Lettre n°11
Le Covid-19 : émergence d'un collectif ?
Le confinement* conduit nombre de travailleurs à ne plus être dans leur environnement habituel. Les voilà plongés dans le champ de la famille, qui se mêle à l’aire professionnelle. Les enfants, les proches, les animaux domestiques prennent leur place dans les millions de bureaux virtuels. Beaucoup n’ont pas l’habitude de ces intersections. Je travaille en ce moment sur un conflit ancien et très lourd avec plusieurs salariés qui, littéralement, ne se supportent plus. Ayant entamé la médiation avant le confinement et me trouvant proprement au milieu du gué, j’ai décidé de la poursuivre en menant des entretiens téléphoniques à distance. L’effet est saisissant. Les personnes, jusqu’à présent empêtrées dans ce conflit, sont comme apaisées, elles sont plus en distance avec ce qui les oppose, elles reconnaissent elles-mêmes que leur parole est plus libre, et cela va même au-delà. Le confinement chez soi, en faisant tomber la posture professionnelle, favorise en quelque sorte une prise de recul salvatrice. Au-delà de l’anecdote, je sens qu’effectivement, dans le trouble que vivent certains, le fait de ne plus aller au boulot classiquement, de ne plus jouer un rôle social, avec ses rituels, peut être un moment d’interrogation sur le sens de sa propre vie.
Dans les séances de médiation en présentiel, l’environnement est capital. On essaie toujours de faire en sorte que les gens soient placés dans un cadre physique propice à une forme de lâcher-prise. Avec le télétravail, c’est le médiateur qui de manière tout à fait amusante lâche prise, il n’est plus le grand ordonnateur. Tous, nous changeons de peau. On change de cadre. On n’est pas vu. Pas observé par les autres ou par ses responsables. C’est proprement libératoire. Les gens sont incroyablement disponibles, ils parlent moins vite, il n’y a plus la même urgence, on écoute l’autre plus facilement. L’éloignement de l’entreprise permet de quitter son rôle ou le rôle que l’on vous assigne et qui justifie votre place. Ça fait du bien. Quelle liberté ! même si certaines entreprises se sont empressées d’installer le pointage à distance ! Reste à savoir comment les gens retourneront au travail, dans quel état d’esprit ils seront. Comment reviendront-ils à la « normalité » après ce temps singulièrement anormal ? D’ailleurs, que faudra-t-il garder de cette anormalité ? C’est une question fondamentale à laquelle les entreprises et les administrations devront répondre, sous des formes à inventer.
Les gens ont un immense besoin de parler. Ça me rappelle les premiers temps d’internet, quand tout le monde faisait son petit blog, avec cette soif de se raconter, de se dire, de montrer enfin qui l’on était vraiment. Il y avait du bon et du moins bon, du pathétique et du détonnant, mais ça vivait. Je retrouve ça parce que les gens ont la trouille, ils découvrent quelque chose à quoi ils n’ont jamais été confrontés dans notre société : la vulnérabilité. Ceux qui ont connu la guerre sont de plus en plus rares. Là, d’un seul coup, notre société moderne montre crûment sa fragilité sur un versant sanitaire à laquelle elle n’était pas préparée. Notre fragilité potentielle et celle de nos proches se rappellent à nous.
Pourtant, nous vivons et participons tous en ce moment à l’émergence d’un immense collectif. La crise désinhibe les gens, les barrières tombent. On construit des ponts, on tisse de nouveaux liens et on a des envies de faire société. Je suis un tenant du management de la lenteur. Je prône les valeurs du silence, de l’écoute. Le monde du travail est aujourd’hui un étonnant creuset de l’authenticité. Celle-ci se révèle encore plus dans cette crise, elle va être à coup sûr source d’un progrès collectif. Il faut la laisser instiller. D’une certaine manière, le Covid-19 favorise ce mouvement, lent mais sûr. Les gens ne se ferment plus sur eux-mêmes mais ont tendance à s’ouvrir. L’éloignement mais aussi le confinement créent plus de chaleur collective qu’on l’aurait imaginé, on se surprend soi-même. Les rues sont désertes, les campagnes sont encore plus vides, il n’y a quasiment plus de bruit mécanique, le ciel n’est plus strié par les avions mais l’avenir est empli d’une belle promesse collective. De toute façon, nous n’avons pas le choix. Nous devons y croire, sans céder à la première désillusion. On va y arriver !
Hervé Chavas, Médiateur, consultant et formateur
Maître de conférences associé, CIFFOP, Université Paris II Panthéon-Assas
* Article rédigé à partir d’un entretien avec Stéphane Menu, journaliste et animateur de débats
Le mot du Président
En ces premiers jours de déconfinement en France, j’ai choisi cette citation de Camus qui ouvre l’appel au collectif d’Hervé Chavas de votre 11e Lettre.
Été il y aura, et irruption du collectif aussi, votre Lettre de l’ANM en est la preuve : fidèle à sa tradition d’ouverture, elle accueille les contributions de tous ceux et celles qui sont en chemin de médiation : dans cette livraison, elle donne la parole à des procureurs, enseignants, anthropologues, sociologues, fonctionnaires territoriaux…
Elle remet en perspective les grands évènements du monde de la médiation, donne des nouvelles des structures qui la font vivre, salue la mémoire des grands témoins qui nous ont quittés (Étienne Le Roy), accueille les nouveaux arrivants à l’ANM (Amely), témoigne des expériences de médiateurs de par le monde (Afrique, Europe, Moyen-Orient).
Vous apprécierez, j’en suis sûr, la nouvelle présentation de votre Lettre, d’accès et de lecture plus faciles.
J’ai commencé par Camus, je lui donne donc le dernier mot, cité par Éric Kirsnewaz, dans sa tribune libre : soyons conscients, dans cette période de reprise prudente de nos activités, qu’il s’agit là « d’une allégresse toujours menacée ».
Didier Morfoisse, Président de l'ANM
Discours d’ouverture d’Hervé Carré, président du Congrès : la médiation, un repère au cœur d’un monde en transition
Bienvenue
Monsieur le Maire d’Angers, Président d’Angers Loire Métropole, Monsieur le Président du conseil départemental de Maine-et-Loire, Monsieur le Premier Président de la Cour d’Appel d’Angers, Monsieur le Bâtonnier d’Angers, Ahmed GALAÏ, Prix Nobel de la paix 2015 et Défenseur des droits de l’homme, Christine JOUHANNAUD, Déléguée générale à la médiation auprès du Défenseur des Droits, Mesdames et Messieurs représentant l’ensemble des corps constitués, chers amis médiatrices et médiateurs.
Nous sommes le jour j et vous êtes, nous sommes 647 à avoir répondu à l’appel du 1° congrès international de toutes les médiations, 30 partenaires, 90 intervenants, tous bénévoles et 22 nationalités sont représentées dont certains vous l’avez remarqué viennent de très loin ! Ces chiffres illustrent la belle mobilisation des réseaux de médiateurs et de partenaires très impliqués. J’y reviendrai.

Remerciements
Je veux tout d’abord m’adresser au Maire d’Angers, Président d’Angers Loire Métropole et au Président du Département de Maine et Loire pour leur dire toute la gratitude de l’Association des Médiateurs des Collectivités Territoriales que je préside. Car vous avez pris le risque de soutenir financièrement un congrès jusqu’alors inédit par l’amplitude de son spectre et par son ancrage local. Oui Angers et l’Anjou sont précurseurs parce qu’ils ont compris que le développement de la médiation contribue à la construction d’un nouveau projet de société fondé sur la protection des droits humains. Encore merci.

J’adresse également mes chaleureux remerciements Au Ministère de la Justice et à sa Garde des Sceaux ainsi qu’au Ministère de la Cohésion des Territoires qui ont placé ce Congrès sous leur haut patronage, je salue en particulier M. MARIANI Directeur délégué à la politique de la Ville représenté ici par Michel DIDIER son conseiller pour le soutien financier apporté à ce Congrès. L’Agence Nationale pour la Cohésion des Territoires a démontré sa proximité avec la préoccupation des acteurs locaux notamment autour de la reconstruction d’un mieux vivre ensemble. C’est ainsi qu’ils soutiennent de longue date le développement de la médiation sur les territoires sensibles.
Je veux aussi dire notre reconnaissance pour les nombreux soutiens financiers privés que nous avons reçus.
Au premier rang, je veux saluer l’Association Nationale des Médiateurs, l’ANM, son président Didier MORFOISSE, les membres du conseil d’administration, et Vincent RAMON, leur responsable chargé d’opérations, pour leur fantastique mobilisation, ils ont énormément encouragé leurs adhérents pour qu’ils soient présents ! Au nom des organisateurs, du comité de pilotage je veux leur dire qu’avec eux ce sont des liens d’amitié qui se sont tissés.
Je n'oublie pas de remercier l’association PROMEVIL, qui opère principalement en région parisienne en médiation sociale et son Directeur Général Lamine THIAM pour leur soutien financier très significatif.
Enfin un grand merci pour le soutien financier de VYV le Groupe de protection sociale, mutualiste et solidaire qui nous a confié combien les valeurs portées par les acteurs de la médiation entraient en cohérence avec celles du mouvement mutualiste.
Vous tous qui nous avez apporté votre concours pouvez tirer fierté du soutien que vous apportez à la communauté des médiateurs.
La mobilisation : Tout ça c’est la force du collectif.
Ce congrès international c’est l’histoire d’une mobilisation collective composée des grands réseaux de médiateurs de tous horizons. C’est une première à cette échelle.
Le collectif Médiation 21,
Le FORUM de Sindics i Sindiques, Defendors i Defendores locals qui réunit nos amis médiateurs catalans,
Le Renadem,
L’Association Nationale des conciliateurs de justice, sa composante de l’Ouest qui sont une bonne vingtaine à être présents durant ces trois journées disponibles bénévolement pour faciliter la bonne tenue de ce congrès, je les en remercie chaleureusement.
Le Village de la formation est aussi une originalité qui a reposé sur l’ouverture de ses organismes
Quelques réflexions personnelles.
Au-delà de ce temps de remerciements indispensables, laissez-moi ajouter quelques réflexions personnelles.
- La médiation une perspective stimulante J’ai ressenti un vrai plaisir d’avoir débattu et construit les contenus via des rencontres toujours fructueuses et passionnantes alors que les contraintes d’organisation sont assurées par le talent énorme de l’équipe de Destination Angers conduite avec une grande maîtrise par Marine THUILLOT.
- Grâce à une complicité continue avec Patricia MALBOSC, qui a fait preuve d’une générosité, d’une ténacité exceptionnelle au point qu’elle fut en réalité co-présidente de l’organisation de ce congrès, j’ai vu grandir mon sentiment d’appartenance à cette communauté des médiateurs qui se consolide autour d’une conviction commune celle que l’homme est capable de se dépasser lorsqu’il est confronté à l’adversité et dans la gestion des conflits. Un grand merci amical à toi Patricia.
- La médiation est un beau terrain d’expérience humaine pour faire grandir en soi son seuil d’acceptabilité, sa créativité et sa compréhension de l’altérité
Mon vœu pour l’après congrès
Le foisonnement actuel d’initiatives et de pratiques en médiation en France et ailleurs appelle à construire du commun pour faire communauté tout en préservant sa diversité.
Cette diversité est l’énergie nécessaire à son rayonnement
Il faut engager la bataille culturelle afin que la médiation soit plus visible et audible du grand public.
Hervé Carré, Médiateur de la Ville d’Angers, Médiateur du Département de Maine et Loire,Président de l’Association des Médiateurs de Collectivités Territoriales

Le médiateur selon Eric Grelet, dessinateur du Congrès
Reflets angevins d’une médiatrice humaniste
Au fil du Congrès d’Angers 2020 « La médiation, un repère au cœur d’un monde en transition », les diverses tables rondes et plénières ont esquissé, de reflets en reflets, les contours du repère partagé par les médiateurs humanistes dans les multiples lieux d’exercice de la médiation.
La densité des sujets abordés et la qualité des intervenants ont permis de mettre en œuvre une réflexion, qui définit de façon transversale les points de convergence du repère qu’elle offre aux citoyens pour s’orienter dans la tourmente.
En accueillant le conflit sans s’en détourner, la médiation humaniste, dans tous ses états, offre des espaces d’écoute et de parole dans lesquels les médiateurs accompagnent le processus de transformation grâce auquel un nouveau regard sur la situation redonne à chacun sa liberté d’action et permet l’avènement d’un nouveau projet de vie personnel et sociétal.

CONGRES INTERNATIONAL MEDIATIONS2020
Nous avons la chance de vivre dans une société de type démocratique qui nous permet, en pleine période de transition à l’échelle planétaire, de recourir à la médiation afin d’apprendre à composer avec le fait inéluctable que nos intérêts ne sont pas tous convergents et qu’il nous est possible de faire progresser notre «vivre ensemble» même si cette progression se fait par paliers et régressions. Car les conflits sont inhérents à la nature humaine. Les êtres humains sont les plus conflictuels des êtres vivants, ils sont capables de conflits de parole, de conflit politique, de conflits armés, de guerres et d’extermination.
D’un traitement exogène du conflit vécu comme une entrave au droit et à la bonne marche de la société où « l’état s’arroge l’exclusivité de la régulation des conflits, selon les dispositions du droit1 », la société a, au fil du temps, cherché à développer « d’autres modes de régulation des conflits comme la médiation, qui correspondent au contraire à un principe d’endogénéité : ce sont les participants à la médiation qui vont d’abord chercher à faire reconnaître leurs références normatives fondées sur leur propre système de valeurs, puis à construire ensemble l’univers normatif commun qui intégrera les différences et régulera désormais leurs relations2 » passant ainsi «d’une vision unitaire et monologique à une vision plurielle et dialogique de la régulation sociale et de la justice » nommée « juridicité » par Etienne Le Roy3. Le conflit apparaît alors comme une opportunité, une stimulation, une chance de progresser et de vivre sans évitements ni faux-semblants.
Les médiations, qu’elles soient familiale, sociale, conventionnelle, restaurative, interculturelle ou internationale offrent cette possibilité d’accueil du conflit dans un espace de partage finement pensé par les médiateurs humanistes. Car il s’agit de créer un espace-temps, espace de vie intérieure rendue aux acteurs, « la médiation développe la capacité d’hospitalité et la capacité, complémentaire, de se déplacer, en ouvrant l’espace intérieur par la création d’un espace extérieur ad hoc, et en faisant communiquer l’un et l’autre4 ». Espace-temps qui voit s’estomper les passés et futurs anticipés au profit d’un ici et maintenant profond et étiré, libérateur d’une nouvelle énergie grâce à laquelle la rencontre, soi et l’autre soi-même - soi et l’autre extérieur à soi, est désormais possible dans la conscience de la séparation des actes et de l’Etre, du vide creusé par l’absence de langage, du partage profond d’humanité, de la place enfin reconnue et de la responsabilité retrouvée qui conduit et engage chacun, alors, dans un processus de transformation autonome. C’est alors dans cet « espace de reconnaissance5 » que chacun va pouvoir poser un autre regard sur sa situation, ici et maintenant, et faire vivre ce nouvel espace de relation.
Les médiateurs humanistes ont à cœur de créer cet espace où s’autorisent la libération et l’écoute de cette parole jusqu’alors « court-circuitée » par les actes posés. Ils sont là pour faire s’exprimer leurs besoins et pour permettre au langage de jouer son rôle de pacificateur qui tempère et donne voix aux revendications. Dans la cité, médiateurs sociaux, conventionnels ou territoriaux, ils ont la responsabilité de devoir recréer du lien, là où le conflit l’a fragilisé, en participant aussi à la création d’espaces critiques, lieu de pouvoir démocratique, dans lesquels il est à nouveau possible de domestiquer la violence, de faire œuvre de pédagogie sociale et de travailler à la renaissance de la relation. Il ne s’agit cependant pas tant, pour les médiateurs, de faire disparaître le conflit que d’accompagner ses acteurs dans sa transformation pour voir émerger une société fière de ses différences, de la multiplicité de ses regards et soucieuse de créer les conditions de leur cohabitation apaisée.
Les médiateurs qui contribuent à cette œuvre, « les artisans de paix6 », sont des passeurs et des facilitateurs. Dans la cité, en entreprise, au sein des institutions, dans le cadre judiciaire, ils partagent, avant toute chose, un savoir-être et une profonde humilité. La rencontre des médiants ne sera possible que si le médiateur les rencontrent d’être à être, débarrassé de sa posture de « sachant », « simple miroir/réceptacle d’un espace intérieur qui reçoit une image et la renvoie telle qu’il la reçue7 ». En reflétant les émotions qui sous-tendent les paroles prononcées, le médiateur accompagne les médiants dans la rencontre de leur humanité enfouie le temps d’un conflit.

Les savoir-faire des médiateurs, adaptés aux différents cadres de leur exercice, n’en font pas pour autant des êtres de pouvoir, mais des « figures d’autorité8 » garantes du cadre, appelées à redonner aux acteurs une capacité de réflexivité et une autonomie émancipatrices. Ils sont soucieux de l’éthique et de la déontologie de la médiation et de la solution co-construite par les médiants, tout en étant neutres par rapport à la solution envisagée.
Quels que soient les contextes d’exercice, le processus de médiation humaniste va s’attacher à accueillir les acteurs du conflit, à libérer la parole grâce à une écoute attentive, réflexive et respectueuse de la part des médiateurs et à créer ainsi les conditions d’un dialogue qui conduira les médiants à oser donner voix à la crise et à la souffrance qu’ils traversent. Les médiateurs sont alors attentifs à repérer le point de bascule qui les fera passer des émotions à l’expression de leurs besoins et des valeurs auxquelles ils sont adossés. Dès lors, un travail de maïeutique9 s’offre aux médiateurs qui accompagnent le cheminement des médiants dans la transformation des regards et des attitudes et dans « la reconnaissance et l’intercompréhension » vers une nouvelle naissance de chacun et, dans le même temps, vers l’avènement fécond d’un nouveau lien social « bon pour soi et la communauté10 ».
L’aide que nous apporte la médiation à la construction de la société de demain passe, avant toute chose, par l’éducation. En semant la médiation (Eric Debarbieux), il est possible d’apprendre, dès le plus jeune âge, comment devenir humain. Faire vivre la médiation, d’abord en prévention, dans les établissements scolaires, éduquer au questionnement pour rester lucides face à l’influence grandissante de l’intelligence artificielle, responsabiliser les élèves à travers une démarche de citoyenneté et donc former les citoyens de demain, sont une priorité absolue. Grâce à la conscience morale et à la capacité d’analyse qu’ils acquièrent, les élèves développent les outils qui permettront aux citoyens de demain de mettre le système de société en question et de reprendre la main sur la qualité de son devenir. L’éducation à la relation dès le plus jeune âge contribuera, en outre, à garder le contrôle de la mutation digitale et à prévenir la machinisation des rapports humains.
Citoyenne, familiale, institutionnelle, dans les entreprises, les organisations ou les collectivités, la médiation cherche partout à apaiser et, en occupant la place du tiers dont l’indépendance se doit d’être garantie, à redonner à chacune des parties concernées la possibilité de disposer, à nouveau, d’un espace de pensée et d’action propice à la restauration du lien sous toutes ses formes.
C’est cette même préoccupation qui anime la médiation restaurative, en complément des réponses pénales. En effet, elle prévient la récidive et restaure l’équilibre social en passant d’une logique du subir en pénal à une logique de l’agir en médiation ou dans les autres dispositifs restauratifs. Soucieuse de tous les protagonistes, elle s’attache, avec les autres dispositifs restauratifs, à ce que chacun puisse se réapproprier son histoire, retrouve sa dignité et rencontrer l’autre sur le terrain d’une humanité partagée pour, ainsi, contribuer à la restauration du lien social. Plusieurs des dispositifs de justice restaurative s’inspirent d’influences internationales et de pratiques de médiation interculturelle riches en enseignements. La prise en compte des contextes nationaux et internationaux invite, de plus en plus, à renforcer l’intégration interne et l’ouverture sur l’extérieur afin de préserver les équilibres et de veiller à la paix et au bien vivre ensemble.

Interroger le rôle de « la médiation, un repère au cœur d’un monde en transition », met donc les médiateurs que nous sommes, en première ligne afin de contribuer à l’émergence d’un nouveau projet de société.
La vision qui sous-tend cette réflexion sur la médiation et, dans le même temps, le cheminement et cette co-naissance partagés par les médiateurs avec les médiants contribueront, sans aucun doute à ce que chacun trouve sa place dans une société vivante de son humanité retrouvée et de son aspiration à l’élévation de ce bien redevenu commun.
Dans le miroir de ma présence à Angers se sont reflétés mon intérêt et mon attention pour les différents sujets abordés et pour la pluralité des regards, mon plaisir à vivre des rencontres de qualité, la joie de découvrir la médiation dans tous ses états et ma gratitude à me laisser gagner par une pensée dynamique et prometteuse.
Agnès Mendes Pires, Chargée de mission Education nationale, Formatrice et médiatrice pénale CMFM, Médiatrice Cour d’Appel de Paris, Adhérente ANM
1 Fernando CARVAJAL SANCHEZ et Janie BUGNION, Justice restaurative et médiation, Saint-augustin, 2017, p. 80.
2 Idem, p.81
3 Idem, p.81
4 Guilhem CAUSSE, « Perspectives philosophiques sur la médiation » in Emanuele IULA et Jacqueline MORINEAU (dir.) Face au conflit : les ressources anthropologiques, sociologiques et théologiques de la médiation. Médiasèvres 2012, p. 62.
5 Carole YOUNES, « Médiation, subjectivisation de la norme et décentrage du sujet » in Carole YOUNES et Etienne LE ROY (dir.), Médiation et diversité culturelle. Pour quelle société ? Karthala, 2002, p. 59.
6 Jacqueline MORINEAU
7 Jacqueline MORINEAU, La médiation humaniste, Eres, 2016, p.103
8 Etienne LE ROY, « Apports de l’Afrique à la médiation communautaire » in Carole YOUNES et Etienne LE ROY (dir.), Médiation et diversité culturelle. Pour quelle société ? Karthala, 2002, p. 56.
9 Carole YOUNES, « Médiation, subjectivisation de la norme et décentrage du sujet » in Carole YOUNES et Etienne LE ROY (dir.), Médiation et diversité culturelle. Pour quelle société ? Karthala, 2002, p. 61.
10 Jacqueline MORINEAU, La médiation humaniste, Eres, 2016, p.118.
Discours de clôture de Gabrielle Planès, présidente d’honneur de l’ANM
Médiation 21 : une voix pour les médiateurs
Un collectif informel composé de plus de trente organisations de médiateurs, de tailles et de spécificités différentes. Voilà ce qu’est Médiation 21 (M21). Cette dénomination est la belle trouvaille du président de l’ANM, Didier MORFOISSE, établissant une analogie avec Justice 21 (J21), la loi de modernisation de la Justice du 21e siècle entrée en vigueur en novembre 2016.
Médiation 21 a pris vie lors d’un forum ouvert organisé en septembre 2016 à Bourg-la-Reine. Ce forum avait un objectif clairement formulé dans le slogan « Médiateurs, trouvons notre voix (voie) commune ».

