Lettre n°15
All we are saying is give peace a chance
Il y a 50 ans, en pleine guerre du Vietnam, John Lennon lançait cet appel au monde. Le 4 mars, 150 radios ont rediffusé cet appel à travers l’Europe, en témoignage de solidarité avec l’Ukraine. Comment croire que cette injonction ne restera pas lettre morte une fois encore ? Ce ne sont que des paroles de chanson, après tout, des souffles de voix qui s’évanouissent aussitôt qu’ils ont été proférés.
Et pourtant, deux personnalités emblématiques de notre temps ont cru en la force des mots. Dans un ouvrage qu’elles ont publié ensemble en 2020, elles expriment la conviction que s’il leur reste les mots, elles pourront reconstruire le monde. Donnons-leur la parole :
« Ce dialogue inattendu avec un homme musulman, tolérant, et pourtant père de djihadiste, représentait une extraordinaire opportunité de montrer qu’il nous était possible de parler. Si un tel échange avait lieu entre nous, alors nous pouvions abattre les murs de méfiance, d’incompréhension et de haine, qui divisent nos sociétés. » Ce sont les propos de Georges Salines, père de Lola, assassinée au Bataclan, le 13 novembre 2015.
« Aujourd’hui, c’est avant tout une histoire de confiance et d’amitié qui nous unit. Nous avons appris à nous apprécier, pour comprendre, ensemble, et prévenir. […] Pour qu’une telle horreur ne se répète jamais plus. » Ce sont les propos d’Azdyne Amimour, père de Samy, l’un des trois assaillants du Bataclan.
Alors que tout opposait et divisait Georges Salines et Azdyne Amimour, ils se sont rencontrés et, de leur rencontre a émergé un dialogue, promesse d’un monde où l’éducation parviendrait à saper les bases des fondamentalismes de tout acabit, en enseignant aux jeunes le sens critique et le sens de la mesure. Leur livre, intitulé précisément Il nous reste les mots, montre que le dialogue est possible lorsqu’au-delà des idéologies, des préjugés, des amalgames, des représentations, on peut retrouver l’humain. Le père de la victime et le père du terroriste viennent avec des histoires différentes, mais sont les acteurs d’un même drame ; ils ont une histoire commune et, à partir d’angles de vue différents, ils peuvent construire un récit commun et, à travers ce récit, un monde qu’ils pourront habiter ensemble.
Georges Salines a témoigné de l’urgence et de la nécessité de cette démarche le 22 octobre 2021 devant la cour d’assises spéciale de Paris : « La configuration de la cour d’assises fait que l’on ne s’adresse qu’au tribunal », dit-il. « On ne croise pas vraiment le regard des accusés et on n’est pas libre de dire ce qu’on voudrait dire […] Au procès, certains ont exprimé des remords. Mais comment savoir s’ils sont sincères ? Nous avons besoin de cette sincérité. Si c’était en face à face, cela me ferait du bien. J’aurais presque envie qu’il s’en sorte. Peut-être parce que j’étais médecin et que je reste dans une sorte de démarche thérapeutique pour les guérir de leur maladie de la pensée. Pas seulement pour moi ou pour lui, mais pour tout le monde. Ça donne une sorte de sens à tout cela. »
Saint-Exupéry nous l’a enseigné depuis longtemps : « La paix est la lecture d’un visage qui se montre à travers les choses quand elles ont reçu leur sens et leur place ». Donner la parole, c’est donner une place, donner du sens, donner de l’espoir, c’est aussi permettre de guérir « de la maladie de la pensée » et donner une chance à la paix…
Janie Bugnion, ancienne déléguée du Comité international de la Croix-Rouge, médiatrice, membre du Forum suisse de justice restaurative, administratrice ANM
Le mot de la Présidente d'honneur
« Le monde que nous avons créé est le résultat de nos pensées. Il ne peut pas être changé sans que l’on change notre manière de penser. »
Albert Einstein
Voici donc une nouvelle Lettre de l’ANM, fruit du travail relationnel patient et tenace de Janie BUGNION. Merci à cette dernière pour cette action qui permet, encore une fois, de voir combien la médiation ouvre des champs infinis de réflexion, d’applications et de méthodologies nouvelles, en bref de nouveautés et de nouvelles manières de penser.
Cette Lettre parlera de guerre et de paix, nous reliant ainsi à notre belle activité de médiateur.
Cette Lettre racontera des expériences de prévention, de changement de culture grâce au semis de graines de médiation et de démocratie cultivé sur le terreau de la médiation scolaire.
Cette Lettre évoquera les voies qui ont guidé le choix de la médiation pour un médiateur en devenir.
Cette Lettre présentera un nouveau centre de médiation adhérent de l’ANM : Armonie Médiation.
Cette Lettre reprendra des présentations de webinaires à propos de cette spécificité en développement : la justice restaurative ainsi que l’expérimentation menée, dans ce domaine, par une association Suisse.
Cette Lettre nous emmènera au cœur d’un événement, La Foire de Lyon, où l’ANM coordonne la permanence de médiation durant les 10 jours de la Foire chaque année depuis 2015.
Cette Lettre annoncera le nouveau numéro d’Intermédiés sur les Risques Psychosociaux.
Cette Lettre présentera deux livres, publiés par le GEMME, hors champs habituels puisque parlant d’une part des sources philosophiques et de pratiques de médiation dans d’autres continents et d’autre part des sources spirituelles de la médiation.
Cette Lettre est pour vous, adhérents et sympathisants de l’ANM. Je vous souhaite du plaisir à la lire car « La lecture agrandit l’âme » (Voltaire)
Gabrielle Planès, Présidente d’honneur de l’ANM
la médiation administrative

lien du replay YouTube : "la médiation administrative"
date : 14 octobre 2021
Avec la participation de :
Amaury Lenoir, délégué National à la médiation pour les juridictions administratives
Didier Artus, Président de chambre à la cour administrative d'appel de Bordeaux
Gabrielle Planès, Présidente d’honneur de l’ANM, médiateure et co-fondatrice d'Armonie Médiation, centre de médiation.
Bertrand Delcourt, avocat à la cour, Médiateur et co-fondateur d'Armonie Médiation, centre de médiation.

Armonie Médiation est un centre de médiation adhérent de l'ANM.
Violence et médiation (n°1/2). La justice restaurative : quels enjeux ?
lien du replay YouTube : "Violence et médiation (n°1/2). La justice restaurative : quels enjeux ?"
date : 15 novembre 2021
A l'initiative de la commission de justice restaurative de l'ANM, le 15 novembre 2021, l'Association nationale des médiateurs, l’Association des médiateurs européens, l'Institut français de justice restaurative, FRANCE Victimes, le Service pénitentiaire d’insertion et de probation, l’ARCA, l’Institut de formation à la médiation et à la négociation et la Commission des modes amiables de l’Ordre des avocats de Paris ont eu le plaisir de vous inviter à une soirée-débat autour du film initié par Salomé Van Billoen :
" Les cornes de la vache "
Amahembe y’Inka

