est également présente auprès d'associations de soutien aux familles de détenus, ou auprès d'associations d'accueil de personnes sortant de prison ou encore sous main de justice.

L'APMR participe activement à des colloques ou séminaires organisés sur des thématiques liées au milieu carcéral. Elle était présente au colloque organisé par l'association « Dès maintenant en Europe » au Sénat le 22 septembre 2018 pour réfléchir et promouvoir la mise en place d'une nouvelle échelle de sanctions pénales dans la Loi.

APMRMédiation en milieu carcéral

Pour l'APMR, il semble clair que la médiation a toute sa place en milieu carcéral, car c'est le lieu de tous les conflits possibles, de toutes les agressivités. Le lieu où la population est amenée à non seulement se revoir mais à vivre ensemble au quotidien.

En prison, le processus de médiation peut être mis en œuvre, il faudra pour cela l'adapter, tant au niveau du choix du médiateur, que du déroulement du processus lui-même, et surtout il faudra l'adapter aux conflits à traiter.

L'iceberg est bien souvent évoqué pour illustrer le champ d'action de la médiation concernant la résolution de conflit.

Il y a la partie émergée du conflit, visible par tous. La médiation va agir sur la partie immergée du conflit pour aller chercher la racine de ce qui fait souffrance.

Nous pourrions évoquer l'iceberg également pour symboliser la prison, il y a la partie émergée du milieu carcéral, vue et connue par l'ensemble de la société. Mais surtout il y a ce que l'on ne voit pas, ce qui s'y passe, qui est inconnu, caché et porteur de souffrances. La médiation doit faire de cette zone d'ombre son champ d'action.

C'est bien ici en prison, lieu de contraintes par excellence, que la médiation peut mettre en place tout le côté innovant et créatif dont elle est porteuse.

Un exemple : bien souvent en détention, la parole de la personne détenue est maladroite, posée de façon péremptoire, sans nuance. De ce fait, sa parole est bien souvent inaudible et peut être disqualifiée par le personnel pénitentiaire. La médiation permettra d'aider à une clarification de la pensée et sa formulation deviendra alors plus audible et sera prise en considération.

À partir de la loi du 24 novembre 2009, la relation entre les deux populations vivant en détention, personnes détenues et personnel de surveillance, peut se transformer. Cette relation doit être retravaillée, elle doit permettre que la sécurité, cette notion sacro-sainte et ce principe de base qui régit la vie dans la prison, se métamorphose et passe de la notion de sécurité passive à celle de sécurité dynamique.

La sécurité passive, c'est la loi, c'est le règlement intérieur avec tout son arsenal de moyens et d'outils, la verticalité descendante de l'Autorité vers le condamné, mais c'est aussi la non-parole, le silence, les ordres. Les procédures de sécurité passive ou active peuvent déclencher des sentiments d'humiliation et déstabiliser émotionnellement. Les mesures de sécurité passives, hormis la non-parole échangée, sont bien souvent des mesures de vie quotidienne, comme le placement au quartier d'isolement, le changement de bâtiment, l'ouverture de la cellule par au moins deux surveillants, etc.

Un environnement contraignant avec un contrôle strict des mouvements qui peut déclencher du stress et des actes agressifs. La sécurité passive, c'est du non-relationnel, c'est du contrôle des flux, c'est plus de miradors, plus de fouilles, on est dans la garde, on est dans le toujours plus de quantitatif.

La sécurité passive porte en soi un effet contre-productif. Plus on va limiter la liberté d'une personne par des mesures techniques sécuritaires, plus cette personne va essayer par elle-même de retrouver cet espace de liberté perdu, et plus les incidents vont se multiplier.

La sécurité dynamique, c'est la parole échangée, la recherche d'apaisement. C'est la reconnaissance de la personne en privation de liberté comme une personne à part entière. La sécurité dynamique, c'est essayer de mettre dans un même mouvement les deux faces du paradoxe de la prison, c'est-à-dire qu'il faut prendre en compte l'enfermement du délinquant afin de l'exclure, à des fins sécuritaire, de la vie sociale : la menace est ainsi écartée. D'autre part, cette menace reste un citoyen qui doit pleinement réintégrer la société à l'issue de sa peine. L'opposition de ces deux volets de la prison du XXIe siècle peut se traduire par une éventuelle antinomie des missions de garde et de réinsertion.

Lors d'un colloque organisé par l'ENAP les 11 et 12 septembre 2013 sur « Les métiers pénitentiaires, enjeux et évolution », Paul Mbanzoulou a relevé qu'un dépassement de cette opposition est possible si la prise en compte d'un détenu à l'intérieur des établissements pénitentiaires signifie dans le même temps la prise en compte d'un citoyen. Alors, dans un même mouvement, la réinsertion et la sécurité se rejoindront comme unique objectif.

La sécurité dynamique, c'est la suppression de la double peine : la privation de liberté (non remis en cause par la sécurité dynamique) et la vie carcérale dans toute sa rigueur et ses contraintes maximales. Tout l'esprit de la médiation, avec son processus et ses valeurs, entre en résonance avec la sécurité dynamique. La médiation devient un outil majeur de la sécurité dynamique car ce qui est recherché en sécurité dynamique, c'est bien sûr la sécurité de l'établissement – comme avec la sécurité passive – mais par le fait qu'elle est dynamique, cette sécurité s'appuie sur du relationnel, sur de l'échange, sur du mouvement, c'est une attitude de recherche de solutions, de créativité.

La peur est contagieuse, elle peut entraîner un sentiment légitime d'insécurité auprès du personnel de surveillance. Par la médiation et d'autres outils de sécurité dynamique, il nous semble possible de pouvoir juguler ce sentiment en stabilisant le comportement des personnes détenues.