La voie :
Nous l’avons trouvée puisque nous nous sommes entendus sur des thématiques partagées constituant notre ADN commun. L’exploitation de quelques 1500 questionnaires établis à partir des principales thématiques fondamentales à la médiation, ont permis d’organiser, à l’Assemblée Nationale, un colloque appelé « Etats Généraux de la Médiation ». C’était le 15 juin 2018. Lors de ce colloque, les choix thématiques des médiateurs ont pu être débattus et votés. Après l’évènement, le Comité de pilotage de M21, dit COPIL, a travaillé, en commissions, sur les différentes thématiques. L’objectif était de produire un Livre Blanc de la Médiation mettant en exergue les points d’attention en vue d’assurer et développer une médiation de qualité.
Ce Livre Blanc, édité à la fin du premier semestre 2019, est caractérisé par une définition :
La médiation est « un processus structuré, volontaire et coopératif de prévention et de résolution amiable des différends qui repose sur la volonté et l’autonomie des participants. Initiée par les intéressés eux-mêmes, leurs conseils, les représentants d’une organisation ou un magistrat, la médiation fait intervenir un médiateur dûment formé, tiers indépendant, neutre et impartial. Facilitateur de communication, sans pouvoir de décision, ni rôle d’expertise technique ou de conseil, le médiateur favorise le dialogue et la relation, notamment par des entretiens et rencontres confidentiels ».
Le Livre Blanc se compose de trois parties :
- Statut et représentation du médiateur
- Ethique et Déontologie
- Formation et agrément du médiateur
La voix :
Ce Livre Blanc a été présenté, notamment, à Madame BELLOUBET, garde des Sceaux. Celle-ci a écouté la voix des médiateurs.

Nous sommes actuellement en train de travailler sur les « Suites à donner au Livre Blanc » mais aussi sur la gouvernance de M21 qui, par effet CID1, se retrouve avec un grand nombre de structures. Il faut donc nous organiser afin que notre voix soit crédible et entendue par les Pouvoirs Publics et, d’une manière générale, par le grand public.
Notre voix, nous la voulons représentative de toutes les organisations, nous la voulons transparente, exemplaire et en tous points conforme à la déontologie et à l’esprit de la médiation.
Merci à Hervé Carré, président du Congrès, de nous avoir ouvert la « voie » pour exprimer la « voix » de M21 lors de ce Congrès international des médiations à Angers2.
Les organisations de médiation, intéressées par le mouvement, sont plus que bienvenues et chaleureusement invitées à venir nous rejoindre.
Ensemble, nous serons plus forts et nous irons plus loin. Notre voix sera entendue car elle représentera la VOIX de la communauté des médiateurs. Une pierre seule n’est qu’une pierre ; assemblée à d’autres, elle devient maison, palais, cathédrale ….
Gabrielle Planès, Co-présidente de Médiation 21, Présidente d’honneur de l’ANM, Présidente du CEMA
1 « Nous partîmes 500 mais par un prompt renfort nous nous vîmes 3000 en arrivant au port » Corneille.
2 Le Congrès international d’Angers s’est déroulé du 4 au 6 février 2020. Il a réuni plus de 600 participants venant de tous les continents. Médiation 21 en était co-organisateur. L’ANM, quant à elle, a été partenaire.
Les Vendanges de la Médiation 2019
Les émotions, leviers du changement en médiation
Séminaire de partage et d’approfondissement organisé par OMA et l’IFOMENE, les Vendanges de la Médiation ont lieu chaque année au château des Granges, à Suilly-la-Tour, dans la Nièvre. L’invité des Vendanges 2019, qui ont eu lieu du 27 au 29 septembre, était Henri Cohen-Solal, qui a accepté de partager avec les lecteurs de la Lettre de l’ANM ses réflexions sur les émotions, leviers du changement.

L’économie psychique
En psychanalyse, dans la langue de Freud, nous préférons le concept d’affect à celui de l’émotion.
L’émotion se réfère à un état « émotif ». Il faut entendre qu’elle a toujours un « motif » pour s’exprimer : la peur, l‘amour, l’amitié, la colère, la rage.
L’affect, quant à lui, n’est pas toujours doté d’une voie d’accès à la conscience.
Nous aimons, nous détestons, mais nous ne savons pas vraiment pourquoi.
Quelquefois je pleure et je n’identifie pas la raison de mes larmes.
L’émotion est identifiable à un état, une situation, alors que l’affect ne l’est pas toujours. Ses racines ne sont pas explicites, elles visent à masquer ou maquiller la source où elles se nourrissent. L’expérience de l’interprétation des rêves a permis à Freud d’entendre au-delà des représentations souvent incongrues et des rebus, les contenus qui se réfèrent au désir du sujet
Les processus de déplacement et de condensation sont au cœur de la démarche d’interprétation.
Ainsi un conflit apparent peut en cacher un autre et on peut l’entendre de deux manières.
Soit par déplacement, comme dans l’histoire qui suit. Un homme se plaint au sujet d’une haie érigée par son voisin, elle entame de quelques centimètres son terrain. Il porte l’affaire en justice, puis sur l’avis du juge, ils sont adressés l’un et l’autre à un médiateur. En laissant la parole libre à chacune des parties, on entend qu’ils expriment une autre émotion plus conséquente sur leur niveau de dispute. Le voisin ne supporte plus que le fils du plaignant vienne lorgner sur la salle de bain de sa jeune fille.
Une fois les causes plus profondes de sa colère exprimées, le voisin décide de faire installer des volets à la fenêtre de sa salle de bain puis renonce à son procès. Il fallait que les choses puissent être dites pour être entendues entre eux. Et on comprend ainsi que la haie érigée mettait en avant une question de limite et de débordement de propriété alors qu’elle concernait une autre scène plus intime.
Soit par condensation, comme nous le montre cet autre récit.
Un père de famille décède. La mère l’avait précédé de quelques années. Deux frères et une sœur se retrouvent à devoir gérer l’héritage chez un notaire. Concernant le partage des biens matériels, ils avaient un parc d’immeubles important, l’indivision se déroule en bonne entente. Mais ils buttent ensemble sur une difficulté. Qui va hériter du vase qui se trouve dans l’entrée de la maison de leurs parents? Le frère ainé le réclame au nom de son droit d’aînesse, la jeune fille cadette explique que ce vase a été transmis de génération en génération par la lignée des femmes et le fils benjamin le revendique en soutenant que le droit d’aînesse n’a plus de raison d’être dans leur famille.
Ce vase très beau date de l’époque Louis XV, il marque un signe d ‘appartenance à la noblesse.
Les sentiments familiaux et sociaux vont se concentrer sur ce vase. Il devient l’objet qui va condenser la complexité des rapports entre frères et sœurs. Il occupe une fonction d’objet transitionnel.
La violence de leur dispute les surprend eux-mêmes, les affects sont dénudés, leur dispositif pulsionnel est à vif. C’est en amenant un troisième concept, celui de la projection que la médiation parviendra à résoudre leur problème. En leur proposant de faire un pas de côté et de confier à la municipalité ce vase, nous permettons aux enfants de projeter leurs représentations. La présence de ce vase à leur nom, dans l’espace public, vient remplir la fonction qu’ils en attendaient chacun, celle de perpétuer l’honneur de leur famille et d’y associer leur patronyme.
Trois concepts parmi d’autres participent donc au travail de l’économie psychique chez Freud : le déplacement, la condensation ainsi que celui de la projection. Ils sont nécessaires pour mieux accompagner notre travail d’écoute associé à celui de médiateur.
La projection
Ce mécanisme consiste à projeter sur l’autre les défauts qui me sont habituellement attribués ou encore ceux que je me reproche à moi-même.
Je suis diabétique. Je dois donc me restreindre sévèrement sur les produits sucrés et en particulier sur les gâteaux, pour moi, qui suis gourmant. Je m’approche du buffet dressé pour une conférence que je dois donner. Ma main hésite à me diriger vers un mille feuilles fort appétissant. Une voix surmoïque composée de celle de mon médecin, de mon épouse ou de mes enfants intervient alors pour me l’interdire.
Mon voisin me fait une réflexion maladroite sur mon désir de consommer cette pâtisserie, je lui attribue la voix du censeur. Je projette alors sur lui « de quoi se mêle-t-il ? pour qui se prend-il ? »
Je suis agacé, je lui attribue tout ce qui concerne ma frustration et ma colère se retourne contre lui.
Les conflits sont souvent porteurs de ce mécanisme. Nous devons être vigilants à laisser courir la parole entre les médiés pour leur permettre de déconstruire ce mode projectif.
La condensation, le déplacement et la projection participent de notre capacité à penser le conflit pour l’identifier.
Nous sommes confrontés à cette difficulté que le sujet a de reconnaître la vérité dans de nombreuses circonstances où il se sent en défaut. Le sujet désire protéger une bonne image de lui-même et il est prêt à se masquer ou à maquiller les faits pour tromper son interlocuteur. Le masque peut devenir une perversion quand il constitue une structure, une manière d’être et de se tenir avec l’autre.
C’est à cette dimension que nous nous sommes attachés lors de notre rencontre car elle représente pour les médiateurs un discours redoutable pour démêler le vrai du faux et savoir se détacher des facteurs de manipulation.
De la perversion
Nous avons décidé de construire un jeu de simulation pour illustrer notre propos dont les acteurs seraient les participants au groupe de formation.
Nous évoquons alors la mise en scène d’un couple dont le mari se comportait d’une manière très singulière avec sa compagne.
Pour monter son histoire, celle-ci présente au groupe de médiateurs le récit d’une demande de se séparer de lui, tout en gardant une bonne entente.
Elle a choisi la médiation pour aborder leur questionnement et il semble l’avoir suivi pour lui faire plaisir sans être convaincu lui-même que cette médiation apportera une quelconque résolution. Il se prête à son désir dans l’espoir qu’elle renonce à cette séparation.
Elle revendique son autonomie car elle a le sentiment de vivre depuis 10 ans sous son emprise et de ne pas pouvoir s’en dégager.
Pour sa part, il lui répète combien il l’aime et combien il ne comprend pas ce qui la dérange dans leur vie commune.
Il dit se plier à toutes ses demandes, quand elle en formule des raisonnables, bien sûr. Il était attentif à son bien-être, cherchant à combler ses désirs et ne visant que son bonheur pour vivre et partager la vie avec elle. D’autant plus qu’il lui manifestait souvent des marques d’attention et d’amour. De quoi se plaignait-elle ?
Elle dit qu’elle se sent étouffer. Elle a le sentiment qu’il a dressé une toile d’araignée autour d’elle et que chaque geste qu’elle faisait était sous son contrôle.
Certes, elle ne travaillait pas alors que lui gagnait suffisamment bien sa vie pour alimenter le foyer. Mais elle en souffrait justement. Elle se sent être sa « chose », « sa servante ». Elle aurait sûrement aimé avoir une activité rémunérée, mais lui ne le désirait pas. A quoi bon travailler puisqu’il lui apportait tout ce dont elle avait besoin ? Souvent même, il précédait ses demandes.
Cette mise en situation nous permet d’évoquer plusieurs questions.
Comment faire entendre à cet homme les trois choses qui fondent le « sujet » dans son désir d’autonomie ?
A savoir : prendre des initiatives, déployer sa créativité, penser par elle-même, libre de tout contrôle. Comment faire entendre à son compagnon que c’est cela dont elle a besoin : être une femme qui se tiendrait non emboîtée dans sa sphère et sans l’influence qu’il exerçait ?
Il lui a bâti une tour d’ivoire dorée où elle vit comme une princesse délicate, vulnérable et protégée. Comment lui faire entendre son désir de s’affranchir pour devenir elle-même ?
Certes, elle a sans doute poursuivi son désir de petite fille en se dégageant de la forteresse du père pour s’engager sur le cheval du prince charmant à travers les routes de son palais.
Mais voilà qu’elle revendiquait maintenant son émancipation. Etait-il trop tard ?
Dans une société ou advenir à soi-même fait sens, comment faire entendre à cet homme qu’au-delà des gages d’amour et des besoins matériels que l’homme peut combler, un autre désir existe?
Beaucoup de femmes et d’hommes aussi y ont renoncé pour demeurer dans une matrice de sauvegarde et de protection. Combien en payent le prix ?
Une certaine figure du pervers est devenue si banale que la littérature médiatique s’en est emparée.
Faut-il y voir une résurgence des comportements pervers ou une nouvelle capacité critique de leur dénonciation ?
La représentation unique du « pervers narcissique » met en scène un problème insolvable, alors que certains comportements pervers ou pervertis ne sont pas toujours rédhibitoires.
Existe-t-il un autre chemin que celui de ramener le pervers à sa jouissance de possession, en lui rappelant les fondements d’un principe de réciprocité entre les sujets ?
L’homme est sans doute attaché à sa liberté autant que sa compagne.
C’est la réciprocité qui fonde la base du rapport humain, entre un homme et une femme, et aussi entre les hommes.
Or le principe de réciprocité est celui qui préside à la médiation.
La barre d’égalité entre les sujets s’accomplit à travers le dispositif de sa mise en œuvre.
Un temps pour la parole de l’un et un temps pour celle de l’autre est le cadre construit par le médiateur à égalité et cette reconnaissance de deux cotés alimente le processus de mise en confiance entre les parties.
Le dispositif est une invitation au principe de réciprocité.
Avec la double parole qui se joue sur la scène de la médiation, les mécanismes de défenses du sujet qui empruntent les voies masquées dont nous avons parlé, peuvent aussi renoncer à se manifester.
Les mécanismes de déplacements et de condensations, les effets souvent encombrants de la projection peuvent céder le pas vers la franchise et la confiance qui s’installent entre eux.
De même, pour les comportements pervers, si quelqu’un se prête à accepter la règle du jeu, son masque peut se défaire, et le trait pervers de sa structure peut s’en trouver relégué ou dépassé.
La question pour les personnalités perverses se tient justement dans leur possibilité à se plier à la règle de la réciprocité et à la barre d’égalité où la médiation peut les conduire.
Souvent, si ces personnalités se sentent perdre leur pouvoir de domination, elles se rétractent et font voler en éclat la médiation.
Elles ne se contentent pas de brouiller les cartes, elles dévoilent quelquefois le caractère violent de leur démarche dominatrice ou tout simplement ne se présentent plus à la prochaine convocation du médiateur.
Notre expérience nous enseigne l’importance des entretiens préliminaires dans ce type de situations pour réconforter, expliquer, faire tomber les masques et destituer les fonctions perverses qui peuvent s’y loger.
L’action du médiateur est de pouvoir faire entendre à celui qui se masque que lui aussi sera gagnant et que la médiation peut être un « Win to Win ».
Mais au-delà, nous savons que le gain est d’une autre nature. Celui qui avance masqué pourrait bien se libérer de ses préjugés, de ses falsifications, de ses impulsions à renverser la réalité, à manipuler l’autre. En effet, il pourrait en renonçant à imposer sa domination par le truchement de sa perversion, se sentir lui-même plus libre, mieux.
Ainsi, l’état de la réciprocité pourrait prendre place et la force pacificatrice permettrait à chacun de puiser dans son réservoir humaniste.
Une attitude analytique praticable par le médiateur
En guise de conclusion, nous pouvons élaborer une passerelle entre ce que Freud a désiré porter à notre connaissance et les processus de médiation.

Trois domaines relient et conjuguent les pratiques du psychanalyste et du médiateur :
- L’écoute avec sa qualité attentive et flottante
- La confidentialité, qui garantit aux différentes parties, aussi bien pour le psychanalyste que pour le médiateur, qu’ils seront les gardiens de leurs secrets.
- Le non-jugement, qui autorise une parole libre chez le sujet pour se diriger vers lui-même, dans les zones plus obscures de ses désirs et dans les valeurs plus profondes de son humanité refoulée.
Ainsi nous pouvons conclure que le conflit psychique, qui est l’objet d’attention du psychanalyste, et le conflit intersubjectif, qui est celui du médiateur, nous initient tous deux aux découvertes freudiennes. Tant pour comprendre les mécanismes de l’économie psychique que ceux de la perversion qui ont nourri les réflexions de nos rencontres aux vendanges de la médiation.
Henri Cohen-Solal, psychanalyste, passeur, médiateur de groupes interculturels et de lieux ouverts à des jeunes en difficulté des banlieues de Paris, de Jérusalem et d’Outremer.
Les 20 ans de l’Association des médiateurs européens
Médiation interculturelle, justice transitionnelle, justice restaurative : le pouvoir de la parole
A l’occasion de ses 20 ans, l’Association des médiateurs européens a organisé le 4 octobre 2019 plusieurs tables rondes sur le thème :
« La médiation dans tous ses états »
Ancienne déléguée du Comité international de la Croix-Rouge, Janie Bugnion, a évoqué, lors de la première table ronde, le processus de justice transitionnelle qui s’est déroulé en Afrique du Sud de 1995 à 1998 et a contribué à la transition entre le régime de l’apartheid et la démocratie sans qu’une goutte de sang soit versée.

Quel que soit le contexte, médiation, justice restaurative, justice transitionnelle, on a toujours trois temps et trois espaces : le temps et l’espace d’avant, le temps et l’espace d’après, le temps et l’espace intermédiaires, qui assurent la transition des premiers aux seconds.
La métaphore de l’écluse permet d’illustrer ce propos.
Une écluse est un bassin entre deux portes. La première porte s’ouvre et le bateau pénètre dans le bassin. Puis elle se referme et marque donc une rupture avec le temps et l’espace d’avant ; le bateau se trouve dans le temps et l’espace intermédiaires ; on ouvre les vannes de la seconde porte et le bateau attend que les deux plans d’eau – celui du bassin et celui du parcours ultérieur – soient à niveau. Alors la seconde porte s’ouvre et le bateau peut continuer son voyage dans le temps et l’espace d’après.
On observe, d’une part, que sans écluse, le passage du bateau est impossible, d’autre part, que la première porte doit avoir été fermée, pour que la seconde s’ouvre. Le bassin intermédiaire est un sas, et le rôle d’un sas, c’est de permettre le passage entre deux milieux isolés l’un de l’autre.
En médiation, en justice restaurative et en justice transitionnelle, on doit créer un sas, pour ouvrir le passage entre le passé et l’avenir. Le sas assure, dans la continuité, le passage qui relie l’un à l’autre deux temps, deux espaces, deux états discontinus. Pour utiliser un concept développé par le psychanalyste anglais Winnicott, puis repris par le psychanalyste français René Kaës, le passage marque une transitionnalité, c’est-à-dire l’expérience d’une rupture qui intervient dans la continuité entre un avant et un après.
Selon Kaës, le concept de transitionnalité recouvre plusieurs notions :
- une notion topique : ce qui est entre-deux, entre deux lieux, entre deux états par exemple ;
- une notion topologique : ce qui appartient à deux espaces, tels une intersection, un lieu de passage ;
- une notion processuelle : ce qui forme une transition, ce qui accomplit une transmission, ce qui sert de relais, ce qui provoque une transformation.
L’état d’avant est caractérisé par le conflit, la crise, le chaos, la confusion, le non-droit, l’oppression, la violence, la haine, la guerre, qui s’accompagnent toujours de souffrance ; c’est celui avec lequel il faut marquer une rupture. L’état d’après, celui auquel il faut tenter de parvenir, correspond à la reconstruction de l’identité, à la réparation des blessures, à la restauration des liens, au rétablissement de la paix, à la normalisation de la vie sociale, à l’avènement d’une culture respectueuse des droits de l’homme.
Ainsi, il faut créer un lieu, un espace médiat, en lien avec l’espace d’avant et l’espace d’après, un point de passage, pour permettre le déploiement du processus qui permet d’assurer la transition de l’état antérieur vers l’état ultérieur.
Cette transition correspond à une transformation.
L’outil de la transformation est la parole. Il s’agit de donner la parole à ceux qui ont vécu des événements traumatisants pour qu’ils parviennent à une catharsis et amorcent un processus de résilience et d’empowerment, qui va leur permettre de faire face à leur passé et de se construire un avenir.
Mais la parole pour être efficace suppose qu’elle soit reçue. La parole ne va pas sans l’écoute, accompagnée d’empathie, et sans un suivi qui met en œuvre des solutions contextualisées et durables, dans le respect des droits de chacun, qu’il soit victime ou auteur.