La projection du film a été suivie d'une table ronde et d'un échange sur le forum avec la participation des personnalités suivantes :
Salomé Van Billoen, Dominique Retourné, Héloïse Squelbut,
Olivia Mons, Nathalie Baquié, Wendy Thuillier,
Cécile Dubernet, Janie Bugnion, Agnès Mendes Pires,
Stephen Bensimon, Linda Benraïs, Johanna Hawari-Bourgély, Mamadou Diakhate, Didier Morfoisse, Angela Albert
Synopsis du film:
« Là où l’homme a montré ce qu’il savait faire de pire, il montre aujourd’hui ce qu’il peut faire de grand. Dans des villages au Rwanda, une expérience unique de justice est en train de naître. Des communautés villageoises du District de Huye apprennent à faire face, ensemble, aux violences domestiques et sexuelles qui les minent, à travers un processus de justice restaurative ! Des paysans comme Jean-Marie, Agnès, Evariste, Drocella et d’autres ont franchi le pas et ont donné un espoir énorme à leur communauté. Chemin faisant, ils posent en réalité une question fondamentale et universelle : quel est le sens de la Justice et que peut-elle faire pour que les personnes retrouvent leur humanité et se reconstruisent en lien avec leur communauté ? »
Durée: 50min. Réalisateur: François Bierry.
Bande annonce du film : https://vimeo.com/509446893
En partenariat avec des institutions d'enseignement, la Commission de justice restaurative de l'ANM, composée de Janie Bugnion et d'Agnès Mendes Pires, cherche à promouvoir la justice restaurative et les pratiques restauratives dans divers champs, notamment l'école, l'entreprise, la justice. Pour ce qui est de la justice pénale, voici quelques extraits du site de l'Institut français de justice restaurative :
La justice restaurative en France
Depuis 2014, la loi permet aux personnes concernées par une infraction d’être informées sur leur droit de participer à des mesures de justice restaurative.
Alors que certaines questions demeurent sans réponse après une infraction, les mesures de justice restaurative offrent désormais l’opportunité aux personnes volontaires qu’elles soient victimes ou auteurs, de bénéficier d’un espace d’écoute et de dialogue, respectueux de leurs droits et de leurs choix.
La justice restaurative a pour seul objectif d’offrir à toutes les personnes concernées par l’infraction un espace de dialogue sécurisé et respectueux de tous ceux qui y participent.
Elle a pour finalité, la restauration de tous, laquelle passe par :
- la réelle resocialisation de l’infracteur après exécution des obligations qui lui incombent,
- la réintégration de la victime après réparation de tous ses préjudices,
- le rétablissement de la paix sociale au sein de la communauté
Contribuons ensemble au développement
de la justice restaurative !
Violence et médiation (n°2/2). La justice restaurative : questions et résonances
lien du replay YouTube : "Violence et médiation n°2/2. La justice restaurative : questions et résonances"
date : 31 janvier 2022
Le 15 novembre 2021, les organisateurs du webinaire, soucieux d’offrir plus de place au débat, se sont engagés à organiser une seconde soirée autour du film initié par Salomé Van Billoen :
"Les cornes de la vache" Amahembe y’Inka
Ainsi, le 31 janvier 2022, l'Association nationale des médiateurs, l’Association des médiateurs européens, l'Institut français de justice restaurative, FRANCE Victimes, le Service pénitentiaire d’insertion et de probation, l’ARCA, l’Institut de formation à la médiation et à la négociation et la Commission des modes amiables de l’Ordre des avocats de Paris ont eu le plaisir de vous inviter à poursuivre la réflexion : Lien de la vidéo

La projection du film a été suivie d'une table ronde et d'un échange sur le forum avec la participation des personnalités suivantes :
Salomé Van Billoen, Dominique Retourné, Emilie Matignon,
Olivia Mons, Nathalie Baquié, Wendy Thuillier,
Cécile Dubernet, Janie Bugnion, Agnès Mendes Pires,
Stephen Bensimon, Johanna Hawari-Bourgély, Mamadou Diakhate, Didier Morfoisse, Angela Albert
Synopsis du film :
« Là où l’homme a montré ce qu’il savait faire de pire, il montre aujourd’hui ce qu’il peut faire de grand. Dans des villages au Rwanda, une expérience unique de justice est en train de naître. Des communautés villageoises du District de Huye apprennent à faire face, ensemble, aux violences domestiques et sexuelles qui les minent, à travers un processus de justice restaurative ! Des paysans comme Jean-Marie, Agnès, Evariste, Drocella et d’autres ont franchi le pas et ont donné un espoir énorme à leur communauté. Chemin faisant, ils posent en réalité une question fondamentale et universelle : quel est le sens de la Justice et que peut-elle faire pour que les personnes retrouvent leur humanité et se reconstruisent en lien avec leur communauté ? »
Durée: 50min. Réalisateur: François Bierry.
Bande annonce du film : https://vimeo.com/509446893
En partenariat avec des institutions d'enseignement, la Commission de justice restaurative de l'ANM, composée de Janie Bugnion et d'Agnès Mendes Pires, cherche à promouvoir la justice restaurative et les pratiques restauratives dans divers champs, notamment l'école, l'entreprise, la justice. Pour ce qui est de la justice pénale, voici quelques extraits du site de l'Institut français de justice restaurative :
La justice restaurative en France
Depuis 2014, la loi permet aux personnes concernées par une infraction d’être informées sur leur droit de participer à des mesures de justice restaurative.
Alors que certaines questions demeurent sans réponse après une infraction, les mesures de justice restaurative offrent désormais l’opportunité aux personnes volontaires qu’elles soient victimes ou auteurs, de bénéficier d’un espace d’écoute et de dialogue, respectueux de leurs droits et de leurs choix.
La justice restaurative a pour seul objectif d’offrir à toutes les personnes concernées par l’infraction un espace de dialogue sécurisé et respectueux de tous ceux qui y participent.
Elle a pour finalité, la restauration de tous, laquelle passe par :
- la réelle resocialisation de l’infracteur après exécution des obligations qui lui incombent,
- la réintégration de la victime après réparation de tous ses préjudices,
- le rétablissement de la paix sociale au sein de la communauté
Contribuons ensemble au développement
de la justice restaurative !
Foire de Lyon
Dans le cadre d’un partenariat entre l’Association Nationale des Médiateurs et la Foire de Lyon 2022, une vingtaine de médiateurs de la délégation Rhône Alpes de l’ANM, et réseaux partenaires, ainsi que des étudiants en médiation à l’Université Lyon 2, se sont succédé tout au long des 10 jours, pour répondre aux questions des visiteurs, gratuitement, pendant la durée de la Foire.
Le principe : Les médiateurs reçoivent des demandes à la fois sur des domaines concernant directement la Foire, (différends sur des ventes) mais aussi sur tout autre domaine : difficultés de dialogue, ou conflit, en famille, en entreprise, dans des relations commerciales…
Ils ont assuré ainsi un service d’information, mais aussi de médiation, gratuitement, quand la relation entre clients et exposants était dégradée, et nécessitait d’être maintenue ou restaurée, dans l’intérêt de chacun.
Le stand est situé idéalement sur la Place des Lumières, visible à la fois à l’entrée des visiteurs et facile d’accès avant la sortie.
La Foire en quelques chiffres
| Participants | 25 médiateurs – 1 coordonnateur |
| ANM | 9 médiateurs |
| DU Médiation Université Lyon 2 | 7 médiateurs |
| Master Médiation Université Lyon 2 | 5 médiateurs |
| CIMA | 1 |
| Avocats / Indépendants | 2 |
Le stand
- Une baisse des visites par rapport aux années précédentes.
- Un service de gestion des conflits : accompagnement, orientation, et médiation.
- Une information efficace.
69 visites au stand en 2022 (89 visites en 2019, 148 visites en 2018, 127 visites en 2017, 118 visites en 2016, 119 visites en 2015.)
Tous les exposants n’étaient pas au courant de la présence des médiateurs sur la Foire.
Le bilan
9 médiations avec accord (souvent des interventions auprès des exposants, qui décident de procéder à la rétractation de la vente, avant même la rencontre avec le client).
2 demandes de conseils concernant un conflit d’organisation/ administration avec la Foire ( l’un concernant le comportement d’un forain avec une cliente, l’autre concernant une réclamation sur l’emplacement de l’exposant.)
45 orientations de demandes vers ANM ou autres structures de médiation.
7 demandes d’information sur les formations à la médiation.

