Quand les citoyens deviennent gardiens des valeurs de la médiation | ANM - Association nationale des médiateurs

Quand les citoyens deviennent gardiens des valeurs de la médiation

Publié le 11 avril 2019

Dans le cadre du Grand Débat national, Marielle Planel a animé les quatre débats qui se sont tenus à Montélier dans la Drôme, entre le 2 et le 12 février 2019.

Stagiaire auprès de Médiation Active, centre de médiation fondé par Marielle Planel, Alban Hoareau, étudiant en Master 1 de l'Université Lyon 2, s'est entretenu avec elle et nous livre son témoignage.

Dans quel contexte avez-vous été contactée pour animer les débats ?

Lorsque la mairie de Montélier m'a contactée dans le cadre du GDN, la demande était particulière : la mairie avait besoin de quelqu'un pour animer 4 débats à 4 dates différentes, et il ne lui restait que 3 jours avant la première date pour trouver quelqu'un. Je venais alors d'apprendre que mon intervention initiale à Bourg-de-Péage entre M. Macron et les maires n'était plus possible car la mairesse de Bourg-de-Péage avait décidé d'en assurer elle-même l'animation.

Le contexte était aussi très tendu : le premier débat, le samedi 02/02 avait lieu en pleine journée de mobilisation des « gilets jaunes », d'autant plus que le court délai de préparation (seulement 3 jours) était dû au fait que la mairie n'avait trouvé personne pour animer ces débats alors que les dates étaient fixées depuis des semaines ! Devant l'absence de médiateurs disponibles, la mairie en venait même à considérer un recenseur proposé par la Préfecture.

Un tel climat n'a-t-il pas rendu l'intervention plus complexe que ce que vous aviez prévu ?

Cela n'a pas rendu mon intervention nécessairement plus complexe, mais il est vrai que tout cela a contribué à créer une angoisse et une anxiété palpables chez le maire et son équipe, qui craignaient des manifestations de gilets jaunes lors du débat notamment et ce dans les locaux de la mairie. Leur faire accepter la présence possible de gilets jaunes a dû être l'une de mes premières actions afin de leur garantir un cadre sûr et pacifique.

Que vous a apporté votre expérience de médiateur lors de vos interventions ?

J'ai pu remarquer que les participants aux débats présentaient une accumulation de colère, d'incompréhension ... En termes neuroscientifiques, on pourrait dire que les gens étaient dans un tsunami limbique à leur venue (le limbique est la partie du cerveau responsable des émotions) et s'exprimaient de manière totalement irrationnelle, car c'étaient leurs sentiments et leurs émotions qui s'exprimaient et non leur raison. Les participants étaient avant d'arriver au débat dans leur « triple r » : ils râlent, rechignent et ne font rien, ce qui conduit à cette accumulation d'émotions négatives qui devient vite envahissante. Cette accumulation se ressentait également dans le contexte social : les manifestations de gilets jaunes à Valence menaçaient d'être violentes et dévastatrices (casseurs, confrontations avec les forces de l'ordre...) et cette tension se ressentait à Montélier dans l'esprit des personnes présentes et même du maire.

Vous parlez de tension et de participants qui s'exprimaient de manière irrationnelle : aviez-vous pour objectif de remédier à cette situation ?

Oui, en effet. L'objectif premier était d'aider les participants à libérer leurs émotions, d'« effectuer une catharsis » pour leur permettre de raisonner car c'est là l'essence même du grand débat, c'est le raisonnement de chaque citoyen qui permet de construire cette « paix sociale » : chacun apporte au groupe ses arguments et ses propositions. A ce niveau-là, j'ai la perception que ce fut une réussite et qu'il y a eu une véritable bascule entre la posture des gens le premier jour et celle qu'ils avaient en sortant du dernier débat.

En tant que médiateur, quel outil vous a été le plus utile pour accomplir cet objectif ?

La pose d'un cadre a grandement aidé : en me présentant comme personne indépendante, présente uniquement pour animer le débat dans le respect et l'écoute de chacun, j'ai posé le cadre qui a favorisé une meilleure maîtrise des émotions et joué un rôle pédagogique important.

Ce cadre, qui était toujours présenté à chaque entame de débat, a permis aux personnes ayant assisté aux 4 débats de réellement évoluer : outre le fait qu'ils se plaçaient dans la salle de la même manière à chaque fois en terme de position, de manière inconsciente ou non, ils se sont petit à petit appropriés ce cadre et ont pu le mettre en application entre eux.