Pour illustrer ces propos, je présente le cas de l’Afrique du Sud, qui est exemplaire et riche d’enseignements.
La Commission Vérité et Réconciliation d’Afrique du Sud
Comme l’indique son nom, la Commission a reçu un double mandat : celui d’établir la vérité et celui de promouvoir la réconciliation. Le premier mandat est tourné vers le passé et le second vers l’avenir ; la mission de la Commission est donc d’assurer la transition, le passage de l’un à l’autre.
Quelle vérité chercher ?
Le rapport des travaux de la Commission distingue la vérité factuelle (ch. 5 § 30 et sqq.), la vérité narrative (ch. 5 § 35 et sqq.) et la vérité restaurative, celle qui guérit (ch. 5 § 43 et sqq.).
La spécificité de cette Commission, c’est qu’elle n’est pas une cour pénale responsable de juger et de punir les coupables ; elle n’est pas un instrument de justice rétributive. Au contraire, dans son rapport, elle fait explicitement référence à la justice restaurative pour accomplir son travail : une justice qui vise à corriger les déséquilibres, à responsabiliser les auteurs, à réparer les souffrances des victimes, à restaurer les relations brisées, à favoriser la guérison des victimes et des auteurs, à rétablir l’harmonie sociale et communautaire et la réconciliation nationale.
Toutefois, un prérequis incontournable de la guérison, de la restauration de l’harmonie et de la réconciliation est de ne pas être dans le déni ou le mensonge, mais de faire face à la réalité et d’essayer d’exhumer la vérité.
Avec quels outils ?
Le principal outil, ce sont les dizaines de milliers d’auditions menées au niveau local, national ou institutionnel, auprès de partis politiques et de communautés religieuses.
Ces auditions s’inscrivent dans la tradition orale à laquelle l’Afrique du Sud continue d’attacher de la valeur. On est dans une société qui croit à la vertu thérapeutique du récit. On a créé un espace dans lequel les victimes (et les auteurs) ont pu raconter leur histoire dans leur propre langue. Donner la parole aux personnes qui n’avaient jamais été entendues, donner une voix à tous ceux qui avaient été sans voix, permettait à ces personnes de se sentir reconnues, de voir leur vécu validé publiquement. Il y a eu une transparence totale sur les travaux de la Commission. La plupart des auditions étaient publiques. Tout le monde pouvait avoir accès aux récits. Tout était publié dans les medias. La reconnaissance publique du vécu revient à affirmer que les souffrances de la personne en question sont réelles et dignes d’attention. Cela joue un rôle central dans la restauration de la dignité des victimes.
Le rapport dit que les récits ont contribué à dévoiler des violations des droits humains, c’est-à-dire à produire une vérité factuelle, mais aussi à créer une vérité narrative, c’est-à-dire à dessiner au travers de milliers de narrations, l’image plurielle du passé de l’Afrique du Sud, à dévoiler des pans de la mémoire nationale qui avaient été officiellement ignorés ou occultés jusqu’ici. On est passé du récit individuel au récit collectif.
Le récit collectif construit à partir des événements un sens partagé, dégage à partir des expériences individuelles des normes générales et favorise ainsi la transition vers la démocratie. Il s’agit de la mise en œuvre d’une éthique reconstructive, telle que la définit le philosophe Jean-Marc Ferry.
Tous les témoignages ont été remis aux Archives nationales, dont l’accès a été rendu public, afin d’informer les générations futures. Cela a permis de s’acquitter du devoir de mémoire, pour éviter que les générations à venir reproduisent le passé par ignorance de leur histoire et tombent dans le piège rappelé par les mots gravés à l’entrée du musée du camp de concentration de Dachau : « Ceux qui oublient le passé sont condamnés à le répéter ».
L’un des juges ayant participé aux débats qui ont précédé l’établissement de la Commission a fait une distinction entre la « vérité du microscope » et « la vérité du dialogue » (ch. 5 § 40) : « La première est factuelle, vérifiable, et peut être documentée et prouvée. La seconde, d’autre part, c’est la vérité sociale, la vérité de l’expérience qui s’établit à travers l’interaction, la discussion et le débat. »
Et là, on en arrive à la troisième vérité, la vérité restaurative, qui guérit. Elle correspond à « la sorte de vérité qui place les faits et leur signification dans le contexte des relations humaines – que ce soit entre les citoyens ou entre l’Etat et ses citoyens ». (ch. 5 § 43). La mission de la Commission était certes d’établir la vérité sur ce qui s’était passé, mais ce devait être une vérité qui contribuerait à la réparation des dommages infligés dans le passé et à prévenir la réitération des violations à l’avenir. On retrouve ici le rôle de la Commission qui est d’assurer la transition, le passage du passé à l’avenir, mais aussi, dans le même temps, la transformation des regards et des relations.
Si les victimes surtout ont participé aux auditions, le processus d’amnistie a donné la parole aux auteurs (ch. 5 § 96 et sqq.) et a constitué un outil très puissant. Le processus d’amnistie a d’abord provoqué des critiques et des craintes : crainte que ce soit un encouragement à l’impunité et un déni de justice. Non seulement ces craintes se sont révélées infondées, mais ce processus d’amnistie s’avéra un profond moteur de changement et de réconciliation de la société sud-africaine.
Il ne s’agissait en aucun cas d’une amnistie générale. L’amnistie était accordée à la personne qui la sollicitait en échange d’un récit complet de ses exactions et de ses crimes. Le requérant devait également admettre la responsabilité de ses actes. Les auditions étaient publiques. Cela signifiait que la famille ou la communauté pouvait apprendre qu’une personne, qui avait toujours été tenue pour respectable, avait en réalité été un tortionnaire cruel et le membre d’un escadron de la mort qui avait assassiné des opposants au régime de l’apartheid. Il fallait donc un certain courage pour s’exposer ainsi et se clouer soi-même au pilori.
La mesure de justice restaurative, qui n’exclut pas les criminels de la société, mais au contraire cherche à les intégrer, favorisa grandement le rétablissement des liens sociaux et la réconciliation nationale. Cette façon de faire serait impensable chez nous et tout le monde crierait au scandale, même si l’on sait que la mise à l’écart de la société, par une peine de prison, promeut souvent la récidive, alors que le passage de l’apartheid à la démocratie en Afrique du sud s’est fait sans verser une goutte de sang.
Il convient de rappeler que ce processus s’est opéré sous l’égide de personnalités charismatiques, comme l’archevêque Desmond Tutu et le président Nelson Mandela.
En conclusion, voici un extrait de l’hommage prononcé le 10 décembre 2013 par le président des États-Unis Barack Obama lors des funérailles de Nelson Mandela :
« Enfin, Mandela a compris les liens qui unissent les esprits des hommes. Il y a un mot en Afrique du Sud - Ubuntu - qui décrit sa plus grande contribution : il a reconnu le fait que nous sommes tous liés les uns aux autres d’une façon que l’œil ne peut pas voir ; il y a une unité pour l’humanité ; c’est en partageant avec les autres et en nous occupant de ceux qui nous entourent que nous nous réalisons. Jamais nous ne pourrons savoir quelle part de cette idée était innée en lui, et quelle part s’est peu à peu façonnée dans l’ombre et la solitude de sa cellule. Mais nous nous rappelons ses gestes, les grands et les petits, lorsqu’il a accueilli ses geôliers comme des invités d’honneur lors de son investiture […]
Il n’a pas seulement incarné l’Ubuntu ; il a enseigné à des millions de personnes comment trouver cette vérité en elles-mêmes. Il fallait un homme comme Madiba [nom hérité du clan] pour ne pas libérer seulement le prisonnier, mais aussi le geôlier ; pour montrer que vous devez faire confiance aux autres pour qu’ils aient confiance en vous ; pour enseigner que la réconciliation ne consiste pas à occulter un passé cruel, mais à l’affronter avec un esprit d’accueil, de générosité et de vérité. Il a changé les lois, mais également les cœurs ».
Janie Bugnion, ancienne déléguée du Comité international de la Croix-Rouge, administratrice de l’ANM.
Université Lyon 2 : concours de médiation MediaPlay 2019
Étudiantes en Master II « Justice, Procès et Procédures », parcours médiation, notre volonté a été d’organiser au travers d’une initiative étudiante, un concours de médiation à l’échelle de notre Université. Ce projet a été réalisé grâce au soutien de la Faculté de droit Julie-Victoire Daubié, de son Doyen Monsieur Guillaume Protière ainsi qu’à celui d’Adrien Bascoulergue, responsable pédagogique du Master dans lequel nous nous sommes formées.
Motivées et désireuses de permettre à un public novice de comprendre les enjeux d'une médiation, le concours semblait être la parfaite alternative pour lier sensibilisation et pédagogie.
La mise en place d’un tel projet s’avérait être l’occasion de réunir professionnels, bénévoles et novices de la médiation autour d’un évènement entièrement dédié à sa célébration. En premier lieu, nous souhaitions permettre la promotion du Master « Justice, Procès et Procédures » créé par Monsieur Jean-Pierre Bonafé-Schmitt. Cette volonté s’est ajoutée à l’idée de faire connaître les modes alternatifs de règlement des différends auprès des auditeurs. En effet, l’intérêt pour ces modes amiables ne fait que grandir de jour en jour. Organiser une telle initiative fut un réel plaisir que nous souhaitons, plus que tout, faire perdurer dans le temps.
Le concours de médiation, ouvert aux étudiants inscrits en Master « Justice, Procès et Procédures » ainsi qu’aux étudiants du Diplôme Universitaire parcours médiation, avait pour finalité première de proposer aux participants de se mettre à l’épreuve en testant les compétences, les outils et les conseils transmis en cours de cursus.
Pour ce faire, les candidats se sont aventurés sur deux soirées organisées de 17h00 à 20h00. Le temps d’un passage de 10 minutes, les candidats ont endossé le rôle de médiateur sur la base de mises en situations fictives rédigées par nos soins.
Jeudi 07 novembre 2019
Lors de la soirée d’inauguration, six candidats audacieux se sont volontairement prêtés à l’exercice et se sont produits devant un large auditoire comprenant professionnels, bénévoles, et novices de la discipline. Ces six candidats se sont affrontés au travers de situations fictives jouées par un médiateur professionnel et un étudiant de l’Université Lumière Lyon 2, toute filière confondue.
Accompagner les médiés vers l'identification des raisons véritables de la rupture du lien, rétablir un dialogue entre les différentes parties, permettre à chacune d’entre elles de se tourner vers l’avenir sont les principales aspirations d’un médiateur. Le sens de l’écoute et de la discrétion, une certaine humilité, l’attrait pour la diplomatie, la rigueur et la probité sont des qualités essentielles attendues chez nos candidats. Tout au long de notre formation, nos enseignants nous ont transmis le sens de l’empathie, la nécessité de faire abstraction de ses propres valeurs et d’instaurer un climat de confiance en médiation et enfin la nécessité de recourir à certains outils tels que la reformulation ou et les diverses formes de questionnement.
En fin de soirée, trois candidats ont été sélectionnés par le jury selon des critères prédéterminés, tout en conservant une certaine souplesse dans leur liberté d’appréciation. Le jury, alors composé d’un universitaire et de deux médiateurs professionnels, ont opéré un choix au travers des éléments suivants : l’instauration ainsi que l’explication du cadre de médiation, la compréhension mutuelle des raisons profondes de la situation conflictuelle, le sens de l’écoute, l’esprit de synthèse, la capacité de reformulation, la pertinence du questionnement et enfin la clarté de la prestation. Ce sont des critères régulièrement mentionnés dans le cadre de notre formation.
Lors de cette première soirée de qualification, ont été sélectionnés après délibération du jury trois candidats : Caroline Cerveau-Colliard, Aline Delaigue et enfin Flonard Adjaoke.
Jeudi 14 novembre 2019
Les candidats sélectionnés en première partie se sont de nouveau affrontés en finale, cette fois-ci sur le thème de la médiation familiale. La médiation familiale vise essentiellement à régler les problématiques liées aux séparations, ruptures, divorces, successions ou encore les conflits éclatants entre membres d’une seule et même famille. Il est ainsi difficile pour un médiateur d’assurer une certaine neutralité. L’objectif était alors de mettre à l’épreuve nos candidats et tester leur capacité à se confronter à une réalité parfois complexe. De ce fait, le jury a redoublé de vigilance au cours des prestations des candidats encore en liste. En effet, le thème choisi a engendré l’élévation du niveau d’exigence attendu.
Pour les finalistes, il était alors question de perfectionner leur capacité d’adaptation à la situation conflictuelle, de canaliser leurs émotions et enfin de travailler sur leur habilité à créer un espace de respect mutuel propice au dialogue et à la collaboration.
Les finalistes se sont accrochés et ont délivré des performances remarquables. Toutefois, une candidate s’est démarquée : Madame Aline Delaigue, étudiante du Master « Justice, Procès et Procédures », parcours médiation.

Nous sommes très heureuses d'avoir vécu une telle expérience. Nous remercions sincèrement tous les candidats pour leur courage et pour la confiance portée en notre projet, ainsi que chaque médiateur ayant contribué avec bienveillance à cette initiative.
Lia Crespo et Alexia Molay, étudiantes en Master 2 Justice, Procès, Procédures, Université Lumière Lyon 2
La table ronde transfrontalière de deux procureurs généraux
Le 28 novembre 2019, la Fédération genevoise MédiationS et l'Association nationale des médiateurs en France, en partenariat avec la Haute école de travail social de Genève, ont organisé une table ronde :
La médiation pénale et la justice restaurative :
regards croisés de deux procureurs généraux
avec
Jacques DALLEST, procureur général de Grenoble
Olivier JORNOT, procureur général de Genève.
En France
Introduite dans la législation française en 1993, la médiation pénale a une longue histoire en France. Mesure proposée par le procureur de la République dans le cas de délits de gravité faible ou moyenne, elle vise à assurer la réparation du dommage causé à la victime, à mettre fin au trouble résultant de l’infraction et à contribuer au reclassement de l’auteur.
Autonome par rapport à la procédure pénale, la justice restaurative a été introduite en 2014 dans la législation française. Elle peut être proposée à tous les stades d’une procédure pénale et pour n’importe quel type d’infraction. La victime ou l’auteur peuvent aussi en prendre l’initiative. Complémentaire de la justice punitive, elle vise à favoriser, en instaurant un dialogue entre les participants, la reconstruction de la victime, la responsabilisation de l’auteur et le rétablissement de la paix sociale.
En Suisse
La médiation pénale a été introduite en Suisse, en 2003, dans la législation applicable aux mineurs. Sa mise en œuvre obéit à certaines conditions. Elle s’est bien développée en Suisse romande.
Le nouveau code de procédure pénale pour adultes de 2011 prévoit non pas la médiation, mais la conciliation. Toutefois, à Genève, la loi d’application cantonale du code pénal dispose qu’en lieu et place d’une conciliation, une médiation peut être proposée. La justice restaurative ne figure pas non plus dans la législation suisse. Mais des rencontres détenus-victimes se sont développées en milieu carcéral en Suisse alémanique et tentent de s’instaurer en Suisse romande.
Quelles leçons tirer de l’expérience française ? Quelles pistes suivre pour développer la médiation pénale et la justice restaurative à Genève ? Quelle justice voulons-nous ? Ces questions concernent chacun de nous. Nous vous invitons à prendre part à ce débat de société.



Camille Perrier Depeursinge, présidente de l’Association pour la justice restaurative en Suisse (AJURES)

Claudia Christen-Schneider, présidente du Forum suisse pour la justice restaurative (Swiss RJ Forum)

Cyrille Franck, délégué régional de l’ANM, présente la Clinique du droit et de la médiation de l’université de Franche-Comté
Étienne l’humaniste
Etienne LE ROY1, anthropologue du droit, était un ami de la médiation. Il est souvent intervenu, avec générosité et brio, lors de nos colloques ANM, pour parler altérité, communs, juridicité. Son savoir et surtout sa réflexion sur le monde étaient toujours un enrichissement pour chacun car la parole de ce « rebelle discipliné, empêcheur de tourner en rond2 » conduisait à penser autrement.
« Le droit n’est pas tant ce qu’en disent les textes que ce qu’en font les acteurs et les citoyens. »
Cette phrase d’Etienne est très révélatrice de sa pensée.
Il était avant tout un humaniste conscient de la complexité générée par l’énorme problème du partage de vie.
Chercheur visionnaire, en avance sur son temps, il a « œuvré pendant toute sa carrière à une élaboration d’une anthropologie politique de la juridicité, à travers l’approfondissement de multiples terrains et de problématiques qui interrogent les mises en forme du partage de notre vivre ensemble3 ».
Enseignant, il était avant tout un mentor, soucieux de transmettre. Il aimait emprunter la voie de la maïeutique socratique, utilisant la méthode inductive : du terrain à la conceptualisation. Il était dans le partage : « Partagez, c’est le principe même des communs !4 » et l’altérité refusant les présupposés implicites sclérosants. Il avait une pensée dynamique sur l’exigence interculturelle :
« Penser l’Autre, le penser autrement ! »
Jacqueline5, son épouse, confiait que sa phrase fétiche était :
« Tout change et la seule chose qui ne change pas c’est que tout change6. »
Le changement, la dynamique, l’évolution étaient effectivement au cœur de ses réflexions et actions. Cette préoccupation se traduisait dans ses nombreux ouvrages et était au cœur des réflexions menées dans les cercles et associations qu’il a créées et animées avec son épouse.
C’est lors de la préparation, avec Jacques SALZER, d’un colloque intitulé « Palabre et médiation, apports réciproques France-Afrique7 » que j’ai fait la connaissance d’Etienne LE ROY. J’ai immédiatement été séduite par ses propos sur la juridicité, thème intimement lié à la médiation que connaissait bien Etienne8. C’est la parole, telle qu’elle circule dans les palabres africaines9, qui l’avait beaucoup intéressé. Il rattachait ces modes de gestion des conflits à la juridicité. Le droit positif ne règle pas tous les problèmes et certains dispositifs, tels que la médiation, la conciliation ou la palabre, permettent de trouver des solutions adaptées au contexte culturel et aux besoins des personnes concernées.
Selon Etienne LE ROY, la médiation est un métissage entre les quatre ordres :
- L'ordre imposé,
- L'ordre contesté
- l'ordre accepté
- L'ordre négocié.
et donne un sens aux normes que les personnes présentes et concernées par la médiation ont adoptées.