Les remarques des médiateurs
Les médiateurs participants apprécient cette expérience en raison des rencontres avec le public, ainsi que pour la rencontre avec les professionnels.
« Serait-il opportun de positionner sur le stand plutôt des médiateurs de la consommation ? »
« Une matinée à la foire de Lyon intense. Je pensais que les visiteurs seraient plus intéressés par les allées remplies de vendeurs et de produits plus attirants les uns que les autres et les bonnes odeurs des restaurants… mais non, la médiation interroge et suscite l'intérêt. Que ce soit juste pour connaître la médiation ou pour un conflit né sur le salon ou ailleurs, notre stand a attiré du monde. Problème avec une administration, conflit de voisinage, souhait de réparation suite à une agression, vente forcée... voici quelques exemples des personnes qui sont venues se renseigner sur notre stand durant ma matinée de permanence. Je suis heureuse d'avoir pu les renseigner et apporter ma contribution et mon écoute à une personne en litige avec l'un des stands. Une expérience très enrichissante. »
« J'ai participé à deux demi journées au stand de l'ANM ou j'ai pu mener mon premier cas réel de médiation avec un entretien en séance plénière entre un consommateur et un commerçant, entretien qui à ma grande surprise s'est conclu par un accord entre les deux parties. J'ai également pu avoir un aperçu des différents profils intéressés par la médiation que ce soit pour leur besoin personnel ou professionnel lors de l'animation du stand, avec des profils très différents. Une restitution à but éventuellement statistique avec quelques zooms sur des exemples sélectionnés et approfondis pourrait s'avérer intéressante pour voir l'évolution de l'information du public sur la médiation avec une comparaison possible sur les années précédentes par exemple. »
« Il serait nécessaire que les médiateurs aménagent une communication aux exposants sur leur rôle sur la Foire, ainsi que sur la médiation de la consommation en général. »
Bilan Organisation Foire
La Foire de Lyon est satisfaite de cette collaboration, et souhaite la reconduire. Le partenariat existe depuis 2015, et a lieu chaque année, dans les mêmes conditions. L’installation Place des Lumières plutôt que dans le hall d’accueil est bien située : les visiteurs peuvent faire connaissance avec les médiateurs en entrant, et les retrouvent facilement avant de repartir s’ils ont besoin de leur service.
La neutralité et l’indépendance des médiateurs sur le stand est bien perçue par les visiteurs, comme par la direction de la Foire. Il s’agit de bien clarifier que ce ne sont pas les “médiateurs de la Foire de Lyon”, mais des médiateurs indépendants au service des exposants comme des visiteurs, ainsi que de la Foire de Lyon.
Bilan des médiations
Les demandes émanent surtout des visiteurs, peu des exposants eux-mêmes; elles concernent une vente sur la Foire.
Les médiateurs engagent alors un protocole spécifique dans l’objectif de garantir aux visiteurs comme aux exposants leur neutralité et leur indépendance et créer ainsi un lien de confiance.
Ils jouent un rôle intermédiaire, avant une démarche “contentieuse” devant les instances de sécurité et d’ordre de la Foire. L’objectif est d’évaluer la possibilité d’une démarche amiable avant que le visiteur fasse une démarche auprès de l’organisation.
Les médiateurs accordent un premier temps d’écoute au visiteur qui sollicite l’intervention. Puis ils rendent visite à l’exposant, seuls, sans le visiteur, afin d’accorder à celui ci également un temps d’écoute. Ils peuvent à la suite de ces deux entretiens proposer une rencontre, soit dans un espace dédié à cet effet, ou sur le stand de médiation. Une fois sur deux, le conflit se règle par le désistement de l’exposant par lui même. Et une fois sur deux, il y a effectivement la rencontre de l’exposant et du visiteur dans un but de trouver une issue aceptable pour les deux personnes.
Protocole d’intervention des médiateurs à la Foire de Lyon
Postulat : le médiateur sur le stand a le choix d’accepter ou de refuser de conduire une médiation.
S’il fait le choix de conduire la médiation voici quelques consignes, qui pourront l’aider. Il reste cependant seul maître du cadre qu’il va poser.
Cadre proposé pour les médiations entreprises sur la Foire :
- Prendre le temps : le sentiment d'urgence du client qui nous sollicite peut s'apaiser avec une première écoute précise des faits et de son vécu, et la pose d'un cadre sécurisant. (La médiation peut être renvoyée au lendemain, ou à une heure ultérieure, de façon à prendre le temps de poser le cadre de cette intervention).
- Un endroit neutre : proposer la médiation dans le bureau mis à disposition par la Foire et non sur le stand du vendeur.
- Un temps d'écoute des deux parties isolément : permet d'avoir les éléments concrets du conflit, à chaque médiant de se sentir entendu, et de valider l'engagement de chacun.
- Préserver notre indépendance, et impartialité : les techniques de vente utilisées, « musclées », peuvent nous donner envie de soutenir le client… bien se rappeler qu'il y a respect de la loi, (cf. loi Hamon).
- Ne pas s’attarder sur le cadre juridique, mais plus sur la relation.
Procédure proposée pour les médiations entreprises sur la Foire :
Afin d'éviter que le vendeur perçoive le médiateur comme l'avocat défendant son client, il est préférable de :
- proposer au réclamant de revenir vers le médiateur avec le vendeur ;
- ou aller proposer la médiation au vendeur mais pas accompagné du réclamant, qui peut patienter.
Du coup nous pouvons prendre le temps de présenter le processus au vendeur et lui faire comprendre son intérêt à discuter. Quitte à lui laisser un temps de réflexion.
Conclusion : le contexte de la Foire est différent de celui que l’on rencontre habituellement en médiation, mais il n’empêche pas de maintenir le cadre et le déroulé du processus.
Gaëlle Walker, Déléguée régionale ANM.
La médiation et le tragique
Je suis en train de nuit, de retour d’un stage de médiation humaniste1 à Paris, qui s’est terminé avec la question : ‘Qu’est-ce qui t’a amené à devenir médiateur ?’.
Mon regard posé sur les lumières qui éclairent comme des flammes de bougies un paysage d’ombres, je me souviens … de cet après-midi où, lorsque j’étais assis dans une église occupée par les préparatifs d'une cérémonie funèbre, je décidai de rester jusqu’au bout. Le fait que je ne connaissais pas la personne, que je n'avais aucun lien avec elle, m'a entraîné dans une réflexion sur quelques paradoxes de la finitude.
Accroché à cette image remonte donc le sentiment qui m’accompagne, aujourd’hui, dans mon apprentissage du savoir-être du médiateur : la disponibilité à découvrir une solidité inespérée devant l’échec. Même aux endroits où tout paraît être fini, il y a pourtant 'quelque chose qui reste', et qui est infiniment précieux… précisément parce que ce ne sera 'jamais assez'. Accueillir ce 'quelque chose qui reste', je l’associe également à l’idée de s’ouvrir à ce qui est radicalement 'hors de moi'.
Le sentiment tragique de la vie
Le célèbre écrivain espagnol, Miguel de Unamuno, décrit dans son œuvre pleine de passion – le Sentiment Tragique de la Vie – le désir d’immortalité, de permanence infinie dans sa propre vie, comme l’un des plus centraux pour la vie humaine et – en même temps – l’un des moins solides. Unamuno nomme donc une impossibilité au cœur de la vie … et je tire de son œuvre aussi un autre aperçu. Que ce n’est que face à cette impossibilité qu’on peut prendre conscience de la proximité de possibilités inespérées. Dans ma formation à la médiation humaniste, je reviens souvent sur ce point.
La portée de ce qui reste
Depuis ma compréhension de stagiaire, le processus de la médiation humaniste est une invitation à approcher toute occasion d’échec de communication entre les médiants… comme l’« icône » d’une rencontre avec cette impossibilité 'radicale' décrite par Unamuno. Une impossibilité qui voit l’un des médiants demander quelque chose (respect, réparation, dignité, reconnaissance, légitimité) à l’autre… que ce dernier n’est finalement pas capable de donner dans la mesure infinie où le premier la désire au fond de son être. Ce n’est que face à l’impossibilité pour l’autre de remplir ma soif de profondeur que je peux alors me disposer à recevoir ce qui reste : que ce soit un mot prononcé en vérité, ou un petit pas dans ma direction. La portée de ce qui reste ne se dévoile qu’après l’expérience de l’impossibilité.
La rencontre sur les 'valeurs' ?
Le processus de médiation humaniste puise ses racines dans la structure de la tragédie grecque et invite à rester réceptifs à cette rencontre avec l’échec des demandes profondes apportées par les médiants. En tant que participant à la médiation, c’est à cet endroit que je peux alors m’apercevoir que ‘ce qui reste’ ne peut me rejoindre dans une certaine mesure que si je suis prêt(e) à accepter un seuil, tel qu’il puisse être franchi par ce qui est « hors de moi ». C’est à partir de cette perspective que j’approche la phase terminale du processus de médiation humaniste : la rencontre des médiants sur les valeurs.
'Valeurs' comme questions insaisissables et profondeurs infinies
Le mot 'valeur' peut suggérer des associations un peu légalistes, du style : 'avant je nomme mes valeurs, et ensuite j’agis conformément'… comme si les valeurs étaient une liste qui préexistait à la vie, au lieu de quelque chose qui se discerne au fil de l’expérience vécue. Je préfère plutôt substituer au mot 'valeurs' celui de 'questions' capables de mener chacun(e) à la prise de conscience de l’impossibilité de son propre désir – cette impossibilité à qui Unamuno associe le sentiment tragique de la vie. La dignité (suis-je considéré ?), le respect (me voit-on ?), l’amour (suis-je aimé ?), l’accueil (ai-je ma place ?) … que je pourrais recevoir d’un(e) autre ne vont pas – aussi loin qu’ils aillent – étancher ma soif de permanence profonde et hors durée. Tant que l’un des médiants persévère dans son désir infini sans saisir en même temps son inaccessibilité, il ou elle laisse dans l’ombre son propre seuil vers l’ « hors de moi », et bloque sa capacité d’accueillir la mesure de satisfaction qu’on peut lui offrir.
'Ce qui reste'
Je reviens, donc, à cette idée paradoxale d’Unamuno, qui me guide dans ma curiosité pour la médiation humaniste, et dans mon choix de ce genre de médiation : ce n’est qu’en saisissant la profondeur du paradoxe de sa propre vie, comme finitude habitée d’une soif infinie, qu’on arrive à s’ouvrir au véritable accueil de 'ce qui reste'. Où 'ce qui reste' n’est pas à découvrir tristement, comme si ce n’était 'qu’un reste'… mais plutôt comme 'le champ de tous les possibles' qui peut venir en sincérité de l’autre, assis(e) juste à côté de moi.
Luigi Russi, médiateur en formation au CMFM et sociologue dans la « Schumacher Society », une société scientifique anglaise.
1« Pour la médiation humaniste, voir Entretien avec Jacqueline Morineau dans la Lettre no 09 de l'ANM : La médiation humaniste, un autre regard sur l'avenir : https://www.anm-mediation.com/page-newsletter.php?id=97118#article-98555
Lueur et Semeur : les petits médiateurs sèment des graines en maternelle et en Cours Préparatoire.
J’ai longtemps enseigné en Cours Préparatoire, années durant lesquelles j’ai rédigé le livret pédagogique de Lueur et Semeur les petits médiateurs : Zizanie au potager. Lors de la rédaction de ce livret, mes élèves me servaient un peu de « cobayes » mais je n’ai pas entièrement pu mettre en place ce que j’avais rédigé. Car le temps de rédaction était bien plus long que le temps dont je disposais en classe. Je ne pouvais faire durer l’étude de l’album sur plus de trois mois !
Cependant, je me souviens qu’un jour, l’auteur du livre, Catherine Laval, est venue dans ma classe animer un atelier sur le ressenti des élèves, le « Comment chat va ? », et assister à la lecture de son album par moi-même. Agés de 6-7 ans, mes élèves étaient ébahis de recevoir l’auteure d’un album en personne. Ils ont bien joué le jeu des émotions et ont particulièrement apprécié de s’exprimer sur leurs ressentis.
Ils apprenaient du vocabulaire par la même occasion. Suite à l’atelier et en présence de Catherine, je leur ai raconté l’histoire. Ils ont été très attentifs durant les 40 minutes de récit. J’étais assez impressionnée par leur calme à ce moment-là. Le vocabulaire n’était pas si aisé pour eux mais je pouvais utiliser facilement des synonymes pour expliquer les mots compliqués et les laisser deviner aussi par rapport au contexte. Nous nous souvenons, Catherine et moi-même, de la réaction d’un de mes élèves qui proposait d’envoyer ce livre dans un pays où il y a la guerre.
Cette phrase d’enfant nous a interpellées et elle nous a profondément marquées car c’était tellement vrai et sincère. Ce qui était aussi appréciable c’était leurs éclats de rire spontanés quand le texte était rigolo et il l’était plus d’une fois ! Durant le reste de l’année les enfants de la classe s’interpellaient régulièrement s’il y avait une dispute en se disant qu’ils pouvaient aller chercher Lueur et Semeur…
Depuis un peu plus de 2 ans maintenant, j’enseigne en Grande Section de maternelle, la dernière année avant l’entrée en Cours Préparatoire et je souhaitais aborder ce thème de la médiation et quoi de mieux que d’utiliser mon support pédagogique.
Chaque année, pour relancer la dynamique des apprentissages, pour apporter un petit plus culturel à nos élèves et surtout pour nous permettre, à nous les enseignants, de sortir d’une routine pédagogique, nous choisissons un thème annuel. Et cette année, le thème retenu a été celui des « Contes et légendes ».

J’ai découpé mon année scolaire en cinq périodes (temps entre chaque vacance scolaire), ainsi j'ai travaillé en première période sur le conte musical « Émilie Jolie », puis en deuxième période, j'ai partagé le temps d'apprentissage entre l'album de Lueur et Semeur et ensuite des contes sur Saint Nicolas et sur Noël. Et pour finir l’année, j’ai prévu d’étudier Le Petit Prince d'Antoine de St Exupéry, puis la mythologie grecque et les douze travaux d'Hercule.
J’ai choisi de travailler ce thème durant le mois de novembre, période la plus propice à mes yeux, car cet album de Lueur et Semeur aborde l’écoute, la compréhension, la recherche de solutions qui plaisent à tout le monde et surtout la paix. Et donc en l’étudiant à ce moment-là, je pensais que cela mettrait aussi mes élèves en bonne posture pour l’entrée dans l’Avent car j’enseigne dans une école catholique sous contrat avec l’Etat.
Dans le livret pédagogique, je ne proposais que des pistes de travail pour les élèves maternelles en cycle 1 car le vocabulaire est assez laborieux pour des élèves de 5 ans. La compréhension du second degré n’est pas perceptible pour tous mais en tout cas nous l’avons beaucoup travaillée et au final je suis très contente de ce que mes élèves ont retenu.
Le matin, nous faisions régulièrement (lundi et jeudi) un tour de table de l’humeur du jour et aussi petit à petit j’essayais des séances de langage afin de développer plus leur pensée. Au début, ils disaient tous la même chose et, jour après jour, j’incorporai du vocabulaire supplémentaire : ravi, heureux, intéressé … toutes ces nuances de vocabulaire qui pour eux sont encore complexes.
Je faisais en parallèle la lecture de chapitres de l’album les lundis et jeudis et les autres jours : mardi et vendredi nous faisions un retour sur ce que j’avais lu en classe la veille et les élèves racontaient le chapitre à l’aide des figurines que l’on peut créer en classe (matériel fourni avec l’album). Petite anecdote, j’ai du en photocopier plusieurs car elles avaient du succès en dehors du temps prévu en classe !

En plus de cette lecture, je proposais des traces écrites de travail : le puzzle de couverture pour un repérage dans l’espace, le classement des images par ordre chronologique, de l’écriture en lettre majuscules sur les mots importants de l’histoire et des concordances d’alphabet dans deux écritures : majuscule et scripte, un coloriage qui est offert avec l’album… J’ai pu ranger ces traces écrites dans un dossier spécialement conçu pour notre thème annuel pour que les parents puissent regarder le travail effectué et en parler également avec leur enfant à la maison.
J’utilise aussi le thème du potager pour faire des activités transversales comme par exemple pour découvrir l’artiste Yayoi Kusama et ses petits points sur les citrouilles ou pour planter des graines de courges et faire des expériences sur la lumière, l’eau et étudier la croissance des plantes…
J’utilise également la lecture en réseau, c’est-à-dire que je garde le thème dominant de l’album et je lis ou je raconte d’autres histoires sur ce thème-là. Mes élèves sont vraiment réactifs dans ces cas-là, car souvent ce sont eux qui m’apportent des livres qu’ils avaient à la maison pour compléter ma bibliographie ! Ce moment qu’ils apprécient tout particulièrement est ce qu’on appelle dans ma classe de « la lecture cadeau ».
Le matin lorsque j’accueille les élèves en classe, ils arrivent sur un temps échelonné, je leur propose des petites activités de construction en 2D puis en 3D, de manipulations d’objets, des puzzles et aussi de dessin libre. Un matin, une petite élève s’est dessinée « dans le jardin de Nicolas au milieu de la zizanie au potager ». Cette petite élève avait assisté le matin même à une dispute entre ses parents et elle se trouvait perdue au milieu d’eux ! Elle a su me le dire par le biais du dessin et plus tard elle me l’a verbalisé lors du temps d’atelier en petit groupe.

Dans la cour, je me sers de Lueur et Semeur lorsqu’il y a un conflit et il y en a régulièrement : des problèmes de ballons, de règles de jeu non suivies, d’occupation du toboggan... D’ailleurs, je me souviens de ce moment précis où une petite élève, assez touchée par cet album de littérature de jeunesse, qui était à côté de moi à ce moment là, a entendu un de ses camarades me raconter son souci. Et bien cette petite élève est intervenue à ma place pour répondre à son copain « Attends on va chercher des solutions ensemble et qui vont vous plaire ». J’ai été un peu surprise mais agréablement par son initiative et je l’ai laissée faire. Et bien, je ne les ai pas revus de la récréation entière, des solutions avaient été trouvées et cela sans que j’intervienne. C’était merveilleux !
Les élèves se prêtent au jeu de trouver des solutions à leur problème. Nous ne sommes pas encore pleinement dans une démarche de médiation mais en tout cas une petite graine est semée chez eux et à court terme, je vois déjà des changements et j’espère qu’à long terme, ils auront encore cette petite graine et qu’elle aura germé…

Adeline Dumont Mbole, auteure du livret pédagogique de Lueur et Semeur les petits médiateurs : Zizanie au potager
Inter∞médiés N°11 : Les risques psychosociaux
Souffrance au travail, burn-out, ras le bol, manque de motivation et perte de sens sont le lot quotidien de plus en plus de travailleurs. L’usure et la fatigue nerveuse touchent des milliers de personnes. Ce sont des maux sur lesquels nous n’arrivons pas à mettre de mots et qui posent le problème des troubles psychosociaux liés au travail.
Pourtant, la société prône de plus en plus le bien-être au travail comme dans la sphère privée ainsi que le slow life et chacun cherche à travailler moins pour vivre mieux…
Avec l’équipe de rédaction d’Intermédiés, nous avons décidé de faire une fois de plus un pas de côté… et plus précisément du côté des Risques Psycho-Sociaux. Qui, aujourd’hui, peut passer à côté de ce terme ? Certainement pas les médiateurs qui sont confrontés en tant que consultants et praticiens à ces risques et aux dommages qu’ils peuvent engendrer. Nous faisons le point avec des psychologues, psychosociologues, ergonomes, responsables des ressources humaines, chefs d’entreprises, médecins et - last but not least - avec des médiateurs spécialisés dans cette thématique qui nous livrent leur analyse et nous transmettent leur expertise.
Qu’en est-il aujourd’hui des RPS et de la santé au travail ? De quels risques s’agit-il au juste ? Comment les évaluer ? Sommes-nous assez protégés ? Comment s’en prévenir et lutter contre ? Que dit le droit? Comment améliorer la qualité de vie au travail ? … Et la médiation dans tout ça ?
Des témoignages viennent ponctuer ce dossier au petit goût salé mais sans amertume. Rassurez-vous, la médiation apporte encore une fois sa pierre à l’édifice et joue son rôle aussi préventif que curatif.
Dans ce numéro vous avez aussi rendez-vous avec Fabrice Vert et son engagement infaillible pour les modes amiables. La boîte à outil sera là pour vous guider dans votre activité et nous aborderons la suite du thème sur le langage. Le tour d’horizon vous amènera en francophonie et au Sénégal. La négociation une rubrique plébiscitée par un grand nombre d’entre vous sera au rendez-vous dans les coulisses des contrats de transfert des joueurs de foot. La médiation administrative aura une place de choix avec un focus sur une expérimentation en Seine Saint-Denis. Avez-vous déjà entendu parler des ateliers de coparentalité ? Un juge et un avocat vous en parlent. Notre nouvelle rubrique « Les pieds dans le plat » pourra aussi piquer votre curiosité de médiateur.
Le reste sera à découvrir dans le prochain numéro qui sortira en mai. Préparez-vous à vivre encore une fois une expérience différente et unique avec votre revue préférée !
Il ne vous reste plus qu’à vous abonner… si ce n’est pas déjà fait !
Joëlle Dunoyer, Rédactrice en chef, médiateur.
Sagesses du monde et médiation
Sources philosophiques
Actions en Afrique, Asie et Océanie
Le concept de médiation peut être recherché dans divers courants philosophiques et dans les sagesses ancestrales des peuples. La médiation, sous ses différentes formes, peut-elle permettre aux individus, comme aux peuples, de vivre leurs différences et de repartir ensemble après avoir vécu des conflits et des fractures ? C'est à cette question que se sont attachés à répondre des spécialistes internationaux, venant d'horizons culturels différents. Ils relatent des médiations menées en Afrique (Afrique du Sud, Rwanda, Burundi, République démocratique du Congo), en Asie (Chine et Viet-Nam) et dans le Pacifique (Aborigènes d'Australie et Nouvelle-Calédonie).

Coordination : Béatrice Blohorn-Brenneur, magistrat honoraire, a occupé les fonctions de président de chambre de cours d’appel et de médiatrice au Conseil de l’Europe. Présidente de GEMME-France et de CIM, elle est experte internationale en médiation, médiatrice et formatrice en médiation.
Avec le concours de : Janie Bugnion, Philippe Crouÿ, Catherine Emmanuel, Xiaolin Fu Bourgne, François Komoin, Joanna Kalowski, Gérard Lurol, Thi My Hanh Ngo-Folliot, Alain Pekar Lempereur, Dominique Retourné.
Et l’aide de : Chiara Giovannucci-Orlandi, Jacques Salzer, François Staechelé.
Ce livre a été édité avec le concours du Conseil international de la médiation (CIM) et de la section française du Groupement européen des magistrats pour la médiation (GEMME).
Les sources spirituelles de la médiation
L'ouvrage se penche sur les sources de la médiation qui se retrouvent dans les religions monothéistes (Torah, Bible et Coran). Il retrace l'itinéraire de médiateurs qui se sont mis en chemin pour permettre aux individus, comme aux peuples, de connaître un apaisement après avoir vécu des conflits et des fractures. Comment en sont-ils arrivés là ? La médiation aurait-elle une dimension spirituelle ? Tous ces points sont abordés dans ce livre et ont été traités, dans le cadre du Conseil international de la médiation (CIM) et de la section française du Groupement européen des magistrats pour la médiation (GEMME-France), par des spécialistes, experts internationaux, venus d'horizons culturels différents.

Coordination : Béatrice Blohorn-Brenneur, magistrat honoraire, a occupé les fonctions de président de chambre de cours d’appel et de médiatrice au Conseil de l’Europe. Présidente de GEMME-France et de CIM, elle est experte internationale en médiation, médiatrice et formatrice en médiation.
Avec le concours de : Myriam Bacqué, Béatrice Blohorn-Brenneur, Henri Cohen-Solal, Claude Czech, Alain Ducass, Mohammed El Ghorfi, Jean Mirimanoff, Jacqueline Morineau, Bernard Paix, Alain Pekar Lempereur, Thérèse de Villette.
Et l’aide de : Chiara Giovannucci-Orlandi, Jacques Salzer, François Staechelé.
Ce livre a été édité avec le concours du Conseil international de la médiation (CIM) et de la section française du Groupement européen des magistrats pour la médiation (GEMME).
La médiation en milieu scolaire
Apprendre à vivre la démocratie au quotidien
Présentation
Riche d'une expérience professionnelle de 20 ans dans l’Education Nationale1, j’ai eu l’occasion, grâce à la Pédagogie Freinet, issue du Mouvement de l’École Moderne, de « vivre » avec les enfants la démocratie au quotidien. En effet, l’école est un lieu qui permet de vivre les relations avec ses pairs, une façon de régler les conflits, d’exercer l’autorité´ et de réagir contre l’injustice.
Etudiante à l’IFOMENE-ICP à Paris, lors de la préparation du diplôme universitaire de « Théorie et de pratique de la médiation », j'ai saisi l'opportunité de rédiger un mémoire « coopératif », à quatre mains, sur « La médiation en milieu scolaire ».