Au final, ce cadre rassurait les participants : en l'utilisant, ils étaient apaisés et quand un participant y dérogeait, ses coparticipants le lui rappelaient. Les citoyens sont revenus d'un débat à l'autre grâce au confort que ce cadre leur apportait, et c'était de plus en plus visible dans leur posture, leur attitude... Ils se préparaient de plus en plus en amont, afin de rester dans la continuité de leur raisonnement, et n'étant plus envahis d'émotions, ils restaient sereins, rendant le débat automatiquement plus raisonné. Ils étaient simplement heureux de venir, et n'avaient même plus peur de dire d'où ils venaient, même si ce n'était pas de Montélier, car ils se sentaient intégrés. A force de s'approprier le cadre, les gens en étaient devenus les gardiens.

Autre fait marquant : lors du premier débat, tout le monde voulait le micro et au fur et à mesure que les personnes reprenaient confiance en elles et qu'elles se sentaient respectées, elles ont fini par s'exprimer sans recourir à cet outil. Un élu, resté en tant qu'observateur pendant les 4 séances (il a fait le choix de ne pas intervenir pour laisser la parole aux citoyens) a vu les positions évoluer et songe même maintenant à appeler un médiateur pour des projets locaux.

Finalement, est-ce que vous pourriez dire que c'est grâce à votre pratique de la médiation que ces débats ont pu si bien se passer ?

Honnêtement, oui. Cela m'a beaucoup aidée à me sentir confiante et à la hauteur de la tâche : au final, ce Grand Débat s'apparentait à une médiation en plénière mais sans la confidentialité des rapports, s'agissant d'un débat posé comme public par la mairie dès la première édition.

Au-delà du cadre posé à chaque début de séance, ma posture a également été très importante : l'écoute active ainsi qu'une bienveillance sincère m'ont permis de pouvoir reformuler les propos de chacun et d'être sûre d'avoir bien compris ce qui était exprimé, et surtout de faire en sorte que chacun se sente compris et que chacune de leurs propositions soit considérée. Il s'agit d'une posture multi partiale, que je préfère à celle de l'impartialité, où l'on ne prend parti pour absolument personne.

Vous mentionnez le terme de multi-partialité, comment se traduit-il de façon concrète lors d'un débat ?

Cela se traduisait surtout par une distribution de la parole la plus juste possible, tout en gardant en tête qu'on était pris dans une obligation de temps. Chaque personne est différente, et certains prendront 2 minutes pour traiter une question tandis que d'autres le feront en 30 secondes.

Chaque intervention suivait presque le même format : la personne parlait de sa situation puis exposait ses idées : lors de chaque intervention, on pouvait reconnaître la roue de Fiutak, ce qui prend du temps et requiert de l'énergie. J'ai reformulé leurs propos en utilisant l'expression clé « si je comprends bien [...] qu'avez-vous à proposer ? » Une personne retranscrivait les idées sur les 2 paperboards prévus pour l'occasion.

Quelle était l'utilité de ces deux paperboards ?

Ils ont été indispensables à cette démarche et ont permis de prendre en considération toutes les interventions des personnes. Alors que le premier paperboard servait à recueillir l'ensemble des idées émises par les participants, le deuxième permettait de mettre au propre une synthèse de toutes ces idées afin de former une réponse claire à apporter à une question précise. Cette synthèse représentait donc à la fois cette vision collective des participants à la question posée et ce qui allait être remonté à l'Etat à l'issue du Grand Débat.

Pour conclure, que retiendrez-vous de cette expérience ?

Ce fut une expérience intéressante pour moi qui m'a fait prendre conscience aujourd'hui que plus les gens sont nombreux, plus ils sont capables de s'approprier le cadre et de s'aider à raisonner.

Malgré une expérience qui fut très drainante en termes d'énergie, j'en retire beaucoup de satisfaction. Ce qui a été le plus important, c'est qu'au terme du quatrième débat, des citoyens ont répondu à l'une des questions en proposant qu'il y ait plus de médiateurs pour réconcilier les citoyens, les élus et l'Etat, ce qui dans ma perception montre qu'ils en ont compris leur propre intérêt.

Alban Hoareau, stagiaire Lyon 2 auprès de Médiation Active

 



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