Il s’est beaucoup interrogé sur la neutralité du tiers surtout en raison de la judiciarisation de la médiation, à savoir celle imposée par les juges, notamment la médiation pénale. Pour lui, la médiation est basée sur la parole et non le droit. Elle répond avant tout à un problème de sociabilité. La nouvelle fonction de la médiation est liée à l’intermédiation culturelle et correspond donc à un pont entre les cultures. La médiation serait-elle dévoyée de son objectif ?
En tant que praticiens de la médiation, nous savons à quel point c’est bien ce pont, entre les cartes du monde des êtres uniques que sont les personnes, que nous devons créer pour que l’altérité, c’est-à-dire la compréhension mutuelle de la différence de l’autre, créatrice de solutions, puisse émerger.
« La médiation n’est pas une justice et donc n’équivaut pas à attribuer à chacun ce qui lui revient. »
« Elle n’applique pas des normes mais relie des intérêts disjoints ou redonne sens à des partages. »
Homme de sagesse, d’humilité, de savoirs et fondamentalement « évolutionnaire », Etienne avait envisagé et souhaité une double révolution :
- La redécouverte de la gestion des ressources - ces fameux communs - (gestion et gouvernance partagée, économie collaborative, jardin partagés…)
- La confrontation à un ordre moderne associée à la propriété privée
Ces changements de paradigme viendront probablement plus tôt qu’Etienne ne le pensait et surtout, l’espérait. Lui qui préconisait une pensée plurielle fondée sur le partage et sur la responsabilisation des différents acteurs. Lui qui prônait, en bon anthropologue, une compréhension dynamique des phénomènes sociaux. Il écrivait :
« Qui dit complexité dit incertitude et suppose des mentalités qui acceptent de réexaminer les bases de nos attitudes et de nos raisonnements. »
Les mentalités changeront-elles comme il l’a espéré ?
Gabrielle Planès, Présidente d’honneur de l’ANM, Présidente du CEMA, Co-présidente de Médiation 21
1 Etienne LE ROY (1941–2020)
2 C’est ainsi qu’il aimait se décrire
3 Christoph Eberhard dans Droit et société 105/2020
4 Les communs, à savoir les ressources partagées, gérées collectivement, c’est-à-dire droit d’usage versus droit de propriété, est un thème cher à Etienne Le Roy. Il y a travaillé avec les Wolofs, les autochtones du Canada…ses écrits sont nombreux sur le sujet. A propos des autochtones, la Cour suprême du Canada a, dans divers arrêts, reconnu les droits ancestraux à divers groupes autochtones.
5 Jacqueline DEGUISE-LE ROY, sociologue et peintre
6 Proverbe taoïste
7 CNAM, 2002
8 Celui-ci avait organisé, avec Jean-Pierre BONAFE-SCHMITT (sociologue, chercheur, spécialiste, notamment de médiation citoyenne et médiation scolaire) un séminaire de médiation à l’école Polytechnique de 1989 à 1991.
9 Palabre africaine est une coutume de rencontre, créant ou maintenant le lien via la parole. Cette coutume est utilisée pour régler les problèmes qui peuvent surgir dans la communauté.
Défendre la cause de la médiation – Plaidoyer d’un anthropologue du droit
Jusqu’où défendre la cause de la médiation dans les enceintes judiciaires ?
Plaidoyer pour un enrichissement des pratiques et du vocabulaire juridique et normatif
A l’occasion des VIIIèmes Assises internationales de la médiation judiciaire, organisées par le Groupement européen des magistrats pour la médiation (GEMME), s’est tenu à Bordeaux les 6 et 7 juillet 2018 un colloque sur le thème :
« Existe-t-il une culture de la médiation ? Comment peut-elle se développer ? »
Etienne Le Roy, Professeur émérite de l’université Panthéon-Sorbonne, Paris 1, a marqué la pensée juridique de ces trente dernières années en y apportant l’éclairage d’un anthropologue du droit.
L’ANM présente à ses lecteurs l’intervention d’Etienne Le Roy aux Assises, texte qui avait été publié en octobre 2018, dans la Lettre n°08 de l’ANM.
J’appartiens à une génération où on pratiquait largement le recours à la formule « La cause de… », une cause qui fut celle « du peuple » il y a cinquante ans puis, très vite, « des femmes », des minorités de genre, de groupes de marginaux ou de déplacés, les boat people par exemple durant la guerre du Vietnam. Dans ces cas, c’étaient des individus singuliers ou des collectifs aux frontières tracées qui étaient les objets et les enjeux de nos plaidoyers, de nos militances et de nos partis-pris. Des reconnaissances de nos différences et de leurs possibles complémentarités naissaient des alliances, des projets de luttes, des engagements de terrains. Derrière ce relationnel, et cette empathie, il y avait beaucoup (parfois trop) d’affectif, d’idéologie mais il y avait aussi de l’humain, une humanité qui pourrait actuellement s’être progressivement diluée avec le passage, dans la formule « la cause de la médiation », de catégories d’acteurs spécifiés d’hommes et de femmes à l’idée de médiation tenue pour un noumène, une abstraction éloignée des expériences empiriques.
Je constate d’abord que ce passage à l’abstraction est aussi le passage du politique à un monde original qui est celui du droit ou, plus généralement, de la normativité. Je constate également qu’on mobilise un mot valise et qu’on pourrait même qualifier de « valise à soufflets » tant le terme « médiation » est extensif et peut emporter avec lui des connotations variées. […]
Cette intervention a pour objet de discuter du recours à la notion puis aux pratiques de médiation par des acteurs, les magistrats et leurs délégués, et dans des enceintes, les juridictions (de iuris-dictio), où par définition, on mobilise une culture originale, celle du droit, en exploitant une notion, la médiation, qui, originellement et jusqu’à une période récente, lui était étrangère. Si on adopte une métaphore chimique, que se passe-t-il quand on confronte « la base » médiation et « l’acide » culture judiciaire et qu’on applique la formule acide + base = sel + eau ? La part du sel comme facteur régénérateur des relations sociales est-elle supérieure à l’eau des procédés et des procédures inhérentes au fonctionnement de la machinerie judiciaire et au risque de la dilution de l’idée même de justice avec celle de médiation ? […]
Sans prétendre détenir des connaissances qui s’imposeraient par la seule qualification de ma démarche d’anthropologue du droit, j’ai cherché, dès mes premières expériences de terrain au Sénégal, en 1969, pourquoi les modes endogènes de règlement des différends non seulement différaient substantiellement des procédures judiciaires coloniales mais aussi présentaient un avantage comparatif évident pour leurs utilisateurs. Dans ma première synthèse (Le Roy, 1974) j’avançais déjà, en miroir de notre modèle français, deux traits fondamentaux : la mobilisation de l’oralité comme un paradigme central dans la technicité de l’acte judiciaire et la prévalence de la négociation dans l’élaboration de la décision puis de sa sanction. Ces deux traits seront affinés, complétés et amendés, jusqu’en 2004 (Les Africains et l’institution de la justice) mais ils vont justifier les questionnements qu’au début des années 1980 je cherche à préciser sur des terrains français, en choisissant, avec Antoine Garapon, alors juge des enfants à Créteil, la justice des mineurs comme chantier fertile d’une démarche privilégiant l’oralité juridique (dans la justice de cabinet) et la négociation (Amiel et Garapon, 1986).
Ces précisions apportées, je vais reprendre mes observations antérieures autour de trois points. Je chercherai d’abord, en centrant mon propos sur une exigence de précision terminologique, à éviter « une grande vadrouille conceptuelle et institutionnelle ». Il y a des errements anciens qui ne peuvent plus être reproduits ou acceptés. Ensuite, et dans un deuxième point, je propose de revenir sur des variations anthropologiques majeures qui continuent à influencer, malgré l’apparence de l’homogénéisation liée à l’imposition de notre modèle occidental, les rapports au règlement des différends et leurs ressourcements sur des bases plus citoyennes. Enfin, dans un troisième temps, je plaiderai pour un renouvellement de nos catégories et taxinomies juridiques car si le monde change, il ne saurait être question de mettre « le vin nouveau dans de vieilles outres », c’est-à-dire de continuer à reproduire une terminologie désuète ou dépassée.
Éviter une « grande vadrouille conceptuelle et institutionnelle »
Mon président de jury de thèse d’État en droit était Jean Carbonnier et il n’y avait sans doute pas de plus grand amoureux de la langue juridique et de ses subtilités. Je reste donc étonné par les laisser-aller terminologiques des juristes. […]
Je continue à reprocher aux juristes d’avoir détourné une définition pragmatique de la médiation puis aux magistrats d’en avoir phagocyté les applications.
Pour preuve de ce détournement, je reprends deux passages d’une contribution de 2011 à un colloque sur « La médiation, entre renouvellement de l’offre de justice et droit », organisé par ma collègue Gilda Nicolau à Paris.
Le premier extrait porte sur une définition proposée par ma collègue et amie Michèle Guillaume-Hofnung : […]
« Globalement la médiation se définit avant tout comme un processus de communication éthique reposant sur la responsabilité et l’autonomie des participants, dans lequel un tiers – impartial, indépendant, sans pouvoir décisionnel ou consultatif, avec la seule autorité que lui reconnaissent les médieurs – favorise par des entretiens confidentiels l’établissement, le rétablissement du lien social, la prévention ou le règlement de la situation en cause. » (Michèle Guillaume-Hofnung, 1995, p. 71)
Les principaux termes de la définition ci-dessus sont d’origine juridiques ou à connotation juridique forte : autorité, autonomie, responsabilité, impartialité, indépendance, pouvoir décisionnel ou consultatif, prévention ou règlement. Ils sont chacun utilisés ou retravaillés sur le mode de la spécialisation en sorte que la médiation apparaisse normativement compatible avec l’idée dominante de justice. Et dès lors que notre conception positiviste du droit interdit d’identifier un fondement normatif contraire, dans son équivalence, à celle de la loi, ma consœur considère, comme moi, que seule l’éthique peut apporter à la médiation la “sanctionnabilité” […] qui en fait un ordonnancement symboliquement sinon juridiquement reconnaissable et valable.
Cette approche est généralement acceptée par les praticiens. Pourtant, on peut remarquer qu’une telle interprétation ne restitue pas l’essence de la médiation au moins pour la médiation sociale ou communautaire (Le Roy, 2013, 196).
Le second extrait concerne la sémantique de la médiation et ses fonctions dialogiques.
L’origine latine de médiation est utile à prendre en considération. Medium désigne successivement le milieu, le centre, le lieu accessible à tous, à la disposition de tous et le lieu exposé aux regards de tous (Gaffiot, 1963, p.959).
Dans la scène du bouclier d’Achille de l’Iliade d’Homère, chant XVIII, l'istor siège dans un cercle et il est celui qui a la sagesse, trouve la solution la plus adaptée, compte tenu de la circulation de la parole.
La fonction du médiateur sera de s’inscrire au milieu d’un différend, parfois dans un conflit, moins en vue de séparer les combattants que de les réunir autour d’une solution commune. On voit déjà ici poindre l’idée d’un partage comme principe de division et d’adhésion qu’on retrouvera par la suite. L’apaisement est alors préféré au règlement. Mais y a-t-il véritablement choix à y recourir chez nous ? […]
Si l’encombrement des tribunaux, la complication des procédures, les exigences des milieux d’affaires et les mutations de la citoyenneté ont conduit à une revalorisation du rôle de la médiation, elle n’a pas perdu en France son statut ancillaire et reste ainsi soumise à un point de vue qu’on pourrait qualifier de judiciaro-centré (Le Roy, 2013, 198-199). […]
Variations anthropologiques majeures sur l’approche du différend et de sa régulation
Peut-être vais-je faire sursauter d’indignation tel ou tel d’entre vous quand j’affirme que notre conception du droit n’est ni universelle, ni pérenne, ni exhaustive. Nous, anthropologues du droit, parlons plus génériquement de « juridicité » (Le Roy, 1999, 2017) et tenons donc la conception positive du droit comme une « folk law », une expérience particulière qui a été imposée au reste du monde par les aventures coloniales et l’exportation de nos cultures juridiques puis par la généralisation du marché capitaliste à l’ensemble du globe au nom du néo-libéralisme. Cette pseudo universalisation a été d’autant plus facilement imposée au reste du monde qu’elle s’inscrit précisément dans une vision du monde d’héritage judéo-chrétien et reposant sur un ordonnancement imposé des institutions.
Nous devons au recteur Michel Alliot et à sa théorie des archétypes (Alliot, 2002) cette intuition fondatrice que, pour comprendre la variabilité des choix des différentes traditions juridiques, il faut interroger leurs conceptions de l’origine de ce qui a fait les sociétés humaines. […] Michel Alliot expliquait que notre conception d’une instance extérieure, supérieure, omnipotente et omnisciente sous le nom de Dieu, Yahvé ou Allah dans les trois religions du livre, emportait un ordonnancement imposé parce que le monde avait été créé discrétionnairement par « Dieu » à partir du néant et reposait sur sa seule autorité, d’où une logique monologique curieusement occultée dans les discours, mais pourtant décisive. Dans les cultures animistes africaines, le monde ne cesse de se co-construire et repose sur la participation des déités et des humains. Il suppose ainsi le pluralisme, la pratique de la négociation et se défie du droit et de la loi comme privilégiant une exogénéité mortifère. […] Limitons nos commentaires aux seules relations entre les ordonnancements, « imposé » qui fonde notre organisation judiciaire et « négocié » au fondement des pratiques de médiation, à deux échelles, celles de deux types d’ordonnancements (où sont privilégiées les oppositions ou divergences) puis celle de notre expérience actuelle de la justice française (où émergent des complémentarités peu théorisées jusque maintenant), et comme un exemple particulier d’une problématique qu’il conviendra d’approfondir à l’échelle européenne.
Divergences entre les modèles-type d’ordonnancements, imposé et négocié.
Au plus simple, nous avons mis en évidence cinq variables rectrices.
a) Monologisme vs pluralisme.
D’un point de vue axiologique, nous avons cette distinction substantielle et que j’ai déjà évoquée entre la conception monologique du monde, un héritage hébreu antérieur au monothéisme, et transmis à notre culture étatique par le christianisme et en particulier la réforme grégorienne et, de l’autre, le pluralisme normatif.
b) Verticalité vs horizontalité des modèles relationnels.
Des travaux belges des années 2000 ont mis en évidence le jeu entre la pyramide au fondement de notre modèle institutionnel et les réseaux qui irriguent le corps social (Eberhard, 2002) tant dans les sociétés traditionnelles qu’à travers l’actuelle révolution numérique.
c) Exogénéité vs endogénéité dans la légitimation de l’autorité alors que « auctoritas, non veritas, facit ius »
Alors que, dans l’ordonnancement imposé, ce « dieu extérieur et supérieur » induit une dépendance à partir de sa seule volonté et que ce modèle a été hérité par l’État moderne, mes interlocuteurs africains pensent que seule une solution venant de l’intérieur du groupe et élaborée par lui est susceptible de réunir les conditions d’une vraie légitimité et d’un retour à la paix comme elle était auparavant.
d) L’intervenant dans le différend comme un tiers neutre vs comme un troisième impliqué dans la pacification de la société
Dans la définition de la médiation citée précédemment, on parle d’« un tiers – impartial, indépendant, sans pouvoir décisionnel ou consultatif ». Juridiquement dit le dictionnaire, c’est « une personne qui n’est pas et n’a pas été partie à un contrat, à un jugement » (Le Robert 2012, 2555). L’idée de neutralité y est associée et apparaît à nous, Occidentaux, une condition fondamentale pour dire le droit. Les Africains modulent cette affirmation non point en prétendant le contraire donc en affichant le règne des prébendes et des corruptions mais en exigeant que l’intervenant soit parfaitement informé des enjeux du différend. On me disait à Niamey, capitale du Niger, dans les années 1980 : « Comment voulez-vous qu’un magistrat célibataire puisse apprécier et négocier des affaires de couples puis réintroduire de la paix s’il n’a pas, lui-même, expérimenté l’art matrimonial ? » Cette référence à un troisième, préféré au tiers, peut s’avérer stratégique dans l’orientation des solutions et la pacification recherchée. Elle est cruciale pour ce qui concerne la médiation judiciaire.
e) Le règne du droit-loi vs une juridicité privilégiant des habitus coutumiers
C’est, évidemment, cette conception d’une juridicité privilégiant des habitus coutumiers qui sera déroutante pour l’auditeur/lecteur. Au mieux, le juriste accepte la coutume comme une source très secondaire du droit. De là à parler de juridicité et d’habitus… C’est pourtant ici, sans doute, où la révolution conceptuelle et institutionnelle qui s’annonce, de type copernicienne, va avoir ses premières applications. […] La juridicité y apparaît non comme le contraire mais comme un englobant du droit.
L’impact de la négociation sur nos pratiques dans les enceintes judiciaires
[…] En 2004 (Le Roy 2007), j’ouvre le colloque annuel du CURAP (Centre universitaire de recherches administratives de Picardie) sur la thématique du procès en proposant un tableau où j’intègre mes travaux sur la justice des mineurs (initiés en 1984), des formations continues à l’ENM et d’autres observations de terrains européens pour proposer, entre la voie judiciaire classique de « la justice qui punit » avec pour objectif de faire respecter le lien social (la socialité) et la médiation qui a pour enjeu de réintroduire de la sociabilité, une troisième formule. Je la qualifie alors de « procès de type 2 », reposant sur le souci de la socialisation des parties et gérant les déviances et les conflits là où le procès de type 1 prend en charge le litige et, pour la médiation, des différends.
Ce tableau qui comprend quinze variables par colonne, donc quarante cinq cases, ne peut être détaillé ici. Il est joint en annexe.
Il est intéressant de commenter la colonne intermédiaire « procès de type 2 ». […] L’objet de ce procès de type 2 (en deuxième colonne) est d’abord de conduire ou de mener les parties vers un résultat commun et c’est pour cela qu’il est dit éducatif. Il doit gérer, rétablir, parfois introduire des rapports sociaux sur la base du partage d’intérêts communs puis en faisant plus appel à des obligations sociales, morales ou professionnelles qu’à des règles du droit positif. S’il mobilise l’ordonnancement négocié en vue d’une acceptation de la décision, les pratiques de la négociation sont marginales, parfois honteuses, le magistrat restant trop souvent inscrit dans une logique de la punition ou de la peine. Ce magistrat reste donc pleinement un tiers et ce n’est que dans les audiences de cabinet de juges de mineurs que j’ai pu observer une prise de distance à l’égard des normes du droit positif (les art. 375 et s. du CC). La place du « contrat », la priorité (qui n’est pas primauté) reconnue à une logique interne au groupe sont aussi à relever.
Comment éviter, pour la médiation judiciaire, « le vin nouveau dans de vieilles outres » ?
Je pose en prémisses deux remarques.
Tout d’abord, je ne conteste pas à la justice et aux magistrats le souhait d’un renouvellement de leurs pratiques pour être plus en phase avec les attentes de nos concitoyens. Une démarche revalorisant la place et le rôle d’un ordonnancement négocié est donc justifiable.
Mais faut-il continuer à privilégier le vocabulaire de la médiation alors qu’il a au moins deux inconvénients ? D’une part, il ne rend pas compte de manière explicite et efficace des apports originaux de la mobilisation des compétences des magistrats, donc de leurs pratiques au quotidien. D’autre part, il dévalue le recours à des pratiques de médiation ne pouvant être efficaces que si elles échappent à la sphère judiciaire et aux catégories du droit positif.
Des travaux pratiques ?
Je vous propose donc, chers amis magistrats, des travaux pratiques pour renouveler ce vocabulaire. J’étais convaincu, dès la création de l’Institut des Hautes Études sur la Justice à laquelle j’avais contribué avec François Ost, que seuls vous aviez les réponses mais qu’il vous manque une approche systématique des questions pour les ordonner et les valoriser.
L’objectif de vos travaux pratiques (qui peuvent commencer dès maintenant lors de ces rencontres) est de poser en hypothèse l’existence d’une quatrième colonne, à introduire entre le procès type 2 et la médiation. Vous garderiez les mêmes quinze variables de mon tableau, au moins provisoirement, de l’objet au résultat, avec deux contraintes majeures : refléter majoritairement vos pratiques de médiation judiciaire et proposer pour chaque case des catégories originales, non susceptibles de se répéter d’une colonne à l’autre. C’est en fait un « jeu » qui repose sur le principe de l’essai/erreur et qui peut conduire à revoir, modifier, transformer des catégories des autres colonnes si l’opinion majoritaire y conduit.
Deux enjeux, l’un immédiat, l’autre différé
- L’enjeu immédiat est qu’il n’y a que vous, magistrats, qui savez, comme sachants, car seules les réponses auxquelles vous aboutirez peuvent avoir un effet crucial : soit vous obtenez un nouveau tableau qui correspond à ces règles de méthode (que l’on peut par ailleurs préciser) et on peut en déduire une nouvelle propédeutique pour assurer la formation la plus adaptée des futurs médiateurs judiciaires, dans le respect des règles de l’art et des procédures légales, soit vous échouez et « la messe est dite », avec vos recyclages ou reconversions professionnelles à la clef.
- Par ailleurs, il existe des enjeux différés, moins immédiatement exploitables mais beaucoup plus exigeants. Dans notre ouvrage (Younès, Le Roy, 2002) nous posions en sous-titre la question « Pour quelle société ? ». Toute société se transforme et les nôtres avec une très grande rapidité et imprévisibilité. Pour cela, nous les qualifions de complexes mais aussi de transmodernes parce que nous redécouvrons la présence de la prémodernité dans nos pratiques (ainsi pour la médiation) et d’une post-modernité hyperindividualiste bien déstabilisante par ailleurs.
Notre modèle occidental de filiation judéo-chrétienne, monologique, est condamné à terme tout en gardant de belles capacités de résistance. C’est pourtant le pluralisme normatif qui doit l’emporter parce qu’il est le seul à même de gérer cette complexité que nous avons redécouverte. C’est la « pluralité des mondes » qui caractérise notre quotidien (Boltanski et Thévenot, 1991) et qui suppose des ajustements de valeurs et de modes de pacification auxquels doit correspondre un pluralisme judiciaire fondé sur la complémentarité assumée de ces différents modèles.
En conclusion
J’ai souhaité, dans cette communication faire partager aux magistrats deux messages. Le premier message est que si le recours à la médiation dans les enceintes judicaires est non seulement légal mais aussi légitime, ils n’ont pas réuni les conditions de maîtrise des enjeux de la médiation qui leur permettraient d’échapper à la malédiction de n’en faire qu’un placebo.
Le second message, beaucoup plus réconfortant, est de leur proposer un cadre et une méthode pour découvrir à partir de leurs pratiques les bases du savoir d’expert qui autorisera de trouver la juste distance entre le monde de la justice et celui de la médiation, dans un « entre-deux » plein de surprises, qui suppose nombre de redéfinitions et dans l’esprit du Jeu des lois (Paris, LGDJ, 1999).
Il est évident qu’une telle approche exige de nous tous un vrai sens de la dialogie, c’est-à-dire une reconnaissance de la complémentarité de nos expertises et de nos analyses.
Étienne Le Roy, Anthropologue du droit, Professeur émérite (Université Panthéon-Sorbonne, Paris 1)
L’intervention d’Etienne Le Roy, ainsi que celles des autres intervenants aux Assises, ont été publiées sous la direction de Béatrice Blohorn-Brenneur et de Claude Czech dans les Actes du Colloque, parus en mars 2019 aux éditions Médias & Médiations
Le médiateur territorial : un acteur engagé au service du citoyen et de la collectivité
Président de l’Association des médiateurs des collectivités territoriales (AMCT) depuis novembre 2018, Hervé Carré est médiateur de la ville d’Angers et du département du Maine-et-Loire depuis 2014.
L’Association nationale des médiateurs vous invite à découvrir le sens de cet engagement au service du citoyen et de la collectivité à travers l’entretien qu’Hervé Carré lui a accordé.
Qu'est-ce qui vous a motivé à accepter ces deux fonctions ? Cela s'inscrit-il comme une rupture ou une continuité dans votre parcours professionnel ?
Ma motivation provient du fait que la Ville d’Angers et le Département de Maine et Loire ont été précurseurs en matière de médiation au sein des collectivités territoriales puisqu’ils ont institué un médiateur dès 2012. En 2014, j’ai répondu à leur proposition de nomination simultanée considérant qu’il s’agit de deux collectivités du quotidien.
Un tel dispositif offert à nos concitoyens contribue à renforcer l’influence des citoyens sur les politiques publiques locales. L’accès aux services et aux équipements d’une ville, la mobilité, le stationnement, les déplacements, l’habitat, l’accès aux droits en matière d’autonomie, d’insertion, de handicap, de protection de l’enfance sont autant d’opportunités pour améliorer la vie quotidienne des citoyens mais aussi pour nourrir leurs déceptions et leurs colères. L’expression d’un désaccord, la contestation d’une décision font progresser les droits humains en permettant à ces collectivités territoriales d’améliorer leur façon de faire.
Quand à mon parcours personnel, je pourrai dire que je reviens aux sources dans la mesure où j’ai commencé à travailler comme éducateur de rue, pour ensuite diriger des équipes éducatives, fonder un chantier d’insertion accueillant 350 jeunes majeurs en difficulté, exercer un mandat politique local pendant 16 ans et exercer comme journaliste, chargé d’études et consultant en développement social local. J’y vois une continuité car à chaque fois je m’enrichis des rencontres avec une grande diversité d’hommes et de femmes.
On parle de justice de proximité : le médiateur territorial est-il aussi un médiateur de proximité ? Quelles sont les difficultés rencontrées par les gens ? Qui s'adresse au médiateur territorial ?
Oui cette proximité est très précieuse, les difficultés exposées par les citoyens sont très diverses et en lien avec les compétences de différentes collectivités territoriales :

- - Pour les Communes : les litiges liés aux compétences communales, en matière de voirie, de logement, d’urbanisme, d’occupation de l’espace public, des infractions aux règles de stationnement, à l’enlèvement des ordures ménagères, à l’utilisation des équipements sociaux, sportifs et culturels, aux écoles primaires, à l’offre de services (piscines, cantines, spectacles offre d’hébergement pour personnes âgées et ceux relatifs à l’ordre public, aux relations conflictuelles entre le public et le personnel de la commune).
- Pour les intercommunalités : les litiges liés à l’eau et l’assainissement, l’urbanisme, le soutien au développement économique, la politique de la ville et toutes les compétences communales qui ont été transférées. Et les relations conflictuelles entre le public et le personnel de l’EPCI.
- Pour les Départements : les litiges liés au champ des solidarités pour lequel le Département est chef de file : Aide sociale à l’enfance, enfance et famille, autonomie (dépendance, handicap), insertion : RSA et aides à l’emploi, logement habitat, mais aussi, collèges et éducation, routes départementales, environnement et aménagement. Et les relations conflictuelles entre le public et le personnel du Département.
- Pour les Régions : les litiges relatifs aux transports régionaux de voyageurs, au patrimoine et à la culture, à la formation professionnelle continue et d’apprentissage, à la construction et à l’entretien des lycées, à la protection du patrimoine, au développement des ports maritimes et de aérodromes, à la mise en œuvre d’un plan régional pour la qualité de l’air et le classement des réserves régionales. Et les relations conflictuelles entre le public et le personnel de la Région
Quelles sont les qualités indispensables au médiateur territorial ?
Le terme « Qualités » renvoie à la personne indépendamment de ses compétences professionnelles, méthodologiques… je dirai, une capacité d’écoute, une aisance face à la complexité, une forme d’humilité, un intérêt marqué pour les « gens » et de la ténacité.
Le médiateur territorial fait-il de la médiation ? ou de l’orientation ? du conseil ? du coaching ? de la conciliation ? est-il parfois l’ultime recours quand on a tout essayé ?
Une réponse « à la normande » me ferait dire que le médiateur territorial est un peu de tout ça en même temps. Comme pour chaque médiateur institutionnel, une proportion non négligeable des requérants recherchent des conseils, une orientation, un soutien. Au final, la médiation n’est pas la bonne alternative et le requérant en prend conscience.
Pour les situations qui requièrent manifestement une médiation avec un service, une direction territoriale, alors s’engage un processus qui prend appui sur les fondamentaux de la médiation. Lors du traitement du conflit, le médiateur territorial est dans une forme d’obligation de rétablir l’équilibre entre l’usager et l’administration locale. Car les parties ne sont pas à égalité au regard du niveau de connaissance des textes, des moyens techniques et d’ingénierie et de l’usage du temps. Il y a le citoyen face à une institution dont le « corps » est assez abstrait. Ce qui rend exceptionnel le face à face classiquement adopté dans les médiations. C’est d’ailleurs pour cela que le médiateur territorial doit être tenace. Il doit naviguer dans les arcanes hiérarchiques et fonctionnels de l’administration territoriale avant d’obtenir l’interlocuteur qui incarnera la position de l’institution. Il peut parfois exercer véritablement sans mobiliser un pouvoir de décision et sans mobiliser une compétence de conseil ou d’expert. Sa posture peut parfois s’apparenter à celle d’un conciliateur en devenant force de proposition.
Que signifie être indépendant pour un médiateur territorial ? Etes-vous amené à signaler des déficiences du service public et à conseiller des remèdes pour l'améliorer ?
La formation est le levier central de l’affirmation de l’indépendance du médiateur territorial. Au sein de notre association nous encourageons à cette formation qualifiante. L’indépendance des médiateurs territoriaux s’est beaucoup consolidée avec la loi LOI n° 2019-1461 du 27 décembre 2019 relative à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique qui dispose d’un article 81 très précieux. Car il définit la médiation territoriale et fait référence au code de justice administrative pour définir et garantir l’impartialité et la neutralité du médiateur territorial.
L’indépendance est définie dans un règlement de la médiation voté en assemblée délibérante qui précise le détachement du médiateur de l’organigramme hiérarchique et les moyens mis à sa disposition.
Enfin, la notion d’indépendance est une question complexe autant pour les médiateurs institutionnels que pour les médiateurs qui reçoivent une rémunération d’une ou des deux parties. Le médiateur territorial reçoit une rémunération de cette collectivité qui nourrit le soupçon sur son indépendance, les moyens dédiés permettent de mesurer ce degré d’indépendance dès lors qu’il peut offrir une capacité d’accueil confidentiel, qu’il peut diffuser une information sur les atouts et les modalités d’accès à la médiation, d’une page internet, d’une ligne téléphonique gratuite, d’une permanence et d’horaires connus. Par ailleurs le degré d’indépendance se mesure à la facilitation qui lui est offerte pour sa mobilité, ses investigations ou le recours à une expertise juridique.
L’article 81 précise que « Le médiateur territorial définit librement les modalités de déroulement des médiations qu'il conduit ». Cet article précise également : « Chaque année, le médiateur territorial transmet à l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre qui l'a nommé et au Défenseur des droits un rapport d'activité rédigé dans le respect du principe de con?dentialité de la médiation. Il peut contenir des propositions visant à améliorer le fonctionnement de la commune ».
Peut-on mesurer des effets positifs sur la confiance des usagers dans les administrations ? Cela permet-il aussi à plus long terme de renforcer la cohésion sociale ?
L’Association des Médiateurs de Collectivités Territoriales (AMCT) que je préside n’a pas suffisamment de recul chiffré.
Toutefois, nous observons tous un niveau de satisfaction, une forme d’apaisement de la part des requérants qui ont bénéficié de la médiation. Les services territoriaux y voient aussi un atout pour l’amélioration de la qualité du service public.
Hervé Carré, Président de l’Association des Médiateurs de Collectivités Territoriales, Médiateur de la Ville d’Angers et du département de Maine et Loire
On trouve un autre entretien avec Hervé Carré mené par Véronique Mirouse dans le n°6 d’Intermédiés de novembre 2019, p. 40-41
Au Congrès d’Angers, sur le stand de l’AMCT, Ahmed Galaï, prix Nobel de la paix 2015, entouré du président de l’AMCT, Hervé Carré (à dr.) et du délégué général de l’AMCT, Claude Desjean (à g.)