La médiation a pour vocation de rechercher le talent créateur de chacun des intervenants pour qu'ils changent leur regard sur l'autre, pour aboutir à un apaisement. Cela va contribuer à limiter les risques d'agression, car les représentations du rôle des uns et des autres changent et tous sont reconnus comme acteurs responsables d'un vivre ensemble.

Ce sont les Règles Pénitentiaires Européennes qui vont encourager la notion de sécurité dynamique et principalement la règle 56.2 qui mentionne la médiation comme mécanisme pour résoudre les différends entre détenus. Ces RPE vont favoriser les interventions préventives et proactives plutôt que les interventions réactives. Il va y avoir une démultiplication des échanges et de la parole transmise. En prison les détenus ont besoin de parler, ils vont pouvoir le faire avec des personnes autres que leurs codétenus.

Médiation dedans/dehors

La détention agit comme un boomerang sur les relations interpersonnelles de la personne incarcérée. D'abord, elle l'exclut de la société en la coupant de tous ses liens : familiaux, sociaux, professionnels, amicaux… pour l'enfermer en prison et en créer de nouveaux, qui seront source de violence et de frustration, parce que ces nouveaux liens seront subis : avec les surveillants, les codétenus, l'administration pénitentiaire, les bénévoles, les institutions…

En prison, le temps est suspendu. La vie quotidienne n'est plus la même pour la personne détenue ni pour sa famille qui va vivre, elle, au rythme des parloirs et des horaires fixés par l'administration pénitentiaire. En détention, les liens familiaux peuvent se renforcer mais bien souvent ils se défont car le drame de la prison met un terme à des relations familiales déjà fragilisées et instables avant l'incarcération. Or, préserver les liens familiaux des détenus participe à leur réinsertion. Rompre l'isolement familial de la personne détenue est primordial pour son équilibre et sa réinsertion future.

Mais que faire quand le conflit est tel que tous les liens sont rompus ? Quand les conjoints, les parents, les amis à l'extérieur coupent les ponts parce que le choc de l'incarcération a été trop violent pour eux et qu'ils refusent toute communication ou quand les personnes détenues, elles-mêmes, refusent de rencontrer leurs enfants ou leur conjoint pour ne pas leur donner une image négative de parent ou mari en prison ?

Comment recréer une communication entre des personnes séparées par le délit, la haine et les murs d'une prison ?

La médiation, par sa méthode d'écoute emphatique, ses techniques pour libérer la parole dans un climat de confiance, peut aider à restaurer cette communication, à renouer les liens défaits, à apaiser le conflit et panser les plaies.

De même, la Justice restaurative tente d'insuffler un peu d'humanité au cœur du pénal en restaurant le lien entre les victimes, les auteurs et plus largement la communauté toute entière.

La Justice Restaurative

Extrait d'un article paru dans la revue Inter-médiés N°3 « Justice et modes amiables ».

Le concept de justice restaurative trouve son origine dans les pratiques ancestrales de résolutions de conflits de peuples autochtones (Maoris, Inuits, tribus africaines…). Leur priorité, en cas de conflit grave était de réintégrer le fauteur de troubles dans la communauté.

Aujourd'hui, la justice restaurative est un processus qui crée un espace de paroles entre des victimes et des auteurs de faits de nature criminelle.

Adaptée et mise en place dès les années 1970, d'abord dans les pays anglo-saxons puis en Belgique, elle se développe en France à partir de 2010 en partenariat avec l'administration pénitentiaire et des associations d'aide aux victimes telles que France Victimes. D'autres associations, comme Citoyens et Justice ou l'Institut français pour la justice restaurative (IFJR), participent également à sa mise en place sur le territoire français.

Le principe général est de mettre en présence des auteurs de crimes (détenus ou en suivi socio-judiciaire), des victimes directes ou indirectes et des membres de la communauté.

L'objectif est de recréer le lien social brisé par l'acte.

En France, sur les cinq dispositifs existants de la justice restaurative, seuls ont vraiment démarré les dispositifs de rencontres détenus-victimes (RDV) en milieu fermé et de rencontres condamnés-victimes (RCV) en milieu ouvert.

Ces mesures sont encadrées par des animateurs professionnels, des psychologues et des membres de la communauté formés à cette mission. Les dispositifs répondent à des critères très stricts d'organisation : sélection des auteurs et des victimes, élaboration d'un « groupe projet » et d'un calendrier rigoureux qui s'étale sur quatre mois : rencontres individuelles, rencontres plénières, puis bilan.

La compréhension des besoins est au cœur du dispositif de RDV ou de RCV.

La victime a besoin, avant tout, de comprendre qu'elle est innocente. Il lui faut pour cela s'assurer de la justesse de sa position pour pouvoir obtenir réparation. Son propre récit des faits doit être entendu et compris par l'auteur de l'infraction, étape indispensable pour reprendre possession de sa vie.

L'auteur a besoin sortir des stéréotypes qui créent du déni et de la honte. Il a besoin d'être reconnu dans son cheminement de réparation, d'entrer dans la reconnaissance de sa responsabilité et non plus d'avoir à se défendre.

La communauté a besoin d'être considérée comme étant elle-même victime et doit se sentir reconnue dans son travail de prise en charge des victimes et des auteurs.

Au fil des rencontres, la douleur s'exprime, les regards se croisent puis se posent, les silences s'écoutent, la parole se libère. Peu à peu, la communication s'installe et le lien se crée.

La justice restaurative est à l'œuvre.

Elle fait lentement son travail de restauration.

Édith Herrero et Bernard Paix, co-fondateurs de l'Association Prison Médiation Réinsertion

 



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