Pourquoi ce choix ?
Le médiateur est un artiste du dialogue, un « facilitateur » de la parole. Par son écoute, il va permettre de restaurer le dialogue. Il accueille le conflit et le pense autrement. Il va faciliter l’émergence des émotions et du point de vue de l’autre par une approche non violente des désaccords. Ainsi, par sa posture, le médiateur invite d’abord a` l’apaisement dans les situations difficiles.
J'ai toujours pensé que l’École pouvait permettre aux enfants d’acquérir des postures indispensables aux médiateurs de « demain ». En effet, à travers des temps qui pourraient être institutionnalisés plus largement, tels que la pédagogie coopérative expérimentée dans les écoles Freinet, les dispositifs d’inclusion, la préoccupation de l’acquisition des compétences psycho-sociales en classe et hors de la classe, la recherche de l’émancipation par le savoir et par l’expression, l’École française offrirait une véritable opportunité´ d’éducation a` la paix.
Ainsi, en travaillant d’abord sur l’acquisition et le renforcement de ces temps pédagogiques, la pratique de la médiation trouverait ensuite toute sa place dès l’école primaire.
Problématique
La médiation en milieu scolaire peut prendre des formes très différentes. Notons que très souvent (mais pas toujours !), elle a été´ initiée comme une réponse a` des situations de violence et de harcèlement. Toutefois, la médiation a des enjeux bien plus larges et plus profonds que la gestion du risque lie´ a` la dégradation de l’ambiance scolaire.
Il nous apparait nécessaire de renforcer la cohérence de cette démarche en développant une culture commune de la médiation au sein des équipes pédagogiques et d’encadrement. Notre questionnement a porté principalement sur « Comment étendre et généraliser la pratique de la médiation en milieu scolaire ? »
L’enjeu de cette démarche globale et cohérente étant de permettre aux jeunes d’adopter des comportements responsables et citoyens, ciment indispensable d’une nation. Cela est particulièrement important dans une société´ multiculturelle et soumise a` de fortes tensions.

Points essentiels
Dans une première partie, nous avons mis en avant les valeurs profondes et humanistes de la médiation. En apprenant aux enfants, dès l’école maternelle, a` apprivoiser et surtout à développer les qualités qui permettent de cultiver son identité´, renforcer son empathie, éveiller sa pensée pour aller vers une pensée plus complexe, découvrir la méditation et ses bienfaits sur le corps et l’esprit..., nous pouvons espérer que les générations futures privilégieront davantage le dialogue dans la résolution des conflits, développeront des capacités a` apprécier les différences et entreprendront des actions plus constructives avec autrui. Dans une deuxième partie, nous avons travaillé sur les conditions de mise en œuvre et de déploiement de la médiation en milieu scolaire en précisant les conditions préalables. En outre, nous avons insisté sur les indicateurs de performance à retenir pour dynamiser la mise en œuvre de la médiation en milieu scolaire. Puis, nous avons recherché les freins et les leviers relatifs au déploiement de l’approche de la médiation en milieu scolaire. Les freins - y compris les évolutions socio-culturelles - peuvent également devenir des leviers en fonction du point de vue et de la façon dont ils seront gérés.
Enfin, il ressort quelques points-clés de notre mémoire :
Par exemple, les établissements scolaires qui ont fait le choix d’avoir un enseignement permettant le développement des compétences psychosociales, contribuent à faire découvrir et à transmettre, aux adultes et aux jeunes, des comportements nouveaux.
Le dispositif des « médiateurs sociaux » a été mis en œuvre uniquement dans les quartiers d’éducation prioritaire, ce qui présente le risque de connoter négativement, voire de marginaliser la médiation en milieu scolaire.
Nous avons noté également que la question de la gestion du temps et particulièrement du temps de travail personnel s’avère être un obstacle fréquemment cité par les acteurs pour la mise en place de la médiation en milieu scolaire. Une façon de lever cet obstacle serait que la médiation fasse partie intégrante du programme scolaire.
Si la sensibilisation ou la formation à la pratique de la médiation en milieu scolaire pouvaient être intégrées dans le parcours professionnel des personnels de L’Éducation Nationale, enseignants, éducateurs, directeurs mais aussi parents, enfants, nous verrions alors se développer de nouveaux comportements caractérisés par une attitude d’écoute plus généralisée, une capacité de dialogue et de compréhension réciproque plus grande, un sens des responsabilités mieux accepté, en particulier – mais pas seulement – dans la résolution des conflits.
Mot de la fin
Le déploiement de la médiation a` l’intérieur des établissements scolaires pourrait se faire grâce a` plusieurs entrées : par une large information/sensibilisation sur la médiation, par une intégration dans le projet des établissements et par une intégration via la formation initiale des enseignants.
Les évolutions profondes de notre société confortent ou appellent la médiation en milieu scolaire, comprise à la fois comme un outil de pacification mais aussi comme le vecteur d’une pédagogie nouvelle, ancrée dans des valeurs fondamentales pour nos sociétés. Ces valeurs, telles que l’empathie, la reconnaissance et le respect des différences, la responsabilité individuelle dans le devenir du collectif, étaient centrales hier, elles le sont encore aujourd’hui et le seront certainement plus encore demain. Elles peuvent être comprises comme autant de réécriture contemporaine de notre devise républicaine : liberté, égalité et fraternité.
Encouragés par le modèle des adultes, les élèves seront accompagnés dans leur attitude, leur posture pour adopter à leur tour une position de médiateurs.
Oser la médiation à l’école, c’est expérimenter très concrètement avec les adultes et avec les enfants, comment l’être humain peut dénouer les conflits qu’il a contribué à créer et retrouver par là même toute son humanité.

Pour finir, je citerai le sociologue et philosophe Edgar Morin, 94 ans, qui dans un entretien exceptionnel du 11 février 2016, considère « à l’aune des événements, spectaculaires ou souterrains, qui ensanglantent la planète et endeuillent la France que le seul véritable antidote à la tentation barbare a pour nom - l’humanisme - ».
Maelle Dumaine : Médiatrice et Formatrice (Prévention et gestion des conflits, Accompagnement en communication relationnelle). Médiatrice au sein de l’association « Choisir la Me´diation en Normandie ». Certification à la Médiation Humaniste (CmFm-Paris)
Directrice et enseignante pendant 20 ans, notamment en pe´dagogie Freinet.
Luc Mouille`re : (Sciences Po^ Paris, INSEAD, Maitre Praticien en PNL, Coach CTI) : 20 ans d’expe´rience dans les Ressources Humaines, 10 ans dans le coaching de cadres dirigeants et formateur aupre`s de grandes e´coles et d’entreprises prive´es.
1Ecole publique C. Freinet à Hérouville Saint Clair (14)
Armonie Médiation
“Les entreprises qui réussissent sont celles qui ont une âme.”
de Jean-Louis Brault (Président du Groupe GTM)
ARMONIE MEDIATION est avant tout une alliance de 8 médiateurs expérimentés, riche de leurs complémentarités et de leurs liens d'amitié, qui les ont convaincus de se réunir dans une aventure commune : porter une culture de paix au plus près des personnes, au sein des organisations.
Convaincu que l’union nous rend plus forts, notre centre de médiations plurielles a pour objectif d'offrir un service de qualité, le plus efficace et le mieux adapté à chacune des situations présentées par les personnes et les organisations qui nous sollicitent.
Notre équipe
Armonie Médiation est avant tout une équipe !
Notre logo : restaurer l'harmonie
Lorsque des personnes sont en conflit, les perceptions qu’elles ont de la réalité ne coïncident plus. Tout se passe comme si elles s’inscrivaient dans des perspectives parallèles.
L’espace de médiation leur permet de se tourner de nouveau l’une vers l’autre, et de s’inscrire dans un cercle vertueux d’écoute, de compréhension mutuelle et de coopération.
Dans cet espace sécurisé et confidentiel, la présence du médiateur les aide à s’engager dans un échange qui facilite la restauration d'une harmonie, permettant à chacun de retrouver son alignement.
Nos liens avec l'ANM
Tous les associés sont membres de l'Association Nationale des Médiateurs (ANM), certains ayant une implication particulière telle que la Présidente d’honneur, Gabrielle Planès, Myriam Bacqué, ancienne déléguée régionale et Vincent Ramon, ancien salarié de l’ANM. Il nous est apparu comme une évidence qu'Armonie Médiation devait créer un lien étroit avec l’ANM.
C’est dans cette perspective qu’ARMONIE MEDIATION et l’ANM ont co-organisé trois webinaires sur la Conférence de Règlement Amiable, la Médiation administrative, la médiation hors-piste, ainsi qu'une conférence sur les Risques Psycho-Sociaux : une approche innovante pour une santé durable au travail.
Notre conviction