Inter∞médiés n°7 : inventons ensemble la citoyenneté de demain
Nous vivons une période bien particulière, vous l’aurez constaté, sans aucun doute ! Notre vie a basculé, d’une minute à l’autre, et a pris une tournure inédite. Où que nous soyons, partout dans le monde, notre train-train est bousculé. Aucun continent, aucun pays n’y échappe.
Les relations humaines, sociales et économiques, se trouvent chamboulées. Tous ensemble nous traversons une crise sans précédent et devons faire face coûte que coûte, vaille que vaille, pour combattre un ennemi invisible, un virus nommé COVID.
La médiation, aujourd’hui par ces temps de crise, a toute sa raison d’être et Dieu merci ! Nous sommes convaincus que rien ne sera plus comme avant et Boris Cyrulnik le dit si bien, « Quand l’épidémie sera terminée, on constatera que l’on aura dépoussiéré d’anciennes valeurs qui nous serviront à mettre au point une nouvelle manière de vivre ensemble ».
A Intermédiés, nous l’avions prédit et le dossier spécial de notre prochaine parution a pour thème la « construction de la citoyenneté ». Depuis quelques mois déjà, nous nous penchons sur le sujet de la citoyenneté, ce dernier nous semblait incontournable et tout à fait dans l’air du temps.
La citoyenneté, ce concept un peu flou qui a perdu de son lustre comme une monnaie perdrait sa valeur, vaut bien la peine d’être regardée de plus près. Nous sommes à la croisée des chemins car la notion de citoyenneté n’est plus du tout la même entre hier et aujourd’hui ? Peut-être est-elle à réinventer ?
Vous avez la possibilité, autour d’une vingtaine de pages, de rencontrer des hommes et des femmes, des collectifs, des médiateurs, des sociologues et des philosophes pour faire le tour de la question et de découvrir des articles sur la médiation citoyenne, le contrat sociétal des entreprises, les institutions face aux citoyens, le co-habitat, l’apprentissage de la citoyenneté dans le pénal, les valeurs de l’Aïkido et la gestion face aux crises, etc.
Cerise sur le gâteau, un prix Nobel de la paix nous a fait l’honneur d’une interview, Chuuuut !! nous gardons la surprise ! Bien sûr d’autres pépites vous attendent également. De l’incontournable boîte à outil à la négociation en passant par l’empathie, notre vraie alliée, nous nous sommes intéressés au sommeil si bienfaiteur pour notre santé avant de faire un tour d’horizon en vous faisant voyager un peu loin, en restant toujours proches de vous.
Chers lecteurs et lectrices,
Vous l’aurez compris, ce numéro est spécial et comme à l’accoutumée vous irez de surprises en surprises avec des articles de qualité, des contributeurs exceptionnels et des citoyens engagés.
Par ces temps difficiles, nous vous promettons un numéro riche et empreint d’humanité car nous sommes tous concernés, citoyens français et citoyens du monde. Nous allons ensemble inventer la citoyenneté de demain et nous sommes tout à fait en phase avec Albert Einstein qui disait : « C’est durant la crise qu’apparait ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous…La crise est la meilleure bénédiction qui peut arriver aux personnes et aux pays parce que la crise apporte des progrès ». Alors faisons de nos épreuves une force et transformons nos crises en opportunités de changement.
Fidèlement vôtre,
Joëlle Dunoyer, rédactrice en chef Intermédiés, adhérente de l'ANM
Source : entretien France Inter dans l’émission radio « Grand bien vous fasse » publiée le 16/03/2020 à 18h57.
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La médiation africaine, chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité ?
Beaucoup pensent que la médiation est la justice du XXIe siècle, et dans ce domaine, l’Afrique a des atouts considérables du fait de sa culture et de son histoire, qui en font une terre de médiation.
En effet, l’Afrique a une longue tradition de règlement pacifique des conflits, par les chefs coutumiers, les chefs religieux, les griots, les forgerons, les femmes, etc. Il s’agit d’une culture essentielle au maintien de la vie en communauté. Ils s’efforcent de préserver le tissu social du village, de la tribu ou de l’ethnie, à travers différentes formes de dialogue oral.
Le problème pour la généralisation de ces méthodes vient de ce qu’elles diffèrent d’une ethnie à l’autre. De même que les langues occidentales se sont imposées pour permettre aux groupes ethniques de communiquer entre eux, on peut craindre que les modes alternatifs de règlement des conflits de type occidental s’imposent progressivement pour régler des différends africains dépassant le cadre ethnique. Reste à préserver cette culture nécessaire à l’Afrique, mais aussi aux autres parties du monde.
Pour illustrer nos propos évoquons :
- les méthodes traditionnelles africaines de résolution des conflits ;
- l’acte uniforme de l’Ohada sur la médiation ;
- un marché d’offres qui ne demande qu’à se développer ;
- quelques pas vers le développement de la médiation africaine.
La médiation traditionnelle africaine
Le vocabulaire africain est empreint de la culture du dialogue et de la médiation comme le montrent par exemple :
- le mot moré Bangtaba qui signifie « asseyons-nous ensemble et confrontons nos points de vue » ;
- le concept sud-africain Ubuntu qui signifie « je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous ;
- Le concept belgo-sénégalais de médialabre1, au confluent de la médiation et de la palabre.
Vue de l’occident, la médiation traditionnelle africaine est souvent perçue comme une forme d’arbitrage plutôt que de médiation. Interrogé sur ce point, le professeur Akuété Pedro SANTOS2, estime que cette différence est artificielle, car le rapport de l’individu au groupe est beaucoup plus fort en Afrique qu’en Occident, si bien que, dans les méthodes africaines traditionnelles de résolution des conflits, il y a peu de différence entre l’arbitrage et la médiation :
- toute médiation aboutit à un arbitrage du chef : même si les parties en conflit trouvent une voie d’entente à leur conflit, il est de coutume pour elles de faire valider leur choix par le chef coutumier, qui homologuera en quelque sorte leur accord, pour qu’il soit reconnu par la communauté ;
- tout arbitrage est précédé d’une médiation : à l’inverse, si les parties font appel au chef coutumier pour rendre une décision, ou si le chef coutumier est saisi d’un différend par une autre voie, il ne rendra pas sa décision tant que toutes les parties concernées de près ou de loin n’aient pas pris part au débat, et sans que les parties aient suffisamment rapproché leurs positions, jusqu’à ce qu’elles soient d’accord, ou presque.
Suivant les ethnies et les régions, les méthodes traditionnelles africaines de résolution des conflits sont très variées, comme le montrent Catherine Ginisty et Murielle Vannier dans leur mémoire à l’Ifomene3, en évoquant notamment la palabre, les alliances à plaisanterie, les Barzas, le Kasala, les cérémonies festives ritualisées, les Gacaca, etc. Ces méthodes essentiellement orales, ont toutes en commun le maintien du vivre ensemble, et elles se concluent d’une manière ou d’une autre par une cérémonie de réconciliation.
Voici un premier exemple de résolution de conflit et de cérémonie de réconciliation au village de Duquesne-Crémone, en Côte d’Ivoire, où les chefs coutumiers prétendent qu’ils n’ont jamais eu besoin d’appeler la police pour ramener l’ordre dans le village :
Lorsqu’un homme est surpris en situation d’adultère, il est convoqué par les chefs coutumiers. Une fois les faits reconnus et les points de vue de chacun entendus, l’amant paye une amende de 50 000 F CFA (soit 75 €) au mari trompé et il offre en outre un agneau aux chefs coutumiers. Ceux-ci l’apprêtent, et les villageois le mangent ensemble, pour la réconciliation, avec la présence obligatoire de la femme adultère, du mari trompé et de l’amant.
Un second exemple est donné par l’alliance à plaisanterie, comme on la rencontre entre Mossis et Samos au Burkina Faso, où l’allié intervient à temps et à contretemps, en toutes occasions, surprenant et réjouissant tout le monde, et apportant une dose d’humour dans les choses les plus sérieuses.
Je peux aller sans permission dans le frigo de l’allié prendre ce dont j’ai besoin, et il peut faire de même chez moi, nous ne pouvons rien dire, nous sommes alliés.

Alliance à plaisanterie samo-mossi, lors d’une cérémonie de mariage en Côte d’Ivoire.
L’acte uniforme de l’Ohada sur la médiation
Les coutumes locales ne s’appliquent pas aussi facilement lorsque plusieurs ethnies sont concernées comme c’est le cas par exemple, en matière de commerce international. Là encore l’arbitrage et la médiation ont droit de cité, car nombre de pays africains ont adopté des traités internationaux portant notamment sur la médiation comme ceux du CIRDI4, de l’OHADA5 ou la convention de Singapour6.
A titre d’exemple, les 17 pays-membres de l’Ohada ont adopté un acte uniforme sur le droit de l‘arbitrage, le 11 mars 1999, puis un acte uniforme de la médiation, le 23 novembre 2017, où :
- le terme « médiation » désigne tout processus, quelle que soit son appellation, dans lequel les parties demandent à un tiers de les aider à parvenir à un règlement amiable d'un litige, d'un rapport conflictuel ou d'un désaccord (ci-après le « différend ») découlant d'un rapport juridique, contractuel ou autre ou lié à un tel rapport, impliquant des personnes physiques ou morales, y compris des entités publiques ou des Etats ;
- le terme « médiateur » désigne tout tiers sollicité pour mener une médiation, quelle que soit l'appellation ou la profession de ce tiers dans l'État Partie concerné.
La finale du concours international Génie en herbe (CIGHO 2019) de l’Ohada, a réuni à Lomé une dizaine d’équipes nationales d’avocats autour d’un litige fictif opposant la société « zamoundaise » Biroto et ses employés réunis en collectif, avec deux procédures menées devant les tribunaux nationaux, puis en appel devant la Cour commune de Justice et d’Arbitrage. Les mémoires et les plaidoiries éloquentes des équipes attaquaient violemment les arguments et la bonne foi de l’autre partie à propos de questions de procédures telles que :
- les mémoires des parties sont-ils recevables, alors qu’ils ne sont pas signés ?
- le tribunal de commerce était-il compétent plutôt que le tribunal des questions minières ?
- le collectif des employés a-t-il mandat pour représenter ces derniers ?
- la société était-elle en situation de redressement judiciaire quand elle a été fermée ?
- les preuves apportées pour les salaires impayés depuis six mois sont-elles suffisantes ?
Une démarche de médiation aurait été toute autre, en s’attachant principalement aux aspects humains du dossier, qui n’ont quasiment pas été abordées par les équipes en lice. A plusieurs stades de l’affaire, une médiation aurait permis d’éviter la situation décrite dans le cas, où les deux parties sont finalement perdantes :
- Le dossier indique : « Le quotidien des employés était peu enviable. Ils attirèrent l’attention du Directeur local (DL). Un audit révéla des détournements de fonds du DL » et le médiateur entend : Il est naturel que les employés soient tristes et en colère de ne pas avoir été entendus. Leur besoin de reconnaissance a été constamment nié et il en a résulté un accident.
- Le dossier indique : « Les autorités gouvernementales décidèrent la fermeture du site. S’en suivit une période économiquement difficile. » et le médiateur entend : « Le cas ne permet pas de savoir si l’administration a rencontré les deux parties avant de fermer l’usine. Il est probable qu’une médiation entre le DG, les employés et l’administration au moment de l’accident aurait probablement évité une fermeture autoritaire, préjudiciable aux deux parties, en vertu du principe de précaution ».
- Le dossier indique : « Les employés envoyèrent un rapport au DG, pointant tous les dysfonctionnements. Celui-ci eut pour conséquence de l’irriter. » et le médiateur entend : « Il est normal que le DG soit irrité, car il a investi sa fortune et son énergie dans la création de l’usine. N’ayant apparemment jamais rencontré les employés et se fiant aux propos de directeur local, indélicat, il a interprété les critiques des employés, considérant qu’ils ont tout gâché par leur malveillance, et la non-reconnaissance de ce qu’il a apporté ».
- Le dossier indique : « Le DG licencia la moitié des employés. Les (autres) employés furent mis en congé technique. Après qu’ils eurent repris, leur salaire resta impayé pendant six mois » et le médiateur entend : « Une médiation entre le DG et les employés aurait sans doute permis aux deux parties de constater que leur besoin respectif de reconnaissance a été nié. Une fois le besoin de l’autre constaté et admis, ils auraient alors recherché ensemble une solution commune conciliant la poursuite de l’activité et des conditions de travail améliorées ».
- Le dossier indique : « Les employés font une saisie conservatoire sur les comptes de l’entreprise » et le médiateur entend : « Le coût des procédures et le manque à gagner dépasse largement les arriérés de salaires et le coût d’une médiation ».
La médiation offre en effet ceci de particulier qu’elle permet à chaque partie d’exprimer non seulement ses revendications rationnelles, mais aussi ses émotions, ses frustrations, ses besoins, sa souffrance, car :
On ne peut tout dominer par la raison, laissons les fontaines du sentiment et de l’émotion jaillir un peu, elles aussi (Etty Hillesum7).
Une fois l’émotion partagée avec l’aide bienveillante8 mais ferme9 du médiateur traditionnel10 ou moderne11, les deux parties se rejoignent alors généralement dans leur commune humanité, et leur conflit, source de litiges récurrents, laisse alors la raison trouver des solutions sur le terrain apaisé des sentiments.
Un marché d’offres qui ne demande qu’à se développer
Ayant vu que la médiation était intégrée dans la culture traditionnelle africaine et qu’elle répondait à des problématiques actuelles, on peut se réjouir de l’existence de nombreux médiateurs formés grâce à des initiatives essentielles telles que les quatre suivantes en Afrique francophone :
- le Centre du commerce international des Nations Unies est à l’origine de nombreux centres d’arbitrages et de médiation nationaux ;
- l’IFOMENE français et son homologue ivoirien CERFOPMAN ont formé des centaines de médiateurs ivoiriens et tendent actuellement à mettre en place des formations de médiateurs dans d’autres pays, en s’appuyant sur les universités catholiques africaines (UCAO, UCAC…) ;
- la société canadienne Sahara a formé des médiateurs dans de nombreux pays africains, dans le cadre du réseau de médiateurs certifiés Mac Gill ;
- l'école professionnelle de ma médiation et de la négociation de Toulouse forme également des médiateurs en Afrique.
Il en résulte que le marché de la formation à la médiation dépasse celui de la médiation payante12, et que le nombre de médiateurs formés dépasse largement le nombre de demandes de médiation. Il importe donc de développer la médiation en Afrique dans tous les secteurs de la vie sociale, comme le montrent les quelques exemples ci-après :
S’ils parviennent souvent à maintenir la paix sur leur territoire, les chefs coutumiers ont également des conflits entre eux, qu’ils pourraient utilement résoudre par la médiation moderne.
Au début 2019, un chef coutumier a proposé d’accueillir dans son village la semaine euro-africaine de la médiation et du changement. A la troisième rencontre avec les organisateurs, il a focalisé ses propos sur sa rivalité avec un autre chef coutumier, dont il disait le plus grand mal. J’ai pensé en moi-même qu’il aurait bien besoin d’une médiation, mais je n’ai pas osé en parler. Un mois plus tard, il annulait la visite dans son village, car il avait été mordu dix fois par son propre chien. « Sorcellerie ! » disait-il… « Fâcherie intérieure perçue par son chien », ai-je pensé.
Même en cas d’arbitrage, et en pleine procédure contentieuse, la médiation pourrait aussi se montrer opportune :
D’après la revue Digital Business Africa du 2 septembre 2019, le gouvernement guinéen était en litige avec un opérateur GVG. La cour d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale de Paris a donné raison à l’opérateur, en imposant à la République de Guinée de lui verser une somme de 20 millions de dollars. Le Gouvernement a contesté la sentence arbitrale en saisissant la Cour d’Appel de Paris. Moyennant l'aide professionnelle de médiateurs expérimentés, il me semble que les deux parties sont assez compétentes et raisonnables pour trouver elle-même une solution gagnant-gagnant plutôt que laisser un tiers décider à leur place, faisant un gagnant et un perdant.
Même en l’absence de contentieux, il me semble que
L’Afrique fourmille d’organismes de développement : Banque mondiale, Banque africaine de développement, Union européenne, USAID, Millenium Challenge, AFD, GIZ, qui financent des milliers de projets en Afrique… Certains projets créent des problèmes avec les populations et débouchent sur un procès ou une médiation avec les populations. Ainsi le service médiation et conformité de la Banque africaine de développement propose aux populations en litige de choisir entre la voie de la conformité, avec un audit, ou celle de la médiation.
Beaucoup d’autres projets produisent des éléphants blancs, c’est-à-dire des projets qui coûtent aux populations plus qu’ils ne lui rapportent. Généralement des acteurs du projet ont vu le problème bien avant que l’échec se produise, et il est probable qu’une médiation de projet permettrait de faire exprimer ces informations cachées, et de faire évoluer le projet vers une réussite quand il en est encore temps.
Quelques pas vers le développement de la médiation africaine
Ayant illustré par quelques exemples en quoi la médiation pouvait être utile à l’Afrique, essayons d’imaginer quelques pistes permettant de la promouvoir :
Un réseau de médiateurs africains
Même si le nombre de médiateurs dépasse le volume de la demande, il n’est pas forcément facile pour une partie en conflit de trouver un médiateur compétent et expérimenté dans son domaine.
Le Conseil international de la médiation (ICM-CIM) s’efforce de constituer une porte d’entrée pour des demandeurs. En Afrique, il est à l’origine de la lettre « Afrique médiation info » qui dispose aujourd’hui d’un réseau de médiateurs nationaux effectuant un travail de veille et de mise en relations vers des médiateurs compétents13.
Un prix du livre africain de la médiation
Le centre de médiation de Clermont Ferrand en France a un certain retentissement, car il fait connaître des ouvrages pertinents sur la médiation. Or il existe de tels livres en Afrique comme par exemple :
- La palabre, une juridiction de la parole, par le professeur Jean-Godefroy Bidima ;
- La médiation pour tous dans l’espace Ohada, par Béatrice Brenneur ;
- Le nouveau droit de l’arbitrage et de la médiation Ohada, par Me Narcisse AKA.
Nous suggérons de mettre en place un prix du livre de la médiation africaine, et de promouvoir les travaux d’étudiants et de doctorants dans ce domaine, en les publiant sous forme de livres et en les mettant en ligne, pour qu’un large public puisse y accéder de toute l’Afrique.
L’échange de pratiques entre médiateurs traditionnels et modernes
L’Afrique dispose de deux cultures de médiation, traditionnelle et moderne, mais ces deux traditions qui s’ignorent le plus souvent auraient, à notre avis, beaucoup à apprendre les unes des autres. Nous appelons ainsi de nos vœux des journées d’échange de bonnes pratiques entre médiateurs traditionnels et modernes.
Tel était l’objet des semaines euro-africaines de la médiation et du changement (SEAM 2019), tenues à Abidjan en février 2019, et tel sera celui des SEAM 2020 en cours de préparation avec deux premiers colloques envisagés, où les médiateurs traditionnels pourront confronter leurs méthodes avec celles des médiateurs modernes :
- un colloque prévu à Aneho au Togo sur les conflits fonciers ;
- un colloque est prévu à N’Djamena en septembre 2020, dans le cadre de la finale du concours génie en herbe de l’Ohada.
Une démarche de conduite du changement
En tant que consultant spécialiste de la transformation énergétique, numérique et sociale de l’Afrique, j’attache de plus en plus d’importance à la conduite du changement pour accompagner toute transformation en profondeur de la société.
Ainsi, le développement de la médiation dans l’espace Ohada, et plus généralement dans la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), nécessite, à mon avis, par une démarche de conduite du changement qui impliquent d’utiliser simultanément plusieurs leviers pour parvenir à un résultat accepté par les parties prenantes :
- un diagnostic en amont, suivi par une stratégie, un plan d’action et un outil de pilotage ;
- un plan de communication, comportant des actions de promotion de la médiation, telles que proposées ci-dessus ;
- un plan de formation ;
- des mesures d’accompagnement spécifiques pour les leaders d’opinions influents ;
- un tableau de bord facilitant le pilotage du changement.
Conclusion
En France, Catherine Ginisty et Murielle Vanier intitulaient leur mémoire « En quoi les procédés de résolution de conflits des sociétés traditionnelles peuvent ils bénéficier aux pratiques actuelles de médiation ? »
En Afrique du Sud, Rachid Patel évoque la nécessité d'utiliser des méthodes de médiation respectant les cultures locales.
« La médiation et l'arbitrage reposent sur un système de croyances culturelles occidentales et, dans les diverses cultures d'Afrique du Sud, il est important de traiter les cas en tenant compte de cette diversité plutôt que d'utiliser la voie clinique occidentale14. »
Nous pensons pour notre part qu’il importe de mettre en valeur la médiation africaine et, pourquoi pas, de la proposer à l’UNESCO comme chef d’œuvre du patrimoine culturel de l’humanité ?
Pour en savoir plus : https://energeTIC.fr/mediation
Alain Ducass, Consultant, coach et médiateur, Rédacteur d’Afrique-Médiation-Info, Président des semaines euro-africaines de la médiation et du changement (SEAM)
1 https://oma-mediation.com/projets-internationaux/
2 Doyen Honoraire de la Faculté de Droit de l'Université de Lomé, membre du Comité directeur d’IDEF international
3 Catherine Ginisty et Murielle Vannier, « La médiation : un langage qui transcende les frontières », Intermédiés, n° 5, avril 2019, p. 12-13.
4 Agrégé des Facultés de droit de Lomé- Maître de conférences - Membre du Comité directeur de IDEF international, auteur du livre « OHADA - Droit commercial général », Edition : Bruylant (20 novembre 2002)
5 Traité OHADA, adopté le 17 octobre 1993, pour l’harmonisation du droit des affaires dans les États Parties par l’élaboration et l’adoption de règles communes simples, modernes et adaptées à la situation de leurs économies.
6 Le 20 décembre 2018, la convention dite « de Singapour » approuvée par les Nations-Unies, avec 10 signataires africains le 7 août 2019.
7 Juive hollandaise, enfermée dans le camp de Westerborg, qui a réussi à développer sa vie intérieure, en s’affranchissant de toute haine contre les tortionnaires nazis.
8 Le médiateur ne prend pas position pour une partie contre l’autre, mais il s’efforce d’écouter et de comprendre chacune, en lui accordant le présupposé de la bonne foi.
9 Le médiateur propose, fait adopter puis respecter des règles de bienséance telles que l’interdiction de couper l’autre partie quand elle parle et d’éviter de porter des jugements sur l’autre partie, en se limitant à décrire ce qu’elle vit et ressent elle-même, et à interroger l’autre partie sur ce qui la concerne.
10 Nous évoquons derrière ce mot la tradition coutumière des chefs traditionnels qui, d’après le professeur Jean-Godefroy Bidima, ne cherche pas à savoir qui a tort ou raison mais à rétablir l’harmonie dans la communauté et à préparer l’avenir.
11 Nous appellerons « médiateur moderne » le médiateur formé aux techniques de médiation issues de la guerre mondiale et des approches psychologiques, telles que l’analyse systémique, l’analyse transactionnelle, la Gestalt analysis, la Communication non-violente, la transformation constructive des conflits, la roue de Fiutak, etc.
12 La médiation traditionnelle est théoriquement gratuite, même si les rites de réconciliation nécessitent généralement un paiement en nature.
13 https://energeTIC.fr/mediation
14 M. Rashid Patel https://www.environment.gov.za/panelofmediatorsandarbitrators
Chronique d’une victoire incertaine ou l’apprentissage de l’humilité
Chers confrères et consœurs,
En cette période de confinement, j’ai souhaité vous faire partager cette brève réflexion sur l’actualité.
Ces quelques lignes sont dédiées à ceux qui se lèvent, s’exposent, ont le courage de sortir travailler malgré la menace, pour que nous puissions assurer notre quotidien, faire nos courses, nous déplacer, rester actifs, nous soigner, et même être sauvés.
Tous ces anonymes démontrent au quotidien que le meilleur se dévoile lorsque nous traversons le pire.
Camus, que je vous invite à lire et à relire, écrivait dans ses Carnets, en 1942 : « Je veux exprimer au moyen de LA PESTE, l'étouffement dont nous avons souffert et l'atmosphère de menace et d'exil dans laquelle nous avons vécu. Je veux du même coup étendre cette interprétation à la notion d'existence en général. » Cette ambiance de Peste, c'est-à-dire la terreur de la souffrance et de la mort, de la contamination par l’autre, de l'enfermement obligatoire, de l'exil, même s'il s'agit de "l'exil chez soi", nous y sommes aujourd’hui.
Pour l’homme du 21ème siècle, le constat de la propagation du COVID est tout aussi cruel que déstabilisant.
Comment ce virus peut-il infecter des millions d’individus en quelques mois à l’échelle planétaire et nous faire basculer dans la panique et la terreur comme au pire des moments de notre histoire ?
Par chance, pour cette fois, l’usage universel d’Internet et de la dématérialisation permet à chacun de trouver une fenêtre ouverte sur le monde, une échappatoire salvatrice.
Garder le contact sans s’exposer, pouvoir appeler et être appelé, voir et être vu, sans limite géographique, garder un rôle actif social et économique, l’usage du numérique produit ce miracle et s’impose plus que jamais comme le pilier de notre civilisation.
Par ailleurs, rester à l’intérieur, se couper du monde, ne plus tenir compte de la pression du temps économique, ni de nos contraintes extérieures habituelles est aussi une chance de pouvoir se recentrer sur l’essentiel, sur ce qui résonne ( raisonne ) en nous, adopter une meilleure qualité d’écoute de ses propres besoins, une disponibilité inédite à accorder à ses proches, à sa famille, à ses amis, chez soi et à distance.
Un jour, nous ressortirons de nos tanières, nous le savons, dans l’incertitude du quand ? mais la certitude acquise que cette crise sanitaire et économique aura ébranlé définitivement notre mythe de surpuissance, sur la maladie, du contrôle absolu de la science, de la fiabilité de nos gouvernances, de la justesse de nos politiques de prévention, de santé, de l’efficacité des mesures de protection aussi coûteuses soient-elles.
« C’est à la fin de la foire que l’on compte les bouses », déclarait le président Chirac, avec son humour légendaire. L’exercice sera d’autant plus complexe et profond que le terrain de jeu est mondial, ou plutôt celui de « la mondialisation ».
Tout ce que l’on peut se dire pour demain et les jours suivants, c’est qu’il faudra reconstruire plus propre, plus solide, plus fiable et surtout plus humain
… et évidemment CHANGER.
CHANGER, à l’échelle individuelle par nos comportements et tenir compte de la triste réalité, que les jours sont comptés, que nos proches ne sont pas immortels, que nos organisations sont fragiles, que le pouvoir peut se révéler démuni.
Ce petit effort de conscience, ce travail sur soi-même n’est pas si difficile ; il est pourtant impératif pour se donner, nous donner une chance de retrouver un monde plus raisonnable, fait de progrès durables, un futur pour nos enfants, un vrai.
Et surtout cesser notre attitude arrogante, dominatrice, individualiste et de déni de l’environnement, qui nous mène à l’impasse depuis trop longtemps.
L’épilogue de la Peste de Camus nous le rappelle :
« Ecoutant les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait […] que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. »
Bien à vous,
Eric Kirsnewaz, administrateur de l’ANM
Les rencontres restauratives : agir plutôt que subir
Agresseur/Agressé : un dialogue possible.
13h30 parking de la Maison d’arrêt du Val-d’Oise, un lundi du mois de janvier 2017. Nous avons rendez-vous avec trois personnes qui ont été victimes de violences physiques aggravées et ont accepté d’intégrer un dispositif de justice restaurative : les Rencontres Détenus/Victimes (RDV).
Elles vont rencontrer, à l’intérieur d’un établissement pénitentiaire, trois auteurs jugés et condamnés à des peines d’emprisonnement pour des faits similaires à ceux qu'elles-mêmes ont subis.
Les auteurs et victimes ne se sont jamais vus.
La justice restaurative parle dans ce cas de rencontres indirectes.
Le seul lien qui unit ces personnes est un acte délictuel de même nature, commis pas les uns et subi par les autres.
Nous retrouvons à la porte d’entrée de la prison les deux animatrices organisatrices de cette rencontre.
Elles nous remettent nos laissez-passer pour entrer en détention.
C’est la première rencontre, elle sera suivie de cinq autres. Elle durera trois heures.
Après avoir passé les contrôles de sécurité, un surveillant pénitentiaire nous prend en charge pour nous accompagner jusqu’à la salle où se tiendra la réunion.
Les consignes de sécurité sont strictes : afin d’éviter tout mélange de flux, il nous faudra attendre d’être tous installés dans la salle et que la porte soit verrouillée derrière nous pour que les trois personnes détenues puissent entrer, par un autre accès qui sera également verrouillé après leur passage.
L’espace est confidentiel, les surveillants ne seront pas présents pendant la réunion mais resteront disponibles dans les couloirs à proximité.
La salle est réaménagée de manière à créer un espace convivial propice aux échanges. Il y aura dix personnes en tout, assises en cercle : trois auteurs, trois victimes, deux animatrices, deux membres de la communauté.
Sur une table au fond de la salle, des boissons et des biscuits ont été prévus pour la pause par l’animatrice membre du SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation). La tension est palpable depuis le début. C’est une expérience inédite pour les personnes victimes. Nous les appellerons Sonia, Pierre et Farid.
Elles vont se retrouver « derrière les murs » pour parler à des personnes détenues - nous les appellerons Luc, Oualid et Moktar - qui ont fait subir à d’autres victimes les mêmes souffrances qu’elles-mêmes ont endurées et endurent encore.
Lorsque Luc, Oualid et Moktar pénètrent dans la salle, le silence est lourd et la gêne perceptible chez tous les participants.
Des mains hésitantes se tendent, certains y répondent avec timidité, d’autres avec malaise ; difficile de le savoir.
Les animatrices remplissent leur rôle en rappelant les règles qui garantiront le cadre tout au long des séances : confidentialité, respect de l’autre, bienveillance, non jugement, franchise.
Elles seront là pour faire circuler la parole équitablement et veilleront à préserver un climat de confiance et de sécurité, pendant et en dehors des séances.
Un psychologue, non présent aux réunions, sera à la disposition de chaque participant, en cas de besoin, pendant toute la durée du processus.
Nous sommes les deux membres de la communauté de cette rencontre.
Notre présence est obligatoire, elle fait partie intégrante du dispositif.
Nous sommes des citoyens volontaires, accompagnateurs, engagés, bénévoles, soucieux du lien social et de la restauration de l’harmonie sociale. C’est ainsi que nous nous présentons lors de cette première séance.
Lorsque le tour de table est terminé, les échanges peuvent commencer.
Un bâton de parole aidera chacun, au début, à être vigilant sur les règles d’écoute.
Il disparaîtra à la deuxième séance, le respect mutuel sera de mise.
Pendant trois heures, ces personnes que la vie n’aurait jamais dû mettre en présence les unes des autres, vont tenter de se parler, de dire leur souffrance, de créer un lien.
Une préparation minutieuse a été faite en amont de la première rencontre par les animatrices avec chaque participant au travers d’entretiens individuels.
Tous arrivent avec leurs blessures, leurs fêlures, leur souffrance.
Ils témoignent que la société dans son ensemble souffre aussi des conséquences de l’acte délictueux.
Les victimes et auteurs sortent des rôles de victime et auteur dans lesquels ils restent souvent cantonnés. Ils quittent leur posture de vindicte ou de victimisation.
Les auteurs ne sont plus regardés comme des « monstres ».
La présence des membres de la communauté casse le couple auteur/victime.
Peu à peu le processus de restauration opère, les personnes parviennent à se retrouver dans leur humanité.
Au fil des rencontres les mots se disent, les regards se posent, les silences s’écoutent.
Les émotions s’expriment et se confrontent.
Les auteurs parleront de leur vécu, des raisons qui les ont poussés à agir, de leurs conditions de vie en détention.
Les victimes parleront de leur souffrance et des répercussions consécutives à l’infraction dans leur vie.
Tous s’écouteront avec respect.
Moktar nous racontera que la situation lui a totalement échappé, qu’il n’avait pas d’intention de blesser. La violence était en lui et il n’est pas parvenu à la maîtriser. Depuis il vit dans la culpabilité.
Il présentera des excuses aux trois victimes.
Il dira aussi sa tristesse face au récit de Sonia meurtrie à vie dans sa chair et dont l’équilibre familial est brisé à jamais.
À l’issue de cette première rencontre la méfiance est toujours perceptible même si on a pu percevoir chez certains de l’empathie et parfois même de la compassion.
Au fil du temps et des rencontres la confiance s’installera et chacun s’inscrira peu à peu dans l’humanité de l’autre.
La justice restaurative va permettre à ces personnes de se réapproprier leur histoire et leur parole, souvent confisquées par la justice pénale, et à terme de se réparer émotionnellement. Elles vont agir et non subir.
La justice pénale protège la société en sanctionnant l’acte. La réparation de la victime est essentiellement indemnitaire. Son statut juridique a été fortement revalorisé au cours des dernières décennies : possibilité de se constituer partie civile assistée d’un conseil, prise en charge psychologique et sociale si nécessaire. Ses droits sont reconnus, respectés et ses besoins pris en compte.
Cependant il semble important que tous, auteurs et victimes, puissent quitter rapidement leur statut juridique pour retrouver leur individualité en tant que personne.
C’est ce que propose la justice restaurative en s’appuyant sur l’humain.
En cela elle est complémentaire de la justice pénale permettant ainsi une approche globale à la fois des victimes et des auteurs.
Agresseur/Agressé : un dialogue retrouvé.
La justice restaurative permet aussi à des auteurs et victimes directement liés par la même affaire de se rencontrer (principalement en cas de délits et crimes graves).
On parlera alors de rencontre directe ou médiation restaurative.
C’est l’opportunité d’une rencontre volontaire afin d’échanger sur les répercussions du conflit qui oppose deux personnes.
La médiation n’intervient pas sur les décisions, sanctions ou indemnisations qui sont du seul ressort de la justice et des magistrats en charge de l’affaire.
La justice restaurative n’est pas une alternative à la justice pénale.
La médiation va s’inscrire dans une démarche relationnelle visant à rendre possible la rencontre entre un infracteur et sa victime dans un souci d’apaisement.
C’est une rencontre en face-à-face où les personnes pourront exprimer clairement leurs attentes.
« Pourquoi moi ? »
« Pourquoi cette infraction ? »
« Comment trouver un apaisement ? » etc.
Il n’y a aucune conséquence pénale ou civile de la médiation.
Il n’y a aucune injonction à la médiation restaurative.
La médiation restaurative est une mesure de justice restaurative qui poursuit les mêmes buts qu’une autre mesure en matière de recréation du lien, restauration de l’harmonie sociale et aide à la réinsertion.
Elle n’est pas une alternative aux poursuites et peut intervenir à tout moment de la procédure contrairement à la médiation pénale :
- avant l’engagement des poursuites ;
- après l’engagement des poursuites, avant le procès ;
- en cours de jugement ;
- pendant l’exécution de la peine.
L’engagement des personnes est volontaire. Une médiation restaurative qui aura été engagée à un stade de la procédure pourra se poursuivre au-delà.
Exemples de mises en place de médiation restaurative :
- une victime d’inceste dans son enfance souhaitera rencontrer son père, à l’âge adulte, pour comprendre les raisons de son passage à l’acte et avoir des réponses à ses questions ;
- une victime de viol, traumatisée, dont l’auteur est incarcéré, voudra aller le rencontrer en détention pour ne pas avoir à le croiser plus tard, par hasard, après sa sortie de prison.
Le travail du médiateur sera essentiellement un travail de préparation des personnes par des entretiens individuels réguliers qui pourront s’étaler sur plusieurs mois.
Il s’agira pour lui d’évaluer les attentes précises des personnes et leur capacité à envisager et accepter qu’elles n’auront peut-être pas de réponse à leurs questions.
Il peut arriver que les rencontres préparatoires suffisent à apporter un apaisement aux personnes et que la rencontre finale n’ait jamais lieu.
Agresseur/Agressé : un dialogue apaisé.
Les mesures de justice restaurative permettent la découverte du vécu de chacun et un cheminement vers une plus grande responsabilisation qui aideront l’auteur (détenu ou condamné) à reprendre conscience du fait que, oui, il fait bien partie de la communauté humaine et qu’il doit se tourner vers le futur. Il n'a pas qu’un passé marqué par une condamnation qui l'enferme sur un acte commis.
Cette démarche de justice restaurative va permettre à l'auteur de s’exprimer dans la sincérité et la bonne foi, de façon plus sereine et plus facile. Il pourra même aller jusqu’à assumer la responsabilité de son acte et le dire. Il pourra aller jusqu’à exprimer avoir compris la transgression de l’interdit commis et affirmer ne plus vouloir la répéter. Il lui arrivera de dire qu'il comprend la sanction en cours d’exécution.
La victime, elle, verra ses craintes apaisées grâce à ce processus de restauration par la verbalisation de son ressenti, grâce à la découverte du milieu carcéral et la démystification de l’infracteur. Le fait de pouvoir poser des questions, interpeler, réagir, voire contester, va lui permettre de sortir de sa prison intérieure et se réapproprier son existence au quotidien. Ses besoins, ses attentes par rapport à l’auteur diminueront d’intensité, ceci d’autant plus si la sincérité de l’auteur est perçue sans équivoque.
Une compréhension mutuelle peut se faire jour.
L’ampleur de la souffrance de chacun aura la possibilité d’être mesurée autrement que par une loi, puis un jugement mesurant le respect de cette loi. L’humiliation ressentie, tant par celui qui l’a subie que par celui qui l’a provoquée, pourra éventuellement commencer à se dissiper car un début de reconnaissance de la qualité de la personne verra le jour. Il y aura bien une personne en situation de victime et une personne en situation d’auteur de délit ou de crime.
Chacun, chacune, auteur ou victime, pourra alors faire sienne la citation de Jean Cocteau, devenue la devise de notre Association APMR : « Passer d’un regard qui dévisage à un regard qui envisage ».
Edith Herrero et Bernard Paix, Membres de la Communauté en justice restaurative. Co-fondateurs d'APMR (Association Prison Médiation Réinsertion)
La relation, ça se gère !
Pour faire avancer les projets en entreprise
Ce livre est le fruit d’une rencontre : les deux auteurs, Catherine Picq Ricard et Christian Meyer, partagent le constat que l’approche systémique et stratégique – appellation donnée par les experts de l’École de Palo Alto - est défendue dans des ouvrages souvent techniques et parfois difficiles d’accès, ou bien font l’objet d’une vulgarisation qui ne rend pas compte de la richesse et de la puissance de cette approche. L’ouvrage est donc une tentative d’éviter ces deux écueils.
Se fondant sur de nombreuses études scientifiques de référence et des travaux constamment mis à jour, ce livre rappelle la dimension théorique de l’approche systémique qui donne leur cohérence aux sept interventions proposées par les auteurs, tirées de leur expérience professionnelle, de la plus simple à la plus complexe.
Ils espèrent, évoquant des cas réels rencontrés dans diverses entreprises, vous aider à vous approprier les conseils pratiques pour que vous puissiez les utiliser à votre tour.
Un témoignage résume le contenu de ce livre :
« Des livres de conseils destinés aux managers, j’en ai lu beaucoup et celui-ci sort du lot.
Par sa structure tout d’abord : sept chapitres qui abordent de façon progressive tous types d’interactions susceptibles de survenir dans un cadre professionnel – et la façon de les rendre fluides. Par son pragmatisme ensuite : les situations décrites sont issues des expériences des auteurs, sonnent juste et font écho à celles que peut rencontrer le lecteur. Le langage utilisé est toujours limpide, de nombreux dessins viennent rythmer la lecture.
Par son caractère pratique enfin : à chaque chapitre correspondent des outils concrets et des pistes de résolution applicables au quotidien »
Les relations humaines sont des phénomènes complexes car il est impossible d’identifier une cause : lors d’un conflit entre des personnes dans un service : est-ce dû au changement d’organisation, à l’arrivée d’un manager, au changement de logiciel, aux différences de personnalités, à la pression des clients… ?
L’enjeu de la relation est fondamental aujourd’hui dans les entreprises.
Des relations tendues génèrent souvent bien des difficultés : projets retardés, décisions absurdes, baisse de chiffre d’affaires, départ de talents, risques psychosociaux avec plaintes pour harcèlement…
Et dans ce dernier cas, s’agit-il d’une dérive relationnelle ou d’un cas avéré de harcèlement ? Comment dire ce qui ne va pas sans harceler ? Entre les deux, il n’y a qu’un pas : celui d’une bonne ou d’une mauvaise gestion de la relation.
La relation est aussi au cœur de la médiation
L’objectif, en médiation, est de recréer le lien entre des personnes pour qu’elles puissent résoudre leur conflit. Il est parfois difficile pour le médiateur d’y parvenir.
L’utilisation de l’approche systémique, à l’instar de ce qu’on fait les scientifiques dans les années 50 pour résoudre les phénomènes complexes, lui ouvre de nouvelles perspectives.
Avec cette approche systémique et stratégique, le médiateur abandonne la vision linéaire du vrai et du faux, et regarde le conflit comme un déséquilibre du système, conséquence d’interactions circulaires.
C’est par les interactions que le conflit est né et avec elles qu’il peut disparaître.
Le médiateur, comme avec une pelote de nœuds, « dénoue » un à un les nœuds par les interactions.
Ce livre identifie différents modes d’interactions qui peuvent être utiles pour un médiateur.
Si vous voulez investiguer et approfondir les interactions, ce livre peut vous aider à parfaire votre pratique et à gagner en énergie et en liberté d’agir.
Les deux auteurs ont réalisé de nombreuses médiations judiciaires ou conventionnelles. Cet ouvrage est le fruit de leur expérience.
Catherine Picq Ricard et Christian Meyer, , adhérents de l’ANM
La comédiation - Mode d'emploi
Clés, témoignages et expériences
Ouvrage publié en 2020 aux éditions Médias & Médiations
La comédiation consiste à mener un processus de médiation à deux (ou plusieurs) médiateurs. Cet ouvrage explore la perception, par les médiateurs eux mêmes, de ce mode d’exercice, analyse les atouts et les écueils, puis étudie ses effets sur le processus.
La comédiation développe l’esprit de médiation entre médiateurs, offre une garantie supplémentaire d’impartialité ainsi qu’un gain de créativité. Elle introduit toutefois de la complexité et nécessite donc une préparation minutieuse.
Comment constituer un binôme de médiateurs et construire une entité tierce tout en cultivant ses différences ?
À partir de situations concrètes, avec des témoignages de comédiateurs expérimentés, les professionnels désireux de relever le défi trouveront des clés pour élaborer leur propre méthode de coopération et organiser leur fonctionnement en équipe.
Pratiquer en solo ou tenter l’aventure de la comédiation : à vous d’adopter la formule qui vous convient, selon les opportunités !
Hélène ABELSON GEBHARDT devient médiateure généraliste en 2008, après une carrière de magistrat judicaire de près de trente ans. Elle exerce à Paris et à Strasbourg / Kehl (Allemagne), en français et en allemand, au sein de son cabinet Media-Logue. Elle a réalisé près de 300 médiations en matière civile, commerciale ou patrimoniale, souvent en comédiation avec différents comédiateurs.
Ouvrage en vente chez Médias & Médiations.
La justice restaurative en France et en Europe
Actes de la journée d’étude du master Médiation du 22 mai 2019 à l’université Lumière Lyon 2
Ouvrage à paraître en mai 2020 aux éditions Médias & Médiations
Tournée vers l’avenir, la justice restaurative cherche à responsabiliser l’auteur et à offrir à la victime et à son environnement social une reconnaissance des blessures et des souffrances, une réparation des répercussions et des préjudices résultant de l’infraction et le rétablissement de l’harmonie sociale.
Un vrai pluralisme judiciaire est-il possible ? Différents modèles de justice peuvent-ils coexister ? Comment promouvoir, à côté d’une culture répressive, une culture restaurative ?
Pour répondre à ces questions, la journée d’étude du master Médiation du 22 mai 2019 à l’Université Lyon 2 a réuni des témoins et acteurs d’expériences de justice restaurative menées en France et en Europe. Ils ont nourri la réflexion et ouvert des perspectives pour contribuer au développement de la justice restaurative.