ARMONIE MEDIATION, les voies et moyens de l’accord
Qu’il s’agisse d’un partenariat commercial, d’un contrat de travail, d’un pacte entre associés, de rapports conjugaux ou familiaux, toute relation connait un âge d’or puis, au fil du temps, une altération progressive qui peut devenir pernicieuse, s’envenimer et alimenter le conflit. Parfois cette altération se développe subrepticement, comme par l’usure du temps, parfois, elle survient en raison d’un évènement dont les parties ont eu une perception fatalement différente. En définitive, rien n’est plus humain que le conflit puisqu’il s’agit de la friction entre deux perceptions d’une même réalité, de la confrontation entre deux libertés. Ce qui est délétère c’est de s'y enfermer, de se laisser happer par ce conflit au point d’en perdre toute clairvoyance, toute efficacité, le pire étant d’en sortir d’une façon violente, par l’exacerbation du rapport de forces.
Notre conviction, à ARMONIE MEDIATION, est que rien n’est plus puissant, plus efficient, que la présence d’un tiers neutre pour conduire les personnes piégées dans le conflit à renouer le dialogue. Il s'agit alors de leur permettre de prendre la mesure de la situation, de restaurer leur capacité à décider en tenant compte des valeurs auxquelles elles sont attachées, afin de parvenir à un accord durable.
L’accord, ce n’est pas seulement ce document, résultat d’un consensus, que d’aucuns considèrent comme la seule finalité de la médiation. L’accord, c’est aussi cette entente retrouvée, cette capacité à penser du commun que l’on croyait disparue. « Nous ne sommes plus d’accord, mais nous sommes en mesure de comprendre l’un et l’autre les causes profondes de notre désaccord et d’exprimer ensemble les dispositions par lesquelles nous nous accordons pour en surmonter les conséquences ». Lorsque l’opposition entre des affirmations qui paraissaient inconciliables, fait place à la reconnaissance réciproque de la légitimité du point de vue de chacun, puis à la volonté commune d’en « sortir par le haut », là est l’accord.
Les voies que l’on peut emprunter pour parvenir à un tel accord sont nombreuses et plus ou moins directives. Notre choix est d’être au plus près des besoins exprimés par les personnes qui font appel à ARMONIE MEDIATION. Ainsi, nous sommes en mesure d’offrir le mode d’accompagnement le plus adapté à la nature du conflit ou aux attentes des personnes qui y sont impliquées.
Certaines situations appellent la mise en œuvre d’un processus peu interventionniste, fondé sur la maïeutique1 et inspiré de la médiation transformative. Le médiateur fait alors une large place à l’expression du ressenti des personnes, et vise avant tout à rétablir leur agentivité2, confiant dans leur capacité à découvrir par elles-mêmes les clefs d’un dépassement du conflit. Dans d’autres cas, le vœu des parties et de leur conseil est de s’inscrire dans un processus plus formel, dans lequel le médiateur dispose d’une faculté d’impulsion, de créativité et d’incitation et non d'un pouvoir de décision. Le processus est alors davantage orienté solution. Ainsi en est-il de l'offre d'ARMONIE MEDIATION d'une Convention en vue d’un Règlement Amiable (CRA), directement inspirée de la Conférence de Règlement Amiable qui, au Québec, produit entre 80 à 85 % d’accord en un temps restreint. Parfois, c’est une voie médiane que les parties sont désireuses d’emprunter, à la fois inspirée des techniques de la négociation raisonnée, et qui laisse néanmoins une large place à l’expression des émotions. Le médiateur est alors investi de la confiance des parties pour les accompagner selon le mode le plus propice, au fil des phases successives de la médiation.
Le centre ARMONIE MEDIATION intervient aussi bien sur des médiations préventives que curatives, à titre conventionnelle ou juridictionnelle.
Quelle que soit la voie choisie, ARMONIE MEDIATION bénéficie d'une équipe soudée de médiateurs expérimentés, d'horizons professionnels riches de leurs diversités. Chacun d'entre eux a fait le choix de s'investir pleinement dans la transmission d'un savoir de médiation et dans le développement d'une culture de paix, que ce soit au sein du Collectif MEDIATION 21, que dans chacun de ses engagements de vie au quotidien.
L'équipe d'Armonie Médiation
1Dans la philosophie socratique, art de conduire l’interlocuteur à découvrir et à formuler les vérités qu’il a en lui.
2désigne, selon le psychologue américain Albert Bandura, la capacité des individus à être des agents actifs de leur propre vie, c'est-à-dire à exercer un contrôle et une régulation de leurs actes
Pour une autre vision de la justice
Le Swiss Restorative Justice Forum
Origine de l’association
Ce qui a officiellement commencé en janvier 2017 comme une petite association initiée par un groupe de neuf personnes provenant de différents horizons du secteur de la justice s'est transformé au cours des 5 dernières années en une association comptant une centaine de membres.
Les débuts ont été difficiles et l'association a dû relever de nombreux défis pour sensibiliser à la justice restaurative et développer les premiers projets pilotes. La justice restaurative était encore peu connue en Suisse et nous avons dû faire face à beaucoup de scepticisme ainsi qu'à des critiques car elle était perçue par certains professionnels comme une approche très dangereuse pour les victimes.
Avec le temps, cependant, la justice restaurative s'est fait connaître dans un contexte plus large en partie aussi grâce aux médias qui étaient intéressés à couvrir les premières expériences faites en prison et à partager les points de vue des victimes et des détenus qui avaient participé à de tels processus, ainsi que les points de vue des professionnels impliqués.
Le fait qu'en octobre 2018, le Conseil de l'Europe ait publié une nouvelle recommandation sur la justice restaurative en matière pénale, qui a apporté de nombreuses réponses importantes à des questions souvent posées, a certainement aidé aussi. Cette recommandation a également permis de sensibiliser au développement de la justice restaurative en Europe et à ce qui se passe dans ce domaine en dehors de la Suisse.
Nous avons donc constaté un intérêt croissant et de plus en plus de possibilités de mettre en œuvre des processus restauratifs dans les prisons ou par le biais de dialogues directs entre victimes et auteurs.

Notre vision de la justice restaurative
Nous considérons la justice restaurative comme une philosophie de la justice qui englobe une multitude de méthodes possibles pour répondre aux besoins spécifiques des personnes concernées. C'est pourquoi nous basons notre vision de la justice restaurative sur la définition de la justice restaurative en matière pénale de 2018 par le Conseil de l'Europe: "Le terme ‘justice restaurative’ désigne tout processus permettant aux personnes qui ont subi un préjudice résultant d’une infraction et aux responsables de ce préjudice de participer activement, s’ils y consentent librement, au règlement des problèmes résultant de l’infraction, avec l’aide d’un tiers qualifié et impartial".1
De cette définition découlent quelques éléments clés pour la mise en œuvre de la justice restaurative en ce qui concerne le type de processus, les participants et leurs rôles, ainsi que les normes qui les gouvernent.
Processus/méthodes : dans la définition, il n'est pas question d'un seul type de processus, mais d'une multitude de méthodes. Il ne s'agit pas de proposer une approche unique, universellement applicable.
Lode Walgrave, criminologue belge bien connu et expert en justice restaurative, encourage à quitter la voie des processus préétablis chaque fois que c'est possible et à opter pour la flexibilité.2 Tim Chapman, président du Forum européen pour la justice restaurative (EFRJ), souligne également qu'il ne s'agit pas de chercher des personnes concernées qui correspondent à des processus ou à des méthodes prédéfinis, mais de développer avec elles un processus qui leur convient, adapté à leurs besoins et à leur contexte culturel.3 L'objectif devrait donc être, dès le début, de permettre aux personnes concernées de participer activement au processus et de déterminer à quoi peut ressembler un processus sûr, sensé et utile pour elles.
Participants : la justice restaurative vise à impliquer les personnes directement et indirectement concernées par une infraction dans le processus restauratif. Ils devraient être les principaux acteurs et pouvoir participer activement au processus et à son développement. Il s'agit de leurs expériences et émotions personnelles, de l'impact que l'infraction a eu sur leur vie et de la possibilité de prendre des décisions communes sur la manière de répondre aux besoins des personnes lésées et de réduire les dommages, dans la mesure du possible.
Normes : une telle mise en œuvre flexible et axée sur les besoins, mais néanmoins sécurisée pour toutes les personnes concernées, nécessite des professionnels bien formés. Il faut aussi que les processus soient fermement ancrés dans les valeurs restauratives et gérés selon les normes minimales telles que définies par le Parlement européen dans la directive sur les victimes.4
Par normes minimales, on entend notamment :
- l'offre d'un processus restaurative doit être accessible à toutes les personnes concernées intéressées ;
- des informations complètes et adaptées doivent être données. Ces informations devraient constituer la base d'une décision volontaire et éclairée ;
- les processus de restauration ne sont proposés que dans les cas où ils sont dans l'intérêt des victimes et où leur sécurité peut être garantie ;
- les processus sont basés sur la confidentialité ;
- les parties impliquées peuvent participer activement au processus ;
- les services sont proposés par des professionnels compétents et spécifiquement formés.5
Pour nous, au Swiss RJ Forum, il est important que les processus restauratifs ne tiennent pas seulement compte des normes minimales, mais qu'ils soient également mis en œuvre selon les principes tels qu'ils sont présentés dans le nouveau manuel pratique de l'EFRJ.6 L'objectif est que les personnes concernées se sentent à tout moment en sécurité et respectées, qu'il n'y ait pas de risque de nouvelle traumatisation et que les participants puissent s'impliquer activement dans le processus et le façonner de façon autonome. A cette fin, nous portons une attention particulière aux risques de seconde victimisation et de nouvelle traumatisation.
Les principes clés d'une pratique informée sur les traumatismes sont la sécurité, la fiabilité, le choix, la collaboration et l'autonomisation. Ces principes coïncident très bien avec les principes de base de la justice restaurative et sont donc entièrement compatibles.
Selon la recommandation du Conseil de l'Europe, la justice restaurative devrait être accessible à toutes les personnes touchées, à tous les types d’infractions et à tous les stades de la procédure pénale. En outre, les processus restauratifs devraient être aussi inclusifs que possible afin de permettre au plus grand nombre possible de personnes d'y participer. Dans le même temps, cependant, la justice restaurative doit toujours être volontaire, ce qui peut signifier que l'une ou l'autre partie peut ne pas vouloir participer à un processus restauratif.8 Il est également possible qu'une partie souhaite un processus restauratif mais que l'autre partie la rejette ou que l'auteur n'ait jamais été arrêté.
Afin d'offrir la possibilité d'une approche restaurative également dans de telles situations, une variété de méthodes et de programmes sont nécessaires, que ce soit sur la base de dialogues directs ou indirects entre victime et auteur, de conférences restauratives, de processus en cercle ou de dialogues restauratifs pour victimes et auteurs qui ne peuvent rencontrer directement leur contrepartie. 9