Direction de l'ouvrage : Janie Bugnion, Préface : Guillaume Protière, doyen de la faculté de droit de l'université Lyon 2
La journée d’étude du 22 mai 2019 et la publication de cet ouvrage ont reçu le soutien de la Faculté de droit Julie - Victoire Daubié de l’Université Lumière Lyon 2, de l’équipe d’accueil Droits, Contrats, Territoires et de l’Association nationale des médiateurs (ANM).
Ouvrage en prévente chez Médias & Médiations
https://www.medias-mediations.fr/nos-ouvrages/la-justice-restaurative/

Expériences de justice restaurative dans le cas de délits graves en Suisse
AMELY, des actions citoyennes, de l’école au quartier
Association porteuse d’un projet fort, AMELY s’adapte et se renouvelle continuellement en assurant de nouveaux partenariats en lien avec ses valeurs de solidarité, de citoyenneté et de partage.
Elle apporte sa contribution citoyenne et sociale en développant ses 3 piliers que sont l’accès au droit, la médiation citoyenne et la médiation scolaire.
Elle s’appuie sur ses trois piliers pour les décliner et développer de nouvelles actions à destination du public, en lien et souvent inspiré par les expériences partagées au sein de Réseau National d’Accès au droit et de Médiation (RENADEM), dont AMELY est membre fondateur.
I - HISTORIQUE
AMELY (Accès au droit et Médiation) est une association lyonnaise née en 1989 et reconnue d’intérêt général. Elle s’est créée sur l’initiative de Jean-Pierre Bonafé-Schmitt, juriste, sociologue et chercheur au CNRS, qui a développé un programme de recherches sur les modes alternatifs de règlements des conflits, prolongé par des recherches sur la médiation afin de démontrer :
- que la médiation citoyenne était une nouvelle forme d’action commune : elle n’est pas une simple technique de gestion des conflits, c’est avant tout un nouveau modèle de régulation sociale, une nouvelle forme d’action, impliquant une refonte des rapports entre société civile et état
- qu’elle est aussi un nouveau modèle de justice : une justice compréhensive ; La médiation citoyenne fait appel à une rationalité communicationnelle, qui repose sur la recherche d’une compréhension mutuelle, à travers la promotion d’une nouvelle oralité et temporalité, et la recherche d’une certaine équité des échanges.
II - LE PROJET
La mise en œuvre de la médiation citoyenne repose sur la mise en place de lieux-ressources, afin de :
- Créer des lieux d’apprentissages et d’exercice de la citoyenneté avec de nouveaux lieux de socialisation et de régulation dans les quartiers, par l’accès au droit et à la médiation ; il s’agit de développer prioritairement la médiation citoyenne et scolaire en les articulant avec la connaissance des droits.
- Impliquer directement les acteurs dans la mise en œuvre des processus de médiation et dans la régulation des conflits ; La médiation citoyenne en milieu social ou scolaire, part du postulat que les personnes confrontées à un litige sont compétentes, c'est-à-dire les mieux placés et légitimes, pour gérer leurs affaires, trouver des solutions et apaiser les conflits qui les concernent. A ce titre, les médiateurs sont eux-mêmes des volontaires.
L’accès au droit :
Les permanences sont assurées par un binôme composé d’un juriste et d’un accueillant, selon une méthode de traitement des demandes permettant aux personnes défavorisées et aux personnes issues de l’immigration, une meilleure connaissance de leurs droits ainsi que de leurs obligations ; soit : un accueil de l’usager par l’intervenant ; l’écoute ; l’identification de la (ou des) demande(s) ; La construction de la réponse qui peut consister en une simple information sur les droits, et/ou un accompagnement par le biais de courriers ou de dossiers, et/ou d’une orientation vers un autre intervenant adapté. Les juristes sont tous formés à la médiation et la promeuvent par une explication et/ou une orientation.
De par le constat fait, par les juristes et médiateurs d’AMELY, d’un besoin d’accompagnement fort des habitants face aux nombreuses démarches administratives, notamment celles impliquant la dématérialisation. En effet, pour AMELY, le développement de l’administration électronique ne doit pas renforcer des facteurs d’inégalité déjà existants, sous peine d’institutionnaliser une forme d’exclusion liée à la situation de précarité sociale et/ou économique.
Or, constatant depuis plusieurs années, que la dématérialisation des procédures par les services publics exclut nombre d’usagers qui se retrouvent dans l’incapacité de procéder aux démarches pour un accès effectif à leurs droits, AMELY a mis en place au sein des collectivités demandeuses des permanences d’accompagnement administratives et numériques permettant aux habitants de pouvoir faire face aux difficultés qu’ils rencontrent face à la complexité et à la dématérialisation de nombreux processus administratifs.
La médiation citoyenne :
Le projet est d’innover en mettant en place de nouvelles procédures faisant appel à des habitants volontaires et bénévoles car ces structures de médiation ont pour objet, non pas de rendre la justice mais d’insuffler du social, de susciter des actions visant à recomposer des formes de sociabilité à partir de la régulation des litiges de la vie quotidienne.
De l’affirmation de ce principe découle l’idée que les médiateurs doivent être des habitants et que, pour le choix des médiateurs, ne doivent pas être mis en avant des critères liés à une quelconque compétence professionnelle ou juridique.
De telles structures de proximité, dépouillées de tout formalisme, faisant appel à une participation active des parties en conflit, permettent de résoudre dans de meilleures conditions ces conflits nés de la vie quotidienne.
Chaque année, un groupe de volontaires est recruté et formé dans les conditions recommandées par le livre blanc de la médiation : formation initiale de 4 journées puis stage pratique avec l’équipe en place sur les lieux de médiation pendant 6 mois, à l’issue desquels une validation est faite ou non. Les médiateurs stagiaires signent un engagement envers AMELY ainsi qu’une charte de la médiation citoyenne reprenant les règles déontologiques d’écoute et respect de la personne, de confidentialité, de gratuité, d’impartialité, présence systématique de deux personnes et vérification de la réelle volonté des parties de résoudre leur différend à l’amiable
La médiation citoyenne telle que pratiquée à AMELY a un rituel précis et repose sur les principes suivants :
- Gestion de la médiation par la même équipe de 2 médiateurs jusqu’à sa conclusion,
- Ecoute individuelle de chacune des parties avant une rencontre plénière,
- Adhésion volontaire de chaque partie au principe de règlement amiable et au déroulement proposé de la médiation, formalisée par un document signé,
- La médiation aboutit le plus souvent à un accord, écrit ou oral, reprenant l’engagement de chaque partie dans une logique « gagnant-gagnant ».

Présentation du nouveau groupe de médiateurs formés à l’occasion des vœux d’AMELY en janvier 2020
Depuis 4 ans, consciente que le réflexe médiation n’est pas spontané, AMELY a développé des actions de partenariats avec les structures naturelles de déclaration de conflit que sont les mairies, la police nationale et municipale et les bailleurs sociaux.
Ce partenariat s’inscrit dans le cadre d’une charte de traitement collectif de voisinage. Il s’appuie sur l’expérience rennaise de Cité et Médiation, association membre du RENADEM, en partant du postulat que l’usager n’ira pas spontanément en médiation lorsqu’il a un conflit de voisinage mais va plutôt solliciter les institutions que sont la police, la mairie et/ou le bailleur, C’est l’institution sollicitée, qui obtient l’autorisation par l’usager de transmettre ses coordonnées au site de médiation d’AMELY territorialement concerné : ce sont les médiateurs qui contacteront les parties en conflits pour leur expliquer la médiation, dans une dimension proactive de promouvoir la médiation.
Une rencontre régulière entre les partenaires permet d’échanger sur les situations compliquées et d’envisager des solutions collectives, tout en préservant la confidentialité garantie par la charte.
La médiation scolaire par les pairs :
La médiation scolaire est souvent présentée comme un moyen pour lutter contre la violence, mais son objectif premier est de responsabiliser les élèves dans la gestion de conflits à travers une démarche de citoyenneté.
Elle s’inscrit ainsi dans l’objectif de l’enseignement moral et civique d'associer dans un même mouvement la formation du futur citoyen et la formation de sa raison critique. Ainsi l'élève acquiert-il une conscience morale lui permettant de comprendre, de respecter et de partager des valeurs humanistes de solidarité, de respect et de responsabilité.
La médiation par les pairs invite les élèves médiateurs à responsabiliser leurs camarades en les rendant maîtres des petits conflits de la vie quotidienne au sein de l’établissement scolaire. Ensembles ils recherchent des solutions pour rétablir un équilibre dans les relations entre élèves. L’intervention de l’adulte n’est pas nécessaire puisque la formation contribue à donner aux élèves des outils pour qu’ils puissent eux-mêmes renforcer leur capacité d’analyse d’une situation conflictuelle.
La formation est réalisée directement auprès des élèves et des adultes de l’établissement.
Elle repose sur la base du volontariat : les élèves font acte de candidature et le groupe des médiateurs est choisi en concertation entre l’équipe éducative et le formateur afin de refléter l’hétérogénéité de l’établissement.
Les projets de médiation scolaire par les pairs élèves ont été conçus dans l’optique de rendre la démarche de médiation naturelle en cas de conflit pour le mieux vivre-ensemble et pour former les citoyens de demain.
Dans la continuité de ce projet, AMELY a développé, en s’inspirant de l’exemple québécois, lors d’un échange de pratiques entre le réseau québécois Equijustice et le RENADEM, des actions de formations des élèves dérivées de la médiation scolaire : actions de formation à la gestion de conflits, au droit et à la citoyenneté par le biais d’ateliers s’adressant à tous les élèves.

III - AMELY
C’est :
- 11 points d’accès au droit sur Lyon et sa Métropole et 3 points d’accès au droit assurés sur 3 maisons de justice et du droit, plus 4 points d’accès au droit spécifiques assurés par AMELY au sein du collectif des accueils de jours lyonnais accueillant les sans-abris, en partenariat avec les travailleurs sociaux : une équipe de 4 juristes salariées et expérimentées assure des permanences gratuites d’informations juridiques et d’orientation pour l’exercice des droits ainsi que vers la médiation - 8000 personnes reçues par an.
- 13 lieux de médiation citoyenne articulés avec les points d’accès au droit sur la Métropole lyonnaise et 1 en Haute Savoie : 50 médiateurs bénévoles formés par l’association et assurant des permanences hebdomadaires gratuites visant à la résolution amiable des conflits de la vie quotidienne (voisinage, consommation, relations familiales, travail….) – 700 dossiers de médiation traitant des conflits dans l’habitat (voisinage, loc./propriétaires,….), dans les relations de famille, de la consommation du quotidien, des relations de travail.
- 5 formateurs en milieu scolaire intervenant nationalement.
AMELY depuis 25 ans a développé des actions de médiation scolaire par les pairs et de gestion des conflits, est intervenue en médiation scolaire sur 12 académies, soit 120 établissements (écoles, collèges, lycées) et a sensibilisé 36 500 élèves et 3500 adultes à la médiation scolaire, formé 11 200 élèves médiateurs. AMELY a été agréée par le Ministère de l’Education Nationale en 2013.
- Forte de son expertise d’accès au droit sur le terrain, AMELY intervient comme formateur juridique dans des organismes de formation des travailleurs sociaux mais aussi dans les établissements scolaires et parascolaires (ITEP, centres sociaux,…) sur le volet juridique et de la citoyenneté auprès des jeunes de 8 à 18 ans : ses juristes travaillent avec les élèves sur les thématiques de la discrimination, le harcèlement, la citoyenneté, la famille (club citoyen, semaines thématiques, ateliers droits et gestion des conflits).
Pour en savoir plus : www.amely.org
Pour nous contacter :
Sabine Morel, directrice d’AMELY
L’association Le Souffle : l’apprentissage du collectif à travers les pratiques préventives et restauratives en milieu scolaire
Partenaire belge du projet européen RESTORE, l’association Le Souffle contribue à développer et à faire vivre les pratiques préventives et restauratives en groupe (PPR). Directrice de l’association Le Souffle, Joëlle Timmermans1 explique aux lecteurs de la Lettre de l’ANM comment les pratiques préventives et restauratives en milieu scolaire fondent l’apprentissage du collectif.
Qu’est-ce que le projet européen Erasmus+ RESTORE ?

Depuis 2017, l’association Le Souffle est impliquée dans le projet européen Restore. Programmé sur 36 mois, il a l’ambition d’aider les écoles primaires et secondaires à devenir des organismes restauratifs en développant, expérimentant et évaluant un programme commun avec un coaching pouvant être reproduit dans d’autres écoles intéressées dans toute l’Europe. Le projet RESTORE est une collaboration innovante entre les organismes de formation qui soutiennent les écoles, les autorités locales et un centre de recherche économique et sociale (CRESM), situés dans six pays différents de l’UE2. Le Souffle en tant qu’organisme de formation accompagne et supervise le projet en France et en Sicile.
Comment définiriez-vous l’association Le Souffle actuellement ?

Il s’agit d’œuvrer pour les pratiques préventives et restauratives (PPR) en groupe, dans toutes les institutions, dont les institutions socio-culturelles et socio-éducatives.
En termes de projets, nous travaillons pour des mairies-communes, régions, provinces, dans des associations liées au handicap, des organisations pour jeunes ou adultes à besoins spécifiques ou non, dans des écoles …
Que représentent pour vous les pratiques préventives et restauratives (PPR) en groupe ?
C’est avant tout une philosophie, une attitude par rapport à l’autre, par rapport à son environnement, qui tient compte de la personne avant de s’intéresser à la difficulté rencontrée. Il est essentiel de se connecter d’abord avec la personne à la première rencontre, pour dérouler le fil, comprendre comment elle peut se mettre debout et prendre du recul par rapport à la situation dont elle se sent – le plus souvent victime au sein de son organisation. En effet, pour Le Souffle, les PPR sont axées sur le collectif, autour du principe du vivre et du travailler ensemble. Quand je reçois une personne en individuel, c’est parce que sa situation a un impact sur le groupe ou l’équipe. Nous développons uniquement des médiations collectives.
Quelle est la caractéristique de vos interventions ?
Je pense spontanément à six caractéristiques.
Le Souffle a mis en place un système de compagnons-médiateurs. Chaque médiateur expérimenté prend en écolage pratique un médiateur récent qui, à son tour aguerri, prendra sous son aile un autre médiateur. Cela, sur un cycle de trois ans pour assurer la supervision.
Nous intervenons en binôme symbolique. Agir à deux face au groupe est symbolique, symbole intrinsèque de collaboration, d’interrelationnel et de solidarité. Notre binôme est porteur d’une synergie et de complémentarités qui permettent à la fois d’être synthétique, d’aller à l’essentiel et de laisser place aux émotions. Les attentions sont conjuguées sans faiblir. C’est d’autant plus important que nous travaillons avec des groupes de 15 à 20 personnes, des groupes dans lesquelles les difficultés peuvent se cumuler.
Lorsqu’une situation est bloquée, un médiateur seul pourrait être pris dans la systémique du groupe et, par effet miroir, se sentir bloqué. À deux, il est plus facile de rebondir, d’obtenir des clarifications, de reformuler pour sortir de cette systémique. Il est possible non seulement d’être attentif à la personne qui parle, mais aussi d’être attentif aux effets de cette parole sur le groupe. Nos attentions croisées permettent d’être attentif au contexte et aux trois niveaux.
En effet, une autre caractéristique du Souffle est que la présence d’un binôme permet de travailler en profondeur à trois niveaux. Dans un groupe, la personne s’exprime en « Je », en tant qu’individu (niveau personnel). Elle s’exprime aussi à un niveau interpersonnel, dans un clan ou règnent des inimités, des amitiés, des valeurs partagées par les uns mais pas par les autres, … Puis naturellement en général, le groupe viendra à parler du bien commun, au niveau groupal.
Nous intervenons uniquement pour des groupes/services/organisations, autant préventivement que « restaurativement ». Nous sommes attachés autant à la prévention qu’à la réparation et aux projets innovants en tant que structure pionnière en médiation en Belgique. Les projets en général sont prévus sur un moyen terme de 3 années,
Quels types de besoins les institutions auprès desquelles vous intervenez partagent-elles ?
Nous travaillons donc avec des groupes sur la prévention des conflits autour de situations problématiques qui pourraient atteindre des personnes dans leur travail.
Le besoin d’un groupe est toujours en lien avec l’organisation, car celle-ci influe sur l’esprit d’équipe, les relations et la confiance que l’on peut y développer les uns envers les autres. Dans tout groupe, le principe est de protéger la vie du groupe. Nous sommes très attentifs à ce que le bien-être du groupe se conjugue avec le bien-être de la personne.
Le besoin des personnes de se sentir connectées aux autres est essentiel. Lorsqu’il est comblé, alors, en termes de PPR, un minimum de dialogue peut s’installer et le règlement de groupe peut être défini par le groupe et construit avec les personnes qui doivent l’appliquer.
Il est important de recréer une vie de groupe pour y parvenir. En Belgique, comme ailleurs en Europe, nous vivons une période singulière et individualiste dans la société. A peu près 50 % des familles sont monoparentales suite à un divorce, une séparation ou un décès. Auparavant, on vivait avec ses parents, ses cousins, en clan. On restait longtemps dans son village, dans son quartier, dans son lieu de travail. Aujourd’hui, les familles vivent « en petit clan ». La vie en groupe ne s’apprend plus, faute d’exemple. Les déménagements sont plus fréquents, le travail demande à être flexible, les équipes changent, etc.
Pourtant le besoin d’appartenir à un groupe reste prépondérant. Comment créer le sentiment d’appartenance à un groupe, à l’institution qui nous emploie ? Comment se sentir reconnu par ses pairs, par sa hiérarchie ? Ce sont autant de questions que les membres des institutions partagent, et que les PPR abordent.
À quelles sources allez-vous puiser vos réponses à ces questions ?
Nous avons une énorme chance, au 21e siècle, de disposer d’outils de communication et d’outils de prise de conscience et de connaissance de soi et de la relation à l’autre. Bien que les outils créés par Carl Rogers et Thomas Gordon aient plus de soixante-dix ans, ils sont toujours applicables. Ces personnes étaient des visionnaires. Il existe, en effet, une relation à soi et une relation à l’autre. Le principe du 1 + 1 = 3 est un principe extraordinaire : moi et l’autre sommes plus grand que deux et faisons exister une 3e entité par la relation que nous créons ensemble.
Vous évoquez les PPR en groupe, qu’en est-il dans les écoles, notamment avec le projet européen Restore ?
Le projet Restore s’interroge sur « Comment développer une école restaurative comme lieu d’apprentissage sécurisant où toutes les personnes impliquées ont la possibilité de grandir ensemble en communauté ? ». 50 % de notre travail en PPR se fait en école car c’est le premier lieu où les personnes, aujourd’hui, apprennent à vivre ensemble, le premier lieu de vie collective dans lequel vivre avec soi-même, l’autre et le groupe peut faire grandir tout un chacun. Plus rapidement l’on apprend cela, plus facilement nous sommes préparés à la vie au travail, à la vie en société, à la vie familiale future, comme nous le préconisons dans l’ouvrage « Devenir son propre médiateur ». Les professeurs n’ont pas choisi leurs collègues, les élèves n’ont pas choisi leurs camarades de classe, mais tous ont l’obligation de travailler ensemble. Selon nous, l’école est donc vraiment l’endroit majeur pour apprendre à vivre et travailler ensemble. Grâce aux PPR, un professeur accepte de se considérer comme appartenant au groupe et va travailler avec les élèves pour définir le fonctionnement du groupe et que le groupe soit garant de l’application du fonctionnement. Cela change la vie d’une classe !
Qu’est-ce qui inspire la démarche du projet Restore, en termes de valeurs, de pratiques, d’objectifs ?
Les PPR conduisent à un lieu d’apprentissage dans lequel on sort du principe de l’adulte responsable du jeune grâce à des pratiques dans lesquelles chacun prend sa part. Dans le projet Restore, sept organisations de six pays partagent leurs réflexions et pratiques de terrain. C’est inestimable, car cela apporte du transversal et de la différence au cœur des PPR, qui veulent apporter de la reconnaissance à ce qui est semblable et donner de la place à ce qui est différent. Je suis à la fois semblable et différent, tout comme dans une école je suis professeur et appartenant au groupe-classe et groupe-classe qui a envie d’apprendre, le tout dans un va et vient constant. La plus-value du projet européen vient en premier lieu de la diversité du public scolaire et des divers apports des praticiens spécialistes des PPR qui l’accompagnent. Restore est à l’image et dans l’esprit des PPR.
En quoi le projet Restore est-il exemplaire ?
Restore est un projet inclusif de la culture anglo-saxonne – plutôt axée sur l’action, l’efficacité – et de la culture latine – plutôt axée sur l’émotionnel, l’expressif, le verbal. C’est une expérience extraordinaire de conjuguer ces deux cultures. Ainsi, nombre d’outils variés, appris les uns des autres, ont été regroupés dans une boîte à outils3. Certains d’entre nous ont travaillé davantage avec les professeurs, d’autres davantage avec les élèves et tous étions très complémentaires, dans la dynamique de l’International Institute for Restorative Practices (IIRP)4, qui inspire beaucoup les outils du projet Restore.
Le Souffle supervise et accompagne le projet du CRESM en Sicile et de la Mairie de Lille. Une douzaine outils essentiels aux PPR, transversaux à tous les pays pour dispenser une formation de base dans une école deviendront des outils estampillés « Projet Restore » et seront accessibles gratuitement sur le site : www.restore-project.eu.
Quel est pour vous l’aboutissement du projet Restore ?
Six écoles au total ont bénéficié des apports de ce projet. Aucune n’a attendu le projet Restore pour utiliser des Pratiques PR en interne. Restore a cependant amplifié et reconnu les pratiques existantes et en a apporté des complémentaires dans chaque établissement. Le projet Restore se concentre également sur le vivre ensemble. Toutes les écoles en ont fait un objectif essentiel pour aborder les apprentissages. Créer un cercle de parole avec les élèves et les adultes qui les encadrent, parler de ce qui va bien, de ce qui est agréable, des bagarres, de ce qui ne va pas, … c’est exceptionnel. D’ailleurs, le Ministère de l’Éducation en Belgique avec son nouveau plan de pilotage, rencontre en ce sens les objectifs de Restore.
Quelles vont être les prolongations du projet Restore en Belgique ?
Dans le cadre du projet Restore, Le Souffle n’avait pas d’obligation d’accompagner une école car elle monitorait La Sicile et Lille. Nous avions développé, de 2012 à 2015 + supervision jusqu’en 2017, un projet-pilote de Concertation restaurative en groupe (CRG). Il a été mis en place dans une école spécialisée bruxelloise d’un quartier défavorisé et avec des jeunes à besoins spécifiques de 12 à 20 ans (Institut Charles Gheude). Cette CRG a fourni des éléments qui font partie des PPR. Elle était en quelque sorte prémonitoire de Restore.
Nous prolongeons actuellement le projet Restore à l’Institut communal professionnel des Polders d’Uccle (ICPP) en formant une Équipe des pratiques préventives et restaurative (EPPR) de quinze personnes, toutes sections, toutes fonctions confondues (professeurs, éducateurs, psychologues, …). Cette formation se poursuivra pendant 3 ans.
Nous expérimentons les outils PPR dans un tout autre cadre qui est celui des centres Fedasil pour l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile en Belgique.
Une grande partie de la diffusion continuera au-travers de nos deux livres qui recensent bon nombre d’outils au service des PPR6.
Pour quelles raisons peut-on associer les PPR à des « lieux d’apprentissage sécurisants » ?
Les PPR sont porteuses d’énormément de bon sens en termes de sécurité car, dans les écoles comme dans les centres Fedasil, existe un besoin réciproque de connaitre l’autre, de bâtir de la confiance en lui et dans la relation. Elles offrent de se sentir bien dans ces lieux parce que l’attention est donnée au bien-être du jeune comme à celui du travailleur adulte, à travers des moments de travail en commun qui permettent de se connaître, de consolider la relation et d’utiliser des outils de prévention des conflits. Elles représentent des espaces délimités dans le temps où je peux me permettre d’être authentique, en sécurité avec moi-même, avec la communauté dans laquelle je suis. Il est toujours possible de revenir au cœur des PPR pour bien vivre et mieux vivre ensemble.
Avec qui Le Souffle aimerait-il encore travailler en PPR ?
Nous souhaitons continuer à explorer des nouveaux champs où la vie en groupe est primordiale comme le champ de l’immigration. A ce titre, le projet-pilote avec Fedasil est passionnant. Je pense aussi au milieu de la petite enfance. Notre programme Devenir Son Propre Médiateur se donne dès l’âge de 4 ans et dès la maternelle. Le sujet du harcèlement et cyber-harcèlement à l’école secondaire (12-20 ans) a monopolisé toute notre équipe alors que la médiation apprise dès le plus jeune âge est essentiel dans le monde d’aujourd’hui. Ce serait intéressant d’agir plus en médiation de quartier et encore plus dans le monde du travail car il y a énormément de conflits dans ces milieux. Nos outils y seraient tout à fait appropriés. Je suis personnellement touchée par l’insertion socio-professionnelle, tout ce qui concerne les reconversions/réintégrations après une maladie ou un accident, l’intégration des nouveaux employés et les relations intergénérationnelles au travail. Comment innover pour accueillir les nouveaux, ouvrir des perspectives pour leur permettre d’évoluer ?
David Servan-Schreiber disait : « Si on me demandait par où commencer, je répondrais qu’il faudrait s’attaquer à la violence des rapports quotidiens autant …avec nos enfants ou nos voisins, que sur le lieu de travail. … Et saisir… l’importance de l’intelligence émotionnelle, du travail d’équipe, du respect de l’intégrité de l’autre, des encouragements, du feed-back positif,… ». C’est ce message que j’aimerais passer à ces structures. Mettre un focus sur le bien-être au travail est d’autant plus important que les phénomènes de stress et de burn-out se sont développés, que le travail, les lois et l’administratif se sont complexifiés.
Il me semble primordial aujourd’hui, d’aller vers plus de simplicité, plus de bon sens et d’intelligence collective et de nous inspirer mutuellement pour avoir à la fois les pieds sur terre et la tête un peu dans les nuages.
Joëlle Timmermans, directrice de l’association Le Souffle,
Nathalie Fremaux, spécialiste et coordinatrice de formation, membre bénévole du Souffle
Créée en 1987, « Le Souffle » se définit dès 1993, comme une association socio-éducative européenne d’Action, de Formation et de Médiation. Depuis plus de 25 ans, pionnière en la matière, l’association Le Souffle est spécialisée en Médiation Collective et en Pratiques Préventives et Restauratives, Elle intervient comme équipe volante des Pratiques Préventives et Restauratives dans des groupes en difficulté.
Les PPR offrent un panel d’outils et de formation qui permettent de prendre du recul, d’analyser ses émotions et de prendre en compte le vécu de l’autre pour proposer des pistes de solution telles que : Concertation Restaurative en Groupe, entretien restauratif, Cercle de Paroles, Devenir son Propre Médiateur, Médiation Collective, Médiation Par les Pairs, … En 1999, la recherche-action menée sur le sujet de la prévention « Devenir Son Propre Médiateur » est récompensée par le prix « École et violence : prévention précoce » décerné par la « Fondation de France et l’Association Pierre Strauss ». Le livre est publié chez Chronique Sociale en 2004 et enrichi d’une boîte à outils en 2015. L’activité des recherches-action du Souffle s’est depuis lors constamment développée au sein de réseaux européens et en collaboration avec de nombreux partenaires. Expérimentées dès le plus jeune âge, les PPR incitent les personnes à la responsabilité, la confiance en soi et en l’autre et à l’engagement. Impliqués dans la Justice Restaurative, les intervenants du Souffle lancent la première expérience dans le champ scolaire en région Bruxelloise (2012-2015). Cette expérience est publiée dans un livre, « Pratiquer la Concertation Restaurative en Groupe avec des jeunes », chez Chronique Sociale en 2017.
Depuis son origine, L’association « Le Souffle» s’implique dans des projets innovants en médiation pour jeunes comme pour adultes et crée des partenariats avec différentes organisations nationales et internationales.
Site : www.lesouffle.be Contact : 00 32 476 675 396
1 Master européen en médiation et diplômée de l’Institut Supérieur de Pédagogie de l’État. Membre fondateur de l’Union Belge des Médiateurs Professionnels (UBMP-BUBP-BUPM). Membre de la Commission Fédérale de Médiation/Commission Formation. Médiatrice, Formatrice, Auteur depuis 1993 en Belgique comme à l’étranger.
2 Ligand (Coordinator) (Belgium/North), International Institute for restorative practices (IIRP Europe (UK), Mairie de Lille (France), CRESM - Centro Ricerche Economiche e Sociali per il Meridione (Italy), Associatia de Dezvoltare Intercomunitara Zona Metropolitana- CLUJ (Romania), Eigen Kracht Centrale (Netherlands), Le Souffle (Belgium/South)
3 Au terme du projet, les outils seront présentés sur le site https://www.restore-project.eu/
5 Timmermans-Delwart Joëlle et Blomart Jeannine, Pratiquer la concertation restaurative en groupe avec des jeunes – Edition Chronique Sociale, 2017
6 Timmermans-Delwart Joëlle - Devenir son propre médiateur - Se connaître, communiquer, transformer ses conflits - 2e édition enrichie – Edition Chronique Sociale, 2004 et réédition en 2015 avec une boîte à outils.
Un lieu, des liens : la première Maison de la Paix au Liban
La Médiation se développe, avec succès, en France depuis une vingtaine d’années. Maintenant, que vaut notre jardin des modes amiables si, à côté, à l’étranger, se trouve un désert qui a été et pourrait redevenir une Oasis de Paix ?
Être médiateur, c’est aussi s’ouvrir sur le monde pour accueillir la diversité des approches et permettre -au-delà de nos frontières - le passage du conflit à la Paix.
C’est dire que la Médiation prend tout son sens lorsqu’elle vient à changer quelque chose dans les pays les plus touchés par la crise, la souffrance, la violence, les conflits, la guerre…
Et pour qu’un changement s’opère, quoi de plus nécessaire que de pouvoir s’immerger dans la société civile, rentrer au contact des familles et des organisations, les accueillir dans un lieu porteur de la Paix à laquelle nous aspirons tous (y compris en faisant la guerre) ?
Tel est le sens du projet des Maisons de la Paix1 déployé par le Centre d’Enseignement des Modes Amiables (CEMA).
La première implantation projetée pour une telle Maison se situe dans une région du monde qui constitue un haut lieu de notre civilisation, mais n’a pas connu de paix durable depuis des décennies ; une terre qui constitue un pont entre l’Orient et l’Occident ; un pays dont l’unité passe par la diversité ; un peuple fortement éprouvé par des conflits politiques et militaires qui trouvent pour partie leur origine dans des différends inter-religieux ; une société aux aspects multiculturels dont toutes les couches sont également touchées par une crise économique de grande ampleur ; une Constitution qui garantit la liberté de l’enseignement, et prône la sauvegarde de la diversité culturelle et religieuse : le Liban.
Par tous ces aspects, le Liban incarne un lieu de prédilection pour promouvoir des espaces d’éducation à la Paix plus que jamais nécessaires en vue de prévenir les conflits ou contribuer à leur résolution.
C’est dans ce contexte que le CEMA a initié, en septembre 2019, le 1er DU de Médiation éducative au Proche Orient ; en coopération avec l’Université de la Sainte Famille de Batroun2, et s’engage désormais dans la création d’une Maison de la Paix qui sera édifiée à Byblos–Jbeil, à environ 40 kilomètres au nord de Beyrouth.

Pourquoi Byblos ?
Haut lieu de la civilisation phénicienne au berceau de notre alphabet, centre culturel du Liban, Byblos est emblématique pour écrire une nouvelle histoire de la Paix dans le Monde : Byblos symbolise le message du Liban au monde, celui d’une coexistence harmonieuse des mosquées et des églises avec des musulmans et des chrétiens célébrant leurs fêtes respectives ensemble.
La Maison de la Paix à Byblos est conçue tout à la fois comme un centre de promotion et de formation aux modes amiables, un espace de médiation accessible au plus grand nombre, et un lieu de vie où des spécialistes de l’enfance pourront accueillir les plus jeunes dans des conditions en adéquation avec la situation financière des familles libanaises.
La mise en œuvre de ce projet procède d’un partenariat entre le CEMA et la Congrégation des Sœurs Maronites de la Sainte Famille, Congrégation dont la 1ère maison se trouve précisément à Byblos où elle possède le terrain sur lequel sera construite la 1ère Maison de la Paix.
Précisons que cette Congrégation religieuse apostolique a été fondée en 1895 par un Médiateur international - le Patriarche Elias Howayek - qui a notamment participé à la reconnaissance du grand Liban grâce à la confiance de toutes les communautés dont se compose la population libanaise, confiance qu’il avait su gagner en les écoutant dans leur spécificité, et en les réunissant dans leur commune humanité.
De surcroît, la Congrégation des Sœurs Maronites de la Sainte Famille a pour vocation à travers les crèches, maternelles, écoles primaires, collèges, lycées, universités, Foyers de jeunes filles, Maisons d’accueil et hôpitaux construits un à un depuis plus d’un siècle – la pacification de la société à travers l’éducation des jeunes filles libanaises, la protection de la famille, le soin des malades et l’accompagnement des personnes âgées « sans distinction de religion ou de race et selon les besoins du siècle et du pays ».
C’est dire que la Maison de la Paix, issue de ce partenariat, sera ouverte à tous, à toutes communautés (chiites, sunnites, druzes, chrétiens…) quelle que soit leur confession, la seule foi qui prévale en son sein étant celle dans l’être humain et les valeurs spirituelles qui transcendent les spécificités culturelles : à travers la Maison de la Paix, ce sont les besoins fondamentaux et les valeurs universelles présents en tout être humain qui seront à l’honneur.
Reste que la mise en œuvre de cette 1ère Maison de la Paix suppose un soutien financier. Avant de passer à la réfection de la maison existante et la construction de la maison projetée, le CEMA s’engage, depuis plusieurs mois déjà, dans la collecte des fonds nécessaires, fonds qui seront remis à la Congrégation des Sœurs Maronites de la Sainte Famille, en qui nous avons toute confiance, eu égard notamment aux aspirations humanitaires qui la gouvernent.


Nous tous, personne physique ou morale désireuse de contribuer à la Paix dans le Monde, nous tous pouvons - chacun à sa mesure - participer à l’édification de la Maison de la Paix : chacun peut, à l’instar des phéniciens inventeurs de l’alphabet et constructeurs de la citadelle de Byblos, chacun donc peut écrire, qui une lettre, qui un mot, qui une phrase, qui un texte, qui l’histoire même de la concorde entre les hommes, en posant une ou plusieurs pierres de cette première Maison de la Paix au Liban.
En cette période de crise sanitaire où un virus confine la moitié de la population mondiale, il est peut-être plus que jamais urgent de penser à de nouveaux lieux de rencontre et de coopération qui sont autant de symboles d’une résilience possible. Plus qu’une Maison, il s’agit d’un projet de Vie qui offre un nouveau regard sur l’avenir.
Et si contagion il y a, au point que nous en venions à être tous contaminés, nous espérons que cette contagion soit celle d’un nouvel humanisme fondé sur l’altérité : c’est collectivement, par l’écoute et le dialogue, que nous pourrons construire une culture de la Paix avec soi, mais aussi avec les autres, et surtout avec le Monde.
Nous faisons le rêve que cette Maison de la Paix au Liban constitue un des pas possibles vers un autre futur, un lieu de rassemblement des femmes et hommes de bonne volonté, et qu’une fois ce projet mené à bien, un véritable Réseau des Maisons de la Paix voie le jour afin qu’en d’autres lieux, à travers le Monde entier, se mette en place une culture de Paix et de coopération.
L’avenir, c’est maintenant : soyons, dès aujourd’hui, les Artisans de la Paix !
Catherine EMMANUEL, Directrice Pédagogique du Centre d’Enseignement des Modes Amiables (CEMA), adhérente ANM
Si vous souhaitez nous rejoindre et œuvrer à la concrétisation de ce projet, n’hésitez pas à vous faire connaître en écrivant à l’adresse
Pour écouter l’interview réalisée par Christel Schirmer (de la revue Intermédiés) du 1er « Congrès international pour toutes les Médiations », à Angers en février 2020, sur le projet de la Maison de la Paix : https://cemaphores.org
1 Site internet du CEMA pour la Maison de la Paix
2 Site internet de l'Université Sainte Famille (USF)
3 Les images ont été conçues par un ingénieur libanais : M. Eddy Abi Younes
4 Ibidem
Face aux diversités culturelles*, comment se référer à des règles de droit qui imposent des normes applicables à tous ? Comment fonder une action sur des principes universels : indépendance, impartialité, neutralité ? Telles sont les interrogations auxquelles est confronté tout acteur appelé à intervenir dans des conflits où des individus – ou des groupes – se prévalent de traditions, de coutumes, de codes, de préceptes religieux, bref de références culturelles incompatibles avec des principes ou des dispositions de droit qui sont censés prévaloir.
Le médiateur, avant tout, veille à l’équilibre et tel un chef d’orchestre, guide les personnes enlisées et empêtrées dans le conflit à y voir plus clair et à réaccorder leurs violons pour trouver l’harmonie.
Qui sont ces hommes et ces femmes qui œuvrent pour la paix sociale ?
Le titre général de cette année "Racontons-nous demain" faisait écho à cette exigence et visait à la traduire à travers trois "parcours" : outre celui sur le Carrefour de la Médiation et les projets-récits (Parcours 1), nous avons abordé l'enjeu des droits qui croisent exigence écologique et sociale et visent à mettre en œuvre pleinement la Déclaration Universelle des Droits humains (Parcours 2). Puis nous nous sommes posé la question "demain tous nomades, tous migrants ?" (Parcours 3). A travers cette question provocante il s'agissait de prendre conscience que toute l'humanité – y compris des territoires aujourd'hui relativement préservés comme l'Europe – sera concernée par le dérèglement climatique qui, à terme, fera de nous tous des migrants, saisonniers ou structurels, afin de fuir des risques écologiques majeurs et aménager d'autres territoires habitables. Or, dans cette perspective seule une conscience tout à la fois planétaire et solidaire est capable d'éviter le chaos. L'objet des Dialogues en humanité est donc ainsi de montrer qu'une voie positive est possible pour affronter ces défis à condition de faire avancer conjointement l'exigence de responsabilité écologique, de justice sociale et de respect des droits humains.
4 détenus, 6 étudiants, 2 surveillants, 1 conseillère d’insertion, 2 médiateurs (Fabrice Gand et Jean-Luc Bermond, médiateurs formés à l’Ecole médiateurs CNV), 1 cameraman et 1 ingénieur du son. Tous ensemble début septembre, nous nous sommes rejoints le temps d’une randonnée, où le silence alternait avec la parole, les rires avec des émotions intenses. Les mots manquaient parfois pour les uns. Etaient retenus. Glissaient facilement pour les autres.
Comment les victimes peuvent-elles sortir de leur statut ?
Nous sommes consultants, formateurs, coaches, médiateurs, recruteurs, anthropologues, sociologues, économistes, communicants, psychologues, philosophes, commerciaux et entrepreneurs. Nous valorisons la transversalité et la diversité. Nous cherchons sans cesse à impacter positivement notre environnement en développant l’engagement et en facilitant les relations au travail et aux autres. Nous intervenons pour plus de 300 entreprises privées, institutions publiques et associations dans plus de 40 pays. Riches d’une équipe de 35 personnes, nous fêtons bientôt nos dix ans !
Pourquoi une association pluridisciplinaire ?
En localisant les cellules qui reprogramment la peur en sentiment de sécurité, une équipe de neurobiologistes de l’École polytechnique fédérale de Lausanne a percé le mystère des neurones capables d’atténuer un traumatisme. Les résultats de cette recherche ont été publiés, le 15 juin 2018, dans la revue Science.
C’est dans ce contexte de confusion et d’opacité que s’est constitué le mouvement Médiation 21 dit aussi « M21 » avec pour slogan « Médiateurs, trouvons notre voix commune ». L’acte de naissance s’est produit lors d’un forum ouvert, le 16 septembre 2016, forum au cours duquel des propositions diverses, pour la plupart en relation avec le besoin d’un statut pour le médiateur, se sont manifestées et ont été développées ultérieurement par un Comité de Pilotage (COPIL) idoine, représentatif de toutes les entités ayant rejoint M21. Une manifestation appelée États Généraux de la Médiation (EGM), manifestation pour laquelle une association a été créée, a permis de présenter, en présence de grands témoins tels que Louis SCHWEITZER ou Jacques FAGET, les résultats des différents sondages et analyses.



Lueur est une ampoule qui s’illumine au fur et à mesure que les médiés communiquent. Elle émet de la lumière pour que chacun voie mieux le point de vue de l’autre. Et Semeur, quant à lui, est une petite graine de haricot qui, grâce à ses questions bienveillantes, fait germer des petites graines de réflexion et de paix.
C’est un peu comme la légende du colibri. En lisant un conte bienveillant, chacun peut faire modestement sa part pour que notre monde aille mieux. Ce livre est un outil pour la culture de la non- violence.

Création du Collectif
En permettant de renouer le dialogue, la médiation apporte une réponse aux problèmes qui interviennent dans la vie des affaires et l’exécution des contrats, quelle que soit la taille ou la nature de l’entreprise. Quelle société n’a pas été, un jour, confrontée à un retard ou un refus de paiement, à une rupture de pourparlers ou de contrats, à des pénalités, à des problèmes entre associés ? La liste est longue !
Le travail en équipe pour promouvoir la médiation nous a apporté beaucoup à tous en tant que personnes et en tant que futurs médiateurs.
L’ASM s’est rapidement dotée d’un centre de médiation composé de médiateurs formés et astreints à une formation continue annuelle de 20 heures, complétée par la présence obligatoire aux séances de training et d’analyse de pratique. Ce Centre rhénan de médiation compte aujourd’hui une vingtaine de médiateurs répondant aux critères d’Alsace Médiation en termes de formation continue, d'analyse de pratique et d’assurance pour l’exercice de la médiation. De ce fait, il échoit à l’ASM de proposer chaque année les formations nécessaires au maintien de leurs compétences et à leur inscription sur les listes des juridictions.
L’idée d'élaborer notre projet sous forme d'un magazine a émergé un jour, constatant qu’un support papier faisait défaut dans le paysage de la médiation où les blogs et les newsletters sont eux assez fréquents.
L’objectif de départ était de fournir aux acteurs de la médiation, et, plus généralement, à tous ceux qui s’intéressent aux modes alternatifs, un magazine 100% professionnel, traitant chaque thème avec rigueur, mais non sans une pointe d'humour à travers les dessins et propos.
Alors, comment nos usagers peuvent-ils opter pour la médiation, s'ils n'accordent pas une confiance suffisante à des professionnels pour offrir un service de qualité à un prix abordable ? De même, comment imaginer que les pouvoirs publics puissent mettre en place des politiques favorables à la médiation, s’ils ne peuvent préciser qui sont les professionnels dont ils favorisent les actions, et ce que ces professionnels ont à offrir. Pour que la médiation devienne une activité régulière et décemment rémunérée, tant la confiance des usagers que des politiques favorables sont indispensables. Il faut donc faire l’effort de définir l’identité professionnelle du médiateur, préciser son cadre d'engagement, ses obligations et les garanties qu’il fournit.
La formation représente un volume horaire de près de 160 heures qui s’articule entre enseignements fondamentaux regroupant les enseignements transversaux, théoriques et pratiques, et enseignements applicatifs autour de 3 items : médiation en matière civile, sociale et commerciale.
Une équipe internationale de neuro-biologistes des Universités de Zurich, Lübeck et Chicago a pu montrer par l’imagerie cérébrale que la générosité et le sentiment de bonheur sont associés dans notre cerveau, ainsi que cela ressort d’un article publié dans le journal Le Temps (Genève) le 12 juillet 2017. L’expérience scientifique a ainsi confirmé ce que des travaux en psychologie avaient déjà identifié : la corrélation positive entre la générosité, l’altruisme, l’empathie et le sentiment de bien-être.
Une petite équipe de projet s’est constituée, avec 7 médiateurs de profils et d’itinéraires professionnels divers, rencontrés lors du forum ouvert. L’équipe a travaillé de façon autonome, animée par un réel désir d’aboutir. Les échanges ont profité de nos réflexes de médiateurs : ouverture, égos retenus, esprit systémique : le travail a été agréable et efficace. Le 21 avril 2017 nous avons déposé les statuts, établis en référence à la loi de 1884 relative aux syndicats professionnels et au code du travail.



CALM est une plateforme de mise en relation de personnes réfugiées à la recherche d’un accueil temporaire et de particuliers souhaitant mettre une chambre à leur disposition. CALM propose une période d’immersion de 3 à 12 mois chez l’habitant, permettant aux personnes accueillies d’améliorer leur niveau de français, de faire l’apprentissage des codes socioculturels et de se consacrer entièrement à leur projet professionnel.
L’institut de médiation et d’arbitrage du Québec (l’IMAQ), fondé en 1977, est le principal regroupement multidisciplinaire et centre d’accréditation de médiateurs et d’arbitres du Québec.





Le programme du SSI, depuis 2010, cherche à faciliter le recours à la médiation pour les familles confrontées à de telles situations et à promouvoir la pratique auprès des autorités administratives et juridiques impliquées dans ces litiges.