Les objectifs de l’association
Le «Forum Suisse de Justice Restaurative» a pour but d’encourager et de faciliter le développement de la justice restaurative en Suisse. Dans ce contexte, il vise notamment à :
- Développer les bases théoriques et éthiques soutenant la Justice restaurative;
- Informer sur ce qu’est la justice restaurative et son utilité;
- Promouvoir le développement de politiques criminelles et de législations permettant l’expansion de la justice restaurative dans la justice pénale, en parallèle ou à la place de celle-ci;
- Soutenir les projets de mise en œuvre concrète de programmes de justice restaurative, ainsi que leur évaluation.
- Soutenir les projets de formation des facilitateurs.
Depuis le début de notre activité, faire connaître la justice restaurative et ses possibilités est un axe important de notre travail. Il s'agit de faire comprendre en quoi consiste la Justice Restaurative et comment elle peut aider les personnes concernées. Il est donc encourageant de constater qu'il existe toujours des possibilités d'atteindre des groupes cibles spécifiques avec des informations dans les universités, les groupes d'experts et les conférences.
Un aspect important pour nous est que notre travail est toujours basé sur les recommandations et les normes actuelles qui sont développées et promues dans le domaine de la justice restaurative en Europe. Ainsi, l'évaluation continue de nos processus fait partie intégrante de notre travail. Nous tenons à ce que les processus proposés répondent réellement aux besoins des personnes concernées tout en respectant les normes recommandées.
La formation de nouveaux facilitateurs est également une de nos grandes préoccupations. Il est essentiel que les personnes travaillant dans ce domaine soient bien formées afin de pouvoir mettre en place des processus sûrs et efficaces. Jusqu'à présent, nous proposons chaque année des formations pratiques avec des formateurs de l'EFRJ, mais l'objectif est de mettre en place une offre d'études plus complète, conforme aux normes européennes et intégrant les développements actuels. Une telle offre d'études est actuellement en cours de construction avec des partenaires européens et nous espérons qu'elle pourra être proposée à partir de 2023.

Les projets en développement
Depuis 2017, nous proposons dans diverses prisons suisses des dialogues restauratifs entre les victimes et les auteurs de crimes similaires, mais qui ne sont pas directement liés entre eux. C'est une approche qui est également souvent mise en œuvre en France. Nos groupes sont généralement composés de victimes et de détenus ayant commis des crimes graves qui se réunissent huit fois pendant deux heures pour partager leurs expériences. Les groupes sont accompagnés et encadrés par une équipe de facilitateurs. Actuellement, nous proposons ces programmes plusieurs fois par an en français et en allemand.
Nous accompagnons également des dialogues directs entre victimes et auteurs de violences, qui nécessitent un échange direct entre eux. Dans ce cas, il est important pour nous que les processus soient flexibles et répondent aux besoins spécifiques des personnes concernées et qu'ils soient développés en collaboration avec elles. Ce sont des processus qui demandent souvent une très longue préparation et on peut dire que même la préparation est souvent très importante et utile pour les deux parties.
Un projet qui aurait dû être lancé en janvier, mais qui a été reporté au printemps en raison de la situation pandémique, est celui des "cercles de réinsertion". Il s'agit d'un processus restauratif pour les détenus et leurs familles, visant à traiter l'acte et son impact sur l'ensemble de la famille et à planifier la sortie.
Malheureusement, le projet que nous avions dans le domaine de la violence sexuelle a déjà dû être interrompu deux fois peu avant son lancement, car les restrictions ne permettaient pas les processus de groupe dans les prisons. Ce projet va être relancé plus tard dans l’année. Les demandes que nous recevons de la part des victimes nous montrent que dans le domaine de la violence sexuelle, il existe souvent un grand besoin de processus restauratifs, que ce soit sous forme directe ou indirecte.
Nous sommes très heureux d'avoir un groupe régional très actif au Tessin (sud italophone de la Suisse) qui réalise de nombreux projets très variés pour faire connaître et mettre en œuvre la justice restaurative mais aussi pour travailler avec les personnes concernées, selon des approches très créatives, dans la plupart des cas avec le soutien de l'Università della Svizzera Italiana (USI).
En plus de ce groupe, nous avons d'autres groupes d'intérêt qui se consacrent à des thèmes spécifiques et essaient ainsi de promouvoir la Justice Restaurative dans des domaines très différents. Cette collaboration active de nos membres est pour nous une grande motivation et un encouragement et permet à la justice restaurative de gagner lentement mais sûrement du terrain en Suisse.
Depuis la création du Swiss RJ Forum, il existe également une étroite collaboration avec l'EFRJ (European Forum for Restorative Justice) et nous sommes reconnaissants pour tout le soutien et les conseils que nous avons reçus au cours des dernières années. Le travail réalisé par l'EFRJ, qui a fêté son 20e anniversaire en 2020, est incommensurable et a été précurseur pour l'Europe. Nous sommes donc ravis de faire partie de cette communauté de justice restaurative et espérons pouvoir continuer à apporter notre pierre à l'édifice.
Pour en savoir plus :
https://www.swissrjforum.ch/france
https://www.euforumrj.org/en
Claudia Christen-Schneider, Présidente du Swiss RJ Forum, Criminologue (MSc)
1Conseil d’Europe, 2018, Recommandation CM/Rec(2018)8 du Comité des Ministres aux États membres relative à la justice restaurative en matière pénale.
2Walgrave, L. (2017), RJ is not a panacea against all social evils, in I.AERTSEN/ B. PALI (Eds.), Critical Restorative Justice, Portland.
3Tim Chapman cité dans Christen-Schneider, C. (2021), RJ World eConference 2020, TOA Magazin 1/21: S.46.
4European Parliament (2012), Directive 2012/29/EU of the European Parliament and of the Council.
5EFRJ (2016), Practice Guide for restorative justice services – The Victim’s Directive: Challenges and Opportunities for restorative Justice.
6EFRJ (2021), Manual on Restorative Justice Values and Standards for Practice.
7SAMHSA (2014), SAMHSA’s Concept of Trauma and Guidance for a Trauma-Informed Approach, HHS Publication No, (SMA) 14-4884; Scottish Government (2021), Trauma-Informed Practice: A toolkit for Scotland.
8Conseil de l'Europe, Recommandation CM/Rec(2018)8, V.27
9Van Ness, D. & Strong, K. (2015), Restoring Justice: An Introduction to Restorative Justice, 5th ed., Anderson Publishing, Ltd., p.